24/02/21 (Liberia) Huitième jour : Audition témoins n°2 et 3

Le huitième jour d’audience publique a repris le 24 février 2021 à Monrovia, au Liberia.

Audition du témoin n°2

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 24)

L'Accusation a interrogé le témoin n°2 sur les événements survenus près du pont et sur son expérience avec « l’Ange Gabriel Massaquoi ».

La journée a commencé avec l'interrogatoire du témoin n°2 par l'Accusation concernant son expérience au Liberia. L'Accusation a demandé au témoin s'il se souvenait bien de ce qui s'était passé, et s'il avait vu plusieurs personnes armées à Monrovia. Le témoin n°2 a répondu par l'affirmative, et qu'il se souvenait qu'ils venaient de la ville de Logan. Lorsqu'on lui a demandé son âge à l'époque, le témoin a déclaré qu'il était né en 1952 et qu'il devait être âgé d’environ 47 ans.

L'Accusation s'est ensuite concentrée sur le jour en question. Le témoin n°2 a expliqué qu'il allait chercher de la nourriture avec son ami et son frère dans un magasin à Waterside, près d'un rond-point. Le témoin a précisé que par « ami et frère », il entendait deux personnes distinctes. L'Accusation a rappelé que le témoin avait précédemment déclaré qu'il avait entendu des coups de feu lorsqu'il était dans le magasin, et lui a demandé s'il savait qui tirait. Le témoin a répondu qu'il n'avait vu qu'un seul homme tirer des coups de feu avec un pistolet. Il a appelé cet homme « Gabriel Massaquoi ». Le témoin a expliqué que cette personne était accompagnée de nombreux autres combattants - il n'a pu fournir de nombre exact - et que certains d'entre eux étaient armés et portaient des tenues de camouflage. 

L'Accusation a ensuite demandé comment le témoin connaissait le nom de l'homme qui tirait à l'extérieur du magasin. Le deuxième témoin a répondu que l'homme s'était identifié par son nom après avoir tiré, en disant : « Je suis Gabriel Massaquoi ». L'Accusation a demandé au témoin de confirmer que l'homme avait spécifiquement utilisé le nom « Gabriel Massaquoi », ce à quoi le témoin a répondu par l'affirmative. 

L'Accusation a demandé si quelqu'un avait été abattu lorsque le témoin avait entendu les coups de feu et était sorti du magasin. Le témoin a répondu « non » et a ajouté qu'il n'avait vu aucun blessé à ce moment-là. L'Accusation s’est référée à la déclaration antérieure du témoin selon laquelle des individus avaient été amenés dans un « bâtiment de contrôle » et a demandé où se trouvait ce bâtiment. Le témoin a déclaré que le bâtiment se trouvait près du Vieux Pont (Old Bridge), et que c'est là qu'un homme avait été tué. Il a expliqué que ses amis et lui avaient été emmenés au même endroit près du pont, avec au moins trente autres personnes. Le témoin a indiqué qu'il pouvait voir de nombreux cadavres sous le pont.

L'Accusation a demandé au deuxième témoin de préciser sa déclaration précédente concernant « les files et les tirs ». Le témoin a expliqué que lorsqu'ils étaient sortis, tout le monde avait dû se mettre en ligne. L'Accusation a ensuite demandé au témoin plus de détails sur ce qui s'était passé sous le pont et s'il y avait eu des coups de feu. Le témoin a déclaré que les tirs avaient eu lieu à deux points de contrôle. Lorsqu'on lui a demandé si l'endroit sous le pont était un point de contrôle ou une base, le témoin a répondu qu’il s’agissait d’une base. L'Accusation a ensuite demandé si le témoin avait été emmené à la base avec son ami et son frère. Le témoin a déclaré que son ami et son frère avaient été tués plus tôt lorsqu'ils avaient été retirés de la file et transportés sous le pont. Le deuxième témoin a confirmé qu'il les avait vus se faire tuer. L'Accusation a demandé qui avait tiré. Le témoin a répondu que c'était Gabriel Massaquoi ; il se souvenait que c'était un pistolet. 

L'Accusation a demandé si le frère et l'ami du témoin étaient morts immédiatement après les coups de feu. Le deuxième témoin a répondu qu'ils étaient morts à ce moment-là mais qu'ils étaient vivants lorsqu'ils avaient été retirés de la file et amenés sous le pont. Le témoin a indiqué que tous ceux qui n'avaient pas été enlevés de la file avaient trouvé un moyen de s'échapper. À la demande de l'Accusation, le témoin a confirmé à nouveau que son frère et son ami étaient vivants lorsqu'ils avaient été transportés sous le pont, et qu'ils avaient été tués sous le pont. Le témoin a expliqué que les personnes dans la file étaient juste choisies au hasard pour être emmenés sous le pont, et que lui-même n'y avait pas été emmené. L'Accusation a de nouveau demandé au témoin s'il avait personnellement vu Gabriel Massaquoi tirer sur ces personnes. Le témoin a déclaré qu'il l’avait vu de ses propres yeux. 

L'Accusation a ensuite demandé les noms de l'ami et du frère du témoin, le deuxième témoin les a donc nommé. Le témoin a également expliqué qu'il connaissait d'autres personnes également présentes dans la file et que certaines d'entre elles étaient ses amis. L'Accusation a demandé si le témoin était présent lorsque d'autres personnes avaient été tuées. Le témoin a répondu que personne n'avait été tuée en sa présence. 

L’Accusation a repris son interrogatoire sur Gabriel Massaquoi, demandant si le témoin connaissait le nom du groupe de M. Massaquoi. Le deuxième témoin a répondu qu'il y avait des gens derrière M. Massaquoi qui portaient beaucoup de camouflage. L'Accusation a répété la question, et le témoin a répondu que c'était la première fois qu'il voyait M. Massaquoi armé. Le reste de sa réponse n'était pas clair.

L'Accusation est revenue sur la fusillade au magasin, demandant qui d'autre se trouvait dans le magasin. Le témoin a déclaré qu'il s'y était rendu avec ses amis pour chercher de la nourriture, car ils n'en avaient pas. Il a indiqué qu'il y avait plus de vingt personnes dans le magasin, dont lui-même et son frère.

L'Accusation a ensuite demandé si, selon lui, Gabriel Massaquoi dirigeait le groupe. Le deuxième témoin a confirmé que Gabriel Massaquoi était le commandant. L'Accusation a demandé si le témoin avait vu plusieurs commandants ou un seul. Le témoin a précisé qu'il n'en avait vu qu'un seul : Gabriel Massaquoi, qui était venu devant lui et avait tué. L'Accusation a demandé si le témoin se référait à un incident précis. Le témoin a déclaré que Gabriel Massaquoi avait pris des gens de la file, les avait amenés sous le pont et les avait tués avec un pistolet. 

L'Accusation a ensuite rappelé au deuxième témoin qu'ils discutaient de l'an 2000 et a demandé si le témoin se souvenait de la saison ou de la période de l'année où ces événements avaient eu lieu. Le témoin a répondu que c'était le début de l'année. 

L'Accusation a ensuite déclaré que le témoin avait déjà parlé des incidents survenus au magasin et au pont et a demandé si la police finlandaise l'avait interrogé sur ce sujet ; le deuxième témoin a répondu par la négative. Lorsqu'il lui fut à nouveau demandé s’il avait déjà été interrogé sur ces incidents, le témoin a répondu que des amis présents dans la file avec lui ce jour-là lui avaient dit qu'il y avait des blancs qui voulaient savoir ce qui s'était passé. Cependant, le témoin a déclaré qu'il ne leur en avait pas parlé, qu'il n'avait pas parlé à la police finlandaise et que c'était la première fois qu'il voyait un homme blanc. 

L'Accusation a alors demandé si le deuxième témoin connaissait une personne nommée [FNM-044]. Le témoin a confirmé qu'il le connaissait, l'appelant son frère. Cependant, le témoin a indiqué qu'il était décédé l'année dernière des suites d'une maladie. L'Accusation a ensuite demandé si le témoin connaissait [FNM-045]. Le témoin a confirmé le connaître, et qu'il était également son frère. Il avait été malade et était décédé, mais le témoin ne se souvenait pas quand exactement. 

L'Accusation est revenue sur la récente rencontre du témoin avec les hommes blancs, lui demandant de quoi ils avaient discuté. Le deuxième témoin a répondu qu'il leur avait dit qu'il était heureux, parce qu'ils étaient venus pour obtenir justice. L'Accusation lui a demandé s'il avait parlé aux hommes blancs des incidents du pont, ce à quoi le témoin a répondu « non ». Lorsqu'on lui a demandé de quoi il avait parlé avec eux, le témoin a répondu que cette audience était la première fois qu'il voyait des hommes blancs. L'Accusation lui a demandé s'il parlait d'aujourd'hui ; le témoin a précisé qu'il voulait dire hier. L'Accusation lui a ensuite demandé s'il se souvenait avoir rencontré des blancs il y a plus d'un an. Le deuxième témoin a répondu qu'il n'avait rencontré que deux hommes de Finlande et que cela s'était passé hier. 

La Défense interroge le témoin n°2 sur Gabriel Massaquoi et M. Varney

The Defense then began its questioning of Witness 2. When asked how he became involved with the case, the Witness replied that a lady who had been on the line had told him that white people from Finland came to help and ask about the bad people. When asked, the Witness explained that the “bad people” were the ones who had taken people from the line and killed them. He mentioned that he was happy to hear that white people came to render justice. The Defense pressed the Witness to explain what he had discussed with the lady. The Witness confirmed that they did talk about what had happened and also specific names of people, including his friend and his brother. 

La Défense a demandé s'ils avaient parlé de Gabriel Massaquoi. Le deuxième témoin a répondu que depuis l'incident, il ne l'avait pas vu. Pour clarifier les choses, la Défense a demandé à nouveau s'ils avaient parlé de Gabriel Massaquoi ou si la dame lui avait posé des questions sur Gabriel Massaquoi. Le témoin a répondu qu'elle ne lui avait pas demandé, mais qu'il lui avait expliqué. 

The Defense then switched gears, asking about Mr. Gabriel Varney. The Witness responded that he was one of the workers on the field, also confirming that Gabriel Varney had been on the bridge. The Defense asked what Varney had been doing there, to which the Witness responded that he was the commander on the line, only there to tell people what to do. When asked how he knew Mr. Varney’s name, the Witness simply stated that on the field, people were calling him “Varney.” 

To close, the Defense then asked if, at the end of 2019, Witness 2 had talked with two white men from Finland. The Witness responded by stating that “no,” he did not. 

L'Accusation continue d'interroger le témoin n°2 sur M. Varney et Gabriel Massaquoi

L'Accusation a commencé par interroger le deuxième témoin sur ce que Gabriel Varney avait fait dans les détails. Le témoin a répondu que Varney était sur le terrain. Il a ajouté que parfois, lorsque des personnes étaient tuées, il disait aux gens de se mettre en ligne. Lorsqu'on lui a demandé si le témoin avait vu Varney tirer sur quelqu'un, le témoin a répondu que la première personne qu'il avait vue tirer était Gabriel Massaquoi. L’Accusation a tenté de clarifier si Gabriel Varney et Gabriel Massaquoi étaient la même personne, ce à quoi le témoin a répondu que non, qu'il s'agissait de deux personnes différentes. L'Accusation a ensuite demandé qui avait été tué par Varney. Le témoin a répondu que Varney n'avait tué personne, qu'il était juste là pour disposer les corps sous le pont. 

The Prosecution asked if the Witness could share any details about Gabriel Massaquoi. The Witness responded that when he came from the store, he saw him with a pistol. When he shot, he said, “I am Gabriel Massaquoi, if you play with me, you will die right now.” The Witness highlighted again that this is how he knew his name. When asked what language Gabriel Massaquoi  spoke, the Witness said he spoke Liberian English. 

La Défense interroge le témoin n°2 sur les groupes armés à Monrovia

La Défense a repris son interrogatoire en demandant au deuxième témoin pourquoi les gens pillaient le magasin. Le témoin a simplement répondu qu'il n'y avait pas de nourriture. 

The Defense then began a line of questions about various armed groups. First, when asked whether he knew who or what LURD is, the Witness stated that at that time, there were many forces. There was “RU” (LURD), there was ULIMO-K, ULIMO-J, and others. The Defense asked whether these groups included ECOMOG as well. The Witness confirmed, also noting that ECOMOG was in Monrovia. 

Lorsqu'on lui a demandé s'il se souvenait du moment où le LURD était venu à Monrovia, le témoin a répondu qu'il en avait entendu parler et qu'ils étaient venus à Monrovia. La Défense a ensuite demandé si l'incident s'était produit au même moment où le LURD était venu à Monrovia, ou avant. Le témoin a répondu que c'était bien avant. Il a ajouté que la guerre avait duré si longtemps qu'il ne se souvenait plus exactement du temps qui s’était écoulé. La Défense lui a demandé s'il se souvenait de l'ECOMIL, ce à quoi le témoin a répondu que non ; il ne connaissait que l'ECOMOG.

La séance du matin s'est terminée à 10h52.

[Pause]

La session de l'après-midi a commencé à 13h10.

L'Accusation et la Défense concluent l'interrogatoire du témoin n°2

L'Accusation a continué d'interroger les témoins sur leurs expériences pendant les guerres du Libéria et leurs rencontres avec l'Accusé, M. Gibril Massaquoi. 

L'Accusation a commencé par rappeler qu'au cours de la séance du matin, elle avait demandé au deuxième témoin s'il avait déjà discuté avec la police finlandaise, ce que le témoin a démenti. L'Accusation a ensuite montré au témoin une vidéo et lui a posé des questions à ce sujet.

[Note : l'audio de la vidéo était difficile à entendre par le biais de la liaison vidéo utilisée pour observer le procès].

L'Accusation a rappelé que le deuxième témoin avait mentionné les noms de [FNM-044] et de [FNM-045] dans l'enregistrement et a demandé pourquoi il les avait mentionnés. Le témoin a répondu qu'il s'agissait de ses frères qui avaient été abattus par M. Gibril Massaquoi. Cependant, le deuxième témoin a noté que [FNM-044] était morte plus tard de maladie et non du coup de feu. L'Accusation a ensuite demandé si le deuxième témoin avait vu des cadavres à l'extérieur du magasin où [FNM-044] et [FNM-045] avaient été abattues, ce que le deuxième témoin a démenti. 

La Défense a poursuivi en demandant en quelle année cet événement avait eu lieu. Selon le deuxième témoin, les événements avaient eu lieu en 2000, au lieu de 2003, comme il l'avait précédemment indiqué au cours de l'enquête préliminaire. La Défense a tenté de savoir pourquoi le deuxième témoin avait décidé de corriger l'année lors de cette audience. Le témoin a expliqué que beaucoup de temps s’était écoulé et qu'il n'était pas très instruit, il était donc difficile de se souvenir des années. 

La Défense a ensuite demandé si le deuxième témoin avait discuté de cette question avec quelqu'un après avoir mentionné l'année 2003 à la police finlandaise lors de l'enquête préliminaire. Le deuxième témoin a expliqué qu'il en avait discuté avec ses amis et qu'il en était arrivé à la conclusion que les événements avaient eu lieu en 2000, au lieu de 2003. Il a proposé d'apporter les noms de ces amis si nécessaire.

La Défense a poursuivi l'interrogatoire en abordant d'autres incohérences dans les déclarations du deuxième témoin. Plus précisément, la Défense a demandé pourquoi le deuxième témoin avait déclaré qu'il y avait des cadavres devant le magasin dans l'enregistrement de l'enquête préliminaire, alors qu'il a déclaré aujourd'hui que ce n'était pas le cas. Le deuxième témoin a nié avoir dit qu'il y avait des cadavres devant le magasin. 

Une discussion s'est alors engagée sur l’endroit où les événements décrits ont eu lieu et où se trouvaient les forces du LURD, plus loin du centre de Monrovia. La Défense a de nouveau demandé s'il y avait des différences entre le témoignage d'aujourd'hui et celui qui a été entendu sur la vidéo, ce à quoi le deuxième témoin a répondu qu'il y avait des différences parce que beaucoup de choses lui avaient « échappé » au fil du temps.

À ce stade, les observateurs du procès ont perdu l'accès à la vidéo pendant quelques instants. Lorsque la connexion a été rétablie, le juge expliquait au troisième témoin que l'Accusation l'avait fait comparaître en tant que témoin et qu'il devait répondre aux questions du mieux qu'il pouvait. 

Audition du témoin n°3

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 31)

L'Accusation interroge le témoin n°3, qui a perdu sa femme près du pont

L'Accusation a commencé par demander au témoin s'il se souvenait du jour où sa femme était sortie chercher de la nourriture au marché de Waterside. Le troisième témoin, comme le deuxième témoin, a d'abord expliqué qu’au cours de l'enquête préliminaire, il avait placé l'événement en 2003, mais avait ensuite rectifié à l’année 2000 (Première Guerre mondiale). Il a ensuite indiqué qu'à l'époque, il vivait à West Point. Le jour en question, sa femme avait entendu dire que les magasins de Waterside étaient ouverts, elle y était donc allée pour chercher de la nourriture. Le troisième témoin a expliqué que des combattants avaient attrapé sa femme et l'avaient amenée, sous le pont, à leur commandant « l’Ange Gabriel Massaquoi ».  

Revenant en arrière, le témoin a expliqué que comme sa femme n’était pas rentrée, il était parti à sa recherche. Lorsqu'il est arrivé, ils l'ont interrogé, arrêté et mis dans la « file ». Selon le témoin, il y avait deux files, une devant et une derrière, et il a été placé dans la première, avec sa femme. Cependant, le témoin a vu deux autres personnes se déplacer du début à la fin de la file, ce qui l'a incité à quitter la file où il se trouvait et à se rendre au bout de l'autre file. Le témoin a ensuite décrit à quel point il avait été effrayé de voir « l'Ange Gabriel Massaquoi » tuer deux garçons. Par la suite, la même personne avait donné l'ordre de tirer sur les personnes de la première file. Après l'incident, des soldats libériens étaient arrivés au pont et avaient commencé à tirer en l'air en demandant« Pourquoi tuez-vous notre peuple ? »Cela a provoqué une confusion de tous les côtés, y compris pour « l’Ange Gabriel Massaquoi » et ses gardes du corps. Grâce au chaos qui en a résulté, le troisième témoin a pu s'enfuir.

Le témoin n°3 a mentionné qu'avant la fusillade, il avait reconnu une dame que les soldats de l’Ange Gabriel Massaquoi avaient tailladée au pied avec une baïonnette, parce qu'elle avait refusé de les suivre. 

Le témoin a poursuivi avec des détails sur la fusillade. Il précisa à nouveau que c'est en raison du chaos provoqué par les tirs qu'il a pu s'échapper. Le troisième témoin a affirmé que c'était grâce à Dieu qu'il était vivant et capable de témoigner aujourd'hui. 

Il a également précisé qu'il n'avait pas vu l’Ange Gabriel Massaquoi depuis 2000. Il a été surpris et ému d'être appelé à témoigner, car l’Ange Gabriel Massaquoi a tué sa femme, et il a dû s'occuper seul de ses enfants. 

Le Procureur a ensuite demandé au troisième témoin comment il connaissait le nom « Ange Gabriel Massaquoi ». Le témoin a expliqué que cette personne s'était tenue devant eux et s'était présentée de cette façon en disant :« Je suis l'Ange Gabriel Massaquoi, allez dire à Dieu que c'est moi qui vous ai envoyés. »». 

L'Accusation a ensuite demandé si le témoin n°3 avait vu de ses propres yeux le meurtre des deux garçons. Le troisième témoin a confirmé qu'il était là quand les deux garçons avaient été tués. Il a ajouté que plus tard, l’Ange Gabriel Massaquoi avait donné l'ordre de tuer d'autres personnes, y compris la femme du troisième témoin. Le témoin a ensuite décrit comment « l'Ange Gabriel Massaquoi » avait appelé les garçons et tiré sur chacun d'eux avec son pistolet. Cela avait fait peur au troisième témoin. Interrogé, le témoin a confirmé que les garçons étaient des civils et non des soldats. 

Il a également déclaré que « l’Ange Gabriel Massaquoi » avait ordonné à ses gardes du corps de tuer les autres personnes avec leurs « longs » pistolets. 

L'Accusation a ensuite demandé comment l’Ange Gabriel Massaquoi parlait. Le témoin a répondu que c'était avec un accent sierra-léonais. 

Lorsqu'on lui a demandé combien de soldats libériens étaient arrivés, le témoin a répondu qu'en raison des tirs, il ne pouvait pas rester sur place pour compter. Il ne pouvait pas non plus compter le nombre de Libériens qui demandaient « Pourquoi tuez-vous nos soldats libériens ? ». 

L'Accusation s'est ensuite concentrée sur une erreur apparente dans les souvenirs du témoin concernant l'année où ces événements avaient eu lieu. Le témoin a déclaré que même s'il avait précédemment mentionné l'année 2003, l'incident s'était réellement produit en 2000. Le témoin a également déclaré qu'à l'exception de la police finlandaise, il n'avait parlé de l'année en question avec personne. 

L'Accusation a ensuite demandé au témoin comment il était entré en contact avec la police finlandaise. Le témoin a expliqué qu'il avait parlé à des femmes de Waterside qui racontaient à d'autres ce qui leur était arrivé pendant la guerre. Selon le témoin, une personne, [l'employé 2], les avait entendues et avait dit qu'elle connaissait des gens qui souhaiteraient écouter leurs histoires. [L’employé 2] a ensuite pris leurs coordonnées et les a transmises à la police finlandaise. Selon le témoin, la première personne contactée par [l’employé 2] à ce sujet était [FNM-046]. 

L'Accusation a clos son interrogatoire en demandant au troisième témoin si quelqu'un lui avait dit de quoi il devait ou ne devait pas parler. Le troisième témoin a répondu par la négative ; c'était sa propre histoire.

La Défense a interrogé le témoin n°3 sur la chronologie, les groupes armés et les conversations antérieures à propos des événements en question

La Défense a repris l’interrogatoire, demandant au troisième témoin de confirmer qu'il n'avait parlé à personne d'autre que les femmes et le juge présents, ce que le témoin a confirmé. La Défense a posé des questions sur [l'employé 2] : une fois que [l'employé 2] a pris ses coordonnées, combien de temps s’est écoulé avant qu’il soit contacté. Le témoin a répondu qu'il avait été contacté environ cinq jours plus tard. 

La Défense a ensuite contesté la capacité du troisième témoin à se souvenir de la bonne année, en soulignant que les trois témoins avaient précédemment déclaré que ces événements avaient eu lieu en 2003, mais qu'ils disaient maintenant qu’ils avaient eu lieu en 2000. Le troisième témoin a reconnu qu'il s'était trompé d'année et avait essayé de contacter les enquêteurs pour corriger cela, mais en vain. Il a simplement déclaré que l'erreur était due au fait qu’il avait été perturbé et que beaucoup de temps s'était écoulé.

La Défense a alors demandé au témoin s'il pouvait décrire la situation à Monrovia au moment de l'incident. Le troisième témoin a noté qu'il y avait des combats à Monrovia, avec les forces gouvernementales d'un côté et les forces rebelles de l'autre. Il a expliqué que les combats dans la ville démarraient et s'arrêtaient, avec différentes périodes appelées Première, Deuxième et Troisième Guerres mondiales. Le troisième témoin a expliqué que pendant cette période, on ne pouvait se rendre que dans les zones contrôlées par le gouvernement.

Lorsqu'on lui a demandé de décrire les combats qui avaient eu lieu en 2000, le témoin a répondu qu'ils étaient à West Point à ce moment-là, attendant dans la peur. Il n'a pas pu les décrire plus en détail. La Défense a affirmé que le témoin avait déclaré dans son entretien préalable au procès que les combats étaient rudes. Le témoin a corrigé l'avocat de la Défense en disant qu'il n'avait pas appelé cela une « guerre » - c’étaient juste des combattants libériens qui tiraient et criaient sur « l’Ange Gabriel Massaquoi », en demandant « Pourquoi tuez-vous nos Libériens ? ».Le troisième témoin a précisé qu'ils se battaient tous pour le président Charles Taylor.

La Défense est ensuite revenue sur [l'employé 2] et [FNM-046]. Le témoin a déclaré que [le civil C] travaillait dans les affaires tandis que [l'employé 2] semblait être un « agent » finlandais, bien qu'il ne sache pas exactement où il travaillait. Lorsqu'on lui a demandé s'il avait déjà discuté des incidents en présence de [l'employé 2], le troisième témoin a précisé que [l'employé 2] n’avait fait que recueillir ses informations. Lorsque la Défense a demandé pourquoi, après avoir passé 19 ans sans parler de ces événements, le troisième témoin en avait soudainement discuté avec [l'employé 2]. Le témoin a répondu qu'il n'en avait pas discuté directement avec [l'employé 2]. Au lieu de cela, la femme a déclaré que [l'employé 2] avait peut-être entendu quelque chose lorsqu'il passait par là alors qu'elle vendait du poisson. 

La Défense est ensuite revenue sur la question des groupes armés actifs dans la région à l'époque. L'avocat a affirmé que, bien que le troisième témoin semblât dire que les forces de l'ULIMO étaient présentes à l'époque, d'autres informations indiquent que l'ULIMO n'était plus présents depuis 1996. Le témoin a répondu qu'il avait simplement accepté ce que les combattants lui avaient dit. Lorsqu'on lui a demandé s'il avait vu toutes les factions combattantes, le troisième témoin a répondu qu'il n'avait vu que le groupe de Charles Taylor - ils étaient là le jour où il avait perdu sa femme. Il a précisé qu'il n'avait pas vu les combattants de l'ULIMO lui-même, et qu'il avait seulement entendu les hommes de Charles Taylor lui dire qu'ils combattaient les forces de l'ULIMO.

L'avocat de la Défense est revenu brièvement sur les événements concernant la femme du témoin n°3. Lorsqu'on lui a demandé plus de détails, le témoin n°3 a expliqué que le magasin avait « explosé » et que les gens le pillaient à la recherche de nourriture ; il avait attendu sa femme à la maison pendant environ 45 minutes avant de partir à sa recherche.

L'audience reprendra le 26 février 2021.

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