08/03/21 [Liberia] Treizième jour : Audition des témoins n°15, 16, et 17

Le treizième jour d’audience publique s'est ouvert le 8 mars 2021 à Monrovia, au Liberia.

Audition du témoin n°15

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 79)

La Défense interroge le témoin

Le témoin a commencé son témoignage en expliquant comment elle a été impliquée dans l'enquête de la police finlandaise. Le témoin a expliqué qu'elle s'était rendue au « Red Light Market », où elle avait vu son amie, [FNM-058], qui vendait des marchandises à Waterside avec le témoin avant l'incident. [FNM-058] l'a ensuite appelée et lui a expliqué qu'un homme, identifié par la suite comme [l'employé 1], lui avait demandé si elle avait été à Waterside lors de l'incident, et que des Blancs voulaient savoir ce qu'il en était. [FNM-058] a donné le numéro du témoin à l'homme, qui l'a ensuite contactée pour un entretien. Le témoin a dit à [l'employé 1] qu'elle avait peur, mais il lui a répondu qu'il n'y avait aucune raison d'avoir peur, car on« voulait simplement lui poser des questions ».

Le témoin a raconté aux Blancs l'incident survenu à Waterside, expliquant qu'elle vivait à Paynesville, une banlieue de Monrovia, et qu'elle avait l'habitude de se rendre à Waterside très tôt le matin pour vendre des marchandises. Un jour, en arrivant à Waterside, elle a entendu des coups de feu venant de toutes les directions. Elle a précisé plus tard que les tirs venaient de Waterside en direction de West Point, où les combats étaient concentrés. Elle et [FNM-014] ont essayé de s'enfuir, mais des personnes - décrites plus tard comme des soldats - l'ont attrapée et capturée. Le témoin se souvient que, alors qu'elle tentait de s'enfuir, elle portait encore des marchandises sur sa tête dans un sac en plastique, et que celui-ci était tombé lorsqu'elle avait été arrêtée. Les soldats les ont traînées, elle et [FNM-014], vers West Point et sous le pont, où se trouvait une petite maison dans laquelle le groupe était installé. Le témoin a décrit avoir vu des gens être battus et tués tout autour d'elle, et avoir vu des cadavres partout. Elle a précisé plus tard que les soldats tiraient pendant qu'ils emmenaient les captifs à West Point. 

Les soldats ont ordonné au témoin de boire de l'eau sale dans une flaque d'eau. Le témoin s'est mis à pleurer, et l'un des hommes a dit aux autres : « Portez cette femme, envoyez-la au ciel. » Le témoin a précisé que l'homme s'était identifié en disant : « Moi, Ange Gabriel, je les ai envoyées au ciel ! Quand vous partirez, dites à Dieu que c'est moi qui vous envoie. » Les soldats l'ont ensuite frappée avec la crosse d'un fusil, et elle a crié dans son dialecte : « Dieu me voici ! ». Cela a attiré l'attention d'un des soldats qui se tenait devant « Ange Gabriel ». Il lui a demandé quel dialecte elle venait de parler, ce à quoi le témoin a répondu que c'était le gio. Il a ensuite demandé au témoin si elle savait qui il était. Après la réponse négative du témoin, l'homme s'est présenté comme « Devil Working-God Working » (Diable à l'oeuvre - Dieu à l'œuvre). Il s'est tourné vers l'homme identifié comme « Ange Gabriel » et lui a dit qu'elle avait parlé dans son dialecte. Devil Working-God Working a alors demandé à « Ange » de laisser partir le témoin. Le témoin s'est souvenu qu'Ange avait dit : « Laisse la femme aller au ciel » et lui avait dit de dire à Dieu qu'il l'avait envoyée. Les soldats ont alors commencé à lui donner des coups de pied et à lui dire de quitter la zone. Le témoin a commencé à s'enfuir et a vu de nombreux morts et personnes mourantes dans sa fuite. Lorsqu'on lui a demandé qui avait tué ces personnes, le témoin a répondu qu'elle avait vu un homme donner des ordres, mais que c'étaient les soldats qui tuaient les gens. Le témoin a précisé qu'elle n'avait vu cet homme tuer personne, mais qu'il l'avait frappée avec la crosse de son arme. Le témoin a confirmé qu'elle n'avait pas vu l'homme faire quoi que ce soit avec les cadavres.

Le témoin pense que ce sont les soldats de l'homme qui ont tiré, car ils étaient tous autour de lui. Elle ne se souvient pas d'autres soldats dans la zone. Lorsqu'on lui a demandé si elle connaissait les noms « RUF », « LURD » ou « rebelles LURD », elle a déclaré ne pas connaître le RUF, mais avoir entendu parler des rebelles LURD. Le témoin ne savait à quel groupe étaient affiliées les troupes qui tiraient et frappaient les gens, mais a précisé que l'uniforme porté par l'homme qui donnait des ordres était gris et noir avec une chemise blanche.

L'Accusation interroge le témoin n°15

L'Accusation a commencé par interroger le témoin sur l'homme qui donnait des ordres pendant l'incident. Le témoin a expliqué que l'homme qui l'avait frappée avec la crosse de l'arme donnait également des ordres, et que Devil Working-God Working l'appelait « Gabriel ». Elle a ajouté que « Gabriel » se faisait également appeler « Ange Michel ». Le témoin a expliqué que cet homme ordonnait de tuer des gens, pour envoyer des gens au ciel, et que les hommes avaient tué [FNM-014] avant d'atteindre West Point. Le témoin se souvient que cet événement avait eu lieu entre 2000 et 2001, vers la fin de l'année 2000. Enfin, il a été demandé au témoin si elle se souvenait de l'homme qui l'avait initialement contactée par l'intermédiaire de son amie, [FNM-058]. Elle a déclaré que l'homme s'appelait [employé 1]. Le témoin a confirmé qu'elle et [FNM-058] étaient à Waterside au même moment. Elle ne sait pas ce qui est arrivé à [FNM-058] après leur séparation pendant la fusillade, et elles ne se sont retrouvées que plus tard.

La Défense interroge à nouveau le témoin n°15 

Le témoin a déclaré qu'elle et [la personne O] avaient parlé au téléphone de se rendre à Waterside le matin de l'incident. En réponse à la question de savoir si le quinzième témoin et [FNM-058] avaient discuté de l'incident avant de parler à [l'employé 1], le témoin a déclaré que [FNM-058] avait donné son numéro de téléphone à [l'employé 1]. La Défense a insisté sur ce point en demandant si, au cours des vingt dernières années, le quinzième témoin et [FNM-058] avaient discuté de l'incident. Le quinzième témoin confirmé qu'elles avaient l'habitude de se voir, mais qu'elles n'avaient pas pensé à cette période depuis.

La Défense a ensuite demandé si « l’Ange » avait fait autre chose que de donner des ordres pendant l'incident. Le témoin a déclaré qu'il battait les gens et donnait des ordres : « Tirez sur l'homme ! Tirez sur la femme ! » La Défense a de nouveau demandé si le témoin l'avait vu faire quoi que ce soit aux cadavres. Lorsque le témoin a confirmé que ce n'était pas le cas, la Défense a rappelé que le témoin avait précédemment déclaré à la police finlandaise, en 2019, que « le commandant avait pris des estomacs, des intestins des cadavres, et en avaient fait un poste de contrôle. » Le témoin a déclaré qu'elle était humaine et qu'elle avait oublié ce détail, mais a précisé qu'elle avait effectivement vu l'homme prendre les intestins d'un corps et en « faire un poste de contrôle », qui, a-t-elle précisé, était une ligne sur la route indiquant où les gens ne devaient pas traverser.

Le témoin a rappelé que cet incident s'était produit au début de l’année 2001. La Défense a rappelé qu'elle avait dit à la police finlandaise que l'incident avait pu avoir lieu en avril ou mai 2002, entre la saison sèche et la saison des pluies. Le témoin a réaffirmé que l'incident avait eu lieu au début de l’année 2001, et s’est référée aux différentes parties de la guerre : Première, Deuxième et Troisième Guerre mondiale. Selon elle, l'incident étaient lié à la guerre qui avait eu lieu en 2000. Elle a attribué les divergences entre son audition et son témoignage au fait qu'elle était nerveuse avant l’audition et qu'elle avait maintenant plus de temps pour réfléchir.

La Défense a ensuite interrogé le témoin sur sa compréhension des groupes impliqués dans l'incident. Lisant le résumé de l'interrogatoire de police précédent, la Défense a précisé que le témoin avait déclaré à la police finlandaise que deux groupes étaient présents à ce moment-là : les troupes gouvernementales à Waterside, et le LURD de l'autre côté du pont dans Vai Town. Le témoin a rappelé qu'elle avait effectivement dit qu'« Ange Gabriel » et ses hommes se trouvaient au bout du pont près de Waterside, et que « d'autres personnes » se trouvaient de l'autre côté du pont à Vai Town. La Défense a insisté sur la question de savoir s'il s'agissait du « LURD » de l'autre côté. Le témoin a ajouté que, même si elle ne connaissait pas les différences entre ces groupes, elle connaissait l'homme qui l'avait emmenée sous le pont. La Défense a noté que le témoin avait également dit à la police finlandaise qu'elle avait entendu dire que le RUF faisait partie des troupes gouvernementales et qu'« Ange Gabriel » était leur commandant. Le témoin a affirmé qu'elle avait peut-être oublié cela. La Défense a ensuite demandé au témoin si elle connaissait d'autres noms des membres du RUF. Elle a déclaré qu'à part « Ange Gabriel », qu'elle a également nommé « Ange Gabriel Massaquoi », elle n’en connaissait pas. À la demande de la Défense, le témoin a rappelé qu'elle avait donné deux autres noms de combattants du RUF à la police finlandaise, Benjamin Yeaten et un soldat, [FNM-106]. Le témoin avait entendu parler de ces noms pendant la guerre, et a dit qu'ils venaient du comté de Nimba.

Audition du témoin n°16

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 69)

L'Accusation interroge le témoin n°16

Le témoin a commencé son témoignage en rappelant l'incident de Waterside. Il a expliqué qu'il s'était rendu un jour à Waterside pour acheter des marchandises. À son arrivée, il y avait une grande agitation à Waterside ; les gens pillaient et personne ne vendait. Il a décrit l'endroit comme étant « sens dessus dessous », expliquant qu'il ne pouvait voir que des soldats et des civils capturés. Les civils, dont le témoin, ont été capturés et placés dans une zone spécifique. Le témoin a identifié l'homme qui contrôlait les soldats comme étant « Ange Gabriel ». Le témoin a indiqué qu'il ne savait pas si « Ange Gabriel » était le nom complet de cet homme ou son nom de naissance, mais il a confirmé que c'était lui qui donnait des ordres. En outre, le témoin a noté qu'« Ange Gabriel » ne parlait pas l'anglais libérien.

Le témoin a ensuite déclaré que le commandant envoyait des soldats battre les gens à l'intérieur du bâtiment où ils (y compris le seizième témoin) étaient détenus. Lorsque les gens étaient appelés à l'extérieur, le témoin a déclaré qu'il pouvait entendre des coups de feu et quelqu'un dire : « Allez dire au *papay* que je vous ai envoyés. » Il restait de moins en moins de personnes dans le bâtiment, car celles qui étaient appelées à l'extérieur ne revenaient jamais. Lorsque les soldats ont appelé le groupe de personnes qui se trouvait devant lui, le témoin s'est demandé s'il allait lui aussi être appelé à l'extérieur. Le témoin a expliqué qu'il avait finalement été libéré parce que sa grand-mère, [FNM-064], était vendeuse à Waterside et que beaucoup de soldats la connaissaient. L'un des soldats, [FNM-107], a reconnu le témoin. Le témoin a précisé que [FNM-107] était un soldat libérien qui travaillait avec « l'Ange ». Le [FNM-107] a trouvé un moyen pour que le témoin et plusieurs autres hommes s'échappent par l'arrière du magasin. Le témoin a expliqué que c'était la raison pour laquelle il était encore vivant.

Après l'explication des événements par le témoin, l'Accusation a posé des questions pour clarifier certaines parties de son récit. Le témoin a déclaré qu'il ne connaissait pas les noms précis des bâtiments de Waterside, mais a ensuite expliqué que le bâtiment où il avait été détenu se trouvait à une certaine distance du pont, pas trop près de la rivière. Interrogé, le témoin a également précisé qu'il connaissait le nom « Ange Gabriel », à la fois parce que les soldats criaient son nom et parce que « Ange Gabriel » lui-même avait prononcé son nom à plusieurs reprises lors de la fusillade. À la suite d'une question de l'Accusation demandant si Ange Gabriel avait lui-même tiré, le témoin a répondu que Ange Gabriel était celui qui donnait des ordres et qu'il était donc responsable de la fusillade. Lorsqu'on lui a demandé s'il avait vu des cadavres une fois qu'il était sorti, le seizième témoin a répondu qu'il était sorti par l'arrière du bâtiment car il ne pouvait pas sortir par l'avant.

Le témoin s'est également souvenu que l'événement qu'il a décrit s'était produit en 2001, mais a précisé qu'il ne se souvenait pas du mois ; il pense simplement que ce n'était pas pendant la saison des pluies. Il ne savait pas non plus quel âge il avait à l'époque. Interrogé sur l'identité des soldats qui avaient tiré, le témoin a déclaré qu'il ne pensait pas qu'il s'agissait de troupes gouvernementales, car il ne pensait pas que des troupes gouvernementales tueraient leur propre peuple. Le témoin a également souligné que leur commandant ne parlait pas l'anglais libérien.

Se souvenant de son contact avec la police finlandaise, le témoin a expliqué comment l'un de ses amis, [FNM-065], lui avait demandé de lui parler de l'incident et s'il en savait quelque chose. Lorsque le témoin a répondu qu'il avait été présent, son ami lui a dit qu'il y avait un groupe de personnes qui voulait en savoir plus sur ce qui s'était passé. Interrogé, le témoin a confirmé qu'il n'avait pas parlé de l'incident qu'il venait de raconter avec d'autres organisations.

La Défense interroge le témoin n°16

La Défense a commencé par demander dans quel type d'endroit le témoin était détenu : un magasin ou un bâtiment. Le témoin a répondu en décrivant un magasin où des marchandises étaient vendues. Lorsqu'on lui a demandé s'il avait vu [FNM-107] depuis son évasion, le témoin a répondu par la négative, car Monrovia était une grande ville et le témoin n'y vivait pas. Il a également précisé que [FNM-107] connaissait sa grand-mère, [FNM-064], et non sa mère, qui était décédée avant l'incident. La Défense a souligné que dans un enregistrement avec la police finlandaise, il semblait que le témoin parlait de sa mère. Le témoin a répondu que sa grand-mère était la personne qui l'avait élevé et qu'elle était donc comme une mère pour lui. Le témoin a ensuite déclaré que [FNM-107] était la seule personne qu'il connaissait à Waterside.

Interrogé sur son âge au moment de l'incident, le témoin a répondu qu'il avait probablement dix ou douze ans à ce moment-là. Après que la Défense eut indiqué que, lors de son audition avec la police, le témoin avait déclaré avoir dix ou onze ans, le témoin a expliqué qu'il était né dans la « brousse » et que seule sa mère, qui était décédée, aurait pu connaître son âge exact. Le témoin a également indiqué que l'incident s'était produit en 2001, expliquant qu'il connaissait la date parce qu'en 2000, ils avaient quitté sa ville natale de Nile, dans le comté de Bong, et avaient essayé de gagner sa vie à Waterside l'année suivante.

L'Accusation est intervenue et a demandé au témoin d'expliquer son audition avec la police finlandaise. Le témoin a déclaré qu'on lui avait demandé s'il savait quelque chose sur ce qui s'était passé à Waterside en 2001, et s'il se souvenait de l'année où cela s'était produit. 

La Défense a repris son interrogatoire et a demandé au témoin ce qu'il pensait de son entretien avec la police, notamment s'il s'était senti inquiet ou effrayé. Le témoin a confirmé que c'était la première fois qu'il voyait ces personnes et qu'il ne se sentait pas« libre de parler ».». 

La Défense a souligné que, lors de l’audition avec la police finlandaise, le témoin avait déclaré que l'incident s'était produit en février ou mars 2002. Le témoin a déclaré que cela aurait pu être possible, mais qu'il ne se souvenait pas exactement. Toutefois, le témoin a clairement indiqué qu'il était impossible que l'incident se soit produit en 2003 ou 2004, car il n'était pas à Monrovia à l'époque. Moins d'un an après l'incident, le témoin a quitté Monrovia pour retourner à Nile.

Lorsqu'on lui a demandé s'il y avait une guerre au moment de l'incident de Waterside, le témoin a répondu qu'il n'y avait pas vraiment de guerre, mais que tout était« sens dessus dessous ». Il a poursuivi en expliquant qu'il ne savait rien des guerres, mais seulement que l'incident de Waterside s'était produit en 2001. La Défense a souligné que le résumé de l’audition établi par la police finlandaise indiquait que le témoin avait précisé que la Seconde Guerre mondiale avait eu lieu en 2001. Le témoin a déclaré qu'il ne se souvenait pas et qu'on ne pouvait pas s'attendre à ce qu'il connaisse la date exacte.

Le témoin a également déclaré connaître l'ULIMO-K et l'ULIMO-J, mais ne pas faire la différence entre les deux. Il avait également entendu parler du LURD, puisque de nombreuses personnes avaient l'habitude de dire« rebelles du LURD ». Cependant, le témoin n'était pas en mesure de dire s'ils étaient présents à Monrovia à l'époque, puisqu'il n'avait pas combattu pendant la guerre, et a seulement déclaré qu'il savait qu'ils avaient l'habitude de « causer des problèmes ».

À ce stade, l'Accusation est intervenue brièvement pour demander au témoin s'il était seul à Waterside ou s'il y avait vu des personnes qu'il connaissait. Le témoin a répondu qu'il ne se souvenait connaitre qu'une seule personne : l'homme qui l'avait secouru, [FNM-107]. L'Accusation a demandé s'il connaissait une personne nommée « J », ce à quoi le témoin a répondu que oui, cette personne l'avait aidé à s'échapper.

La Défense a repris l'interrogatoire et a demandé au témoin comment il avait su que le nom du [FNM-107] était « J ». Le témoin a répondu qu'il l'avait appris de sa grand-mère. La Défense a ensuite souligné que lorsque le témoin avait parlé à la police finlandaise, il avait appelé [FNM-107] par un autre nom, et que le seul « J » que le témoin avait mentionné à l'époque était en référence à un ami qui était mort pendant l'incident. En réponse, le témoin a déclaré que les gens pouvaient avoir des noms différents selon les endroits et qu'au Liberia, les gens avaient des noms différents. Le témoin a également déclaré qu'il avait perdu de nombreux amis pendant la guerre et que, lorsque la police l'avait interrogé, il ne se souvenait que du nom qu'il avait donné.

Revenant sur la conversation avec la police finlandaise, la Défense a précisé que le témoin avait utilisé le nom « Ange Gabriel » dans son témoignage devant la Cour, mais qu'il n'avait utilisé que le nom « Ange » lorsqu'il avait parlé à la police finlandaise. Le témoin a expliqué que « Ange Gabriel » était son nom complet, mais qu'au moment de l’audition, il ne l’avait appelé que « Ange ». En effet, le témoin pensait que « Ange Gabriel » était un nom biblique, réservé aux personnes qui travaillaient avec Dieu. Il a également expliqué qu'il était possible qu'il ait dit à la police que l'homme se faisait appeler « Ange Gabriel ». 

Audition du témoin n°17

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 08)

La Défense interroge le témoin n°17

Après que le témoin s'est présenté comme un membre du personnel médical, la Défense l'a interrogé sur ses précédentes interactions avec la police finlandaise. Le témoin a expliqué qu'il les avait vus à Waterside et leur avait demandé ce qu'ils faisaient là. Ayant appris qu'ils s'intéressaient aux événements de la guerre en 2001 et 2002, le témoin les a emmenés à la biscuiterie qui avait été cambriolée, ainsi qu'à la banque (Housing and Saving Bank) sur Water Street. 

La Défense a demandé au témoin s'il avait mentionné la date du 20 juin 2003 lors de son audition avec la police finlandaise, ce que le témoin a confirmé. 

Le témoin a ensuite décrit ce qui s'était passé lors de sa rencontre avec la police finlandaise : comment il leur avait expliqué qu'il y avait eu des tirs dans la biscuiterie où des civils étaient allés voler. Le témoin a mentionné avoir vu deux cadavres à la Housing and Saving Bank, un cadavre à l'intersection de Mechlin et Water Street, et un cadavre à l'intersection de Randall et Water Street. 

Le témoin a ensuite témoigné de ce qu'il avait entendu, vers 2001 et 2002, de ses patients qui avaient été blessés lors de l'incident de Waterside. En pleurant, la plupart de ses patients ont prononcé le nom de « Massaquoi ». Le témoin n'a pas connu ou vu « Massaquoi » lui-même, mais chaque fois qu'il traitait une personne blessée, elle disait ce nom. L'un des blessés qu'il a soignés était un commandant, le Major Fokoe, qui a raconté au témoin qu'il protégeait les civils afin qu'ils puissent obtenir davantage de nourriture, et que pendant qu'il les protégeait, un groupe affilié à Charles Taylor était venu et lui avait tiré dessus. Le témoin a expliqué qu'il n'y avait pas de nourriture parce que le gouvernement n'en mettait pas à disposition et que « le LURD était de l'autre côté et donnaient du fil à retordre au gouvernement ». Les civils devaient trouver de la nourriture, c'est pourquoi ils s’étaient introduits dans le magasin de biscuits.

La Défense a demandé au témoin s'il pouvait témoigner sur l'année 2003, ce à quoi le témoin a répondu que la guerre était presque terminée et qu'il avait dû passer à côté des corps pour se rendre là où vivait le major Fokoe. Le témoin a dit que c'était entre 2002 et 2003. En réponse à une autre question de la Défense sur ce qui s'était passé en 2003, le témoin a mentionné la prise de Waterside par les forces de Charles Taylor, qui, selon les victimes, s'était déroulée vers juin/juillet, entre 2002 et 2003. Le témoin a décrit comment il avait appris des blessés qu'il soignait que l'incident au magasin de biscuits s'était produit entre 2002 et 2003, et que la plupart des patients s'étaient cachés chez eux parce qu'ils avaient peur de sortir. 

Lorsque la Défense a demandé si le témoin avait été en contact avec une autre organisation, le témoin a mentionné que MSF Belgique (Médecins Sans Frontières) et Merlin (Medical Emergency Relief International) étaient sur le terrain, mais qu'il n'était pas en contact avec eux. 

L'Accusation interroge le témoin n°17

L'Accusation a commencé en demandant au témoin ce qu'il avait entendu à la biscuiterie. Le témoin a précisé qu'il avait reçu des patients blessés par balle lors de l'incident. L'Accusation a demandé au témoin si les victimes qu'il aidait avaient mentionné « Massaquoi ». Le témoin a raconté que les victimes lui avaient dit que l'homme était « très méchant » et qu'il avait commencé à leur tirer dessus.

L'Accusation a demandé ce que le Major Fokoe avait dit au témoin pendant qu'il le soignait. Le témoin s'est souvenu que Fokoe l'avait appelé à l'aide et qu’un groupe de miliciens lui avait tiré dessus alors qu'il protégeait des civils qui se trouvaient au magasin de biscuits pour acheter de la nourriture. Le témoin a raconté que le seul nom que Fokoe lui avait mentionné était celui de Massaquoi, qui, selon Fokoe, était le commandant. Le témoin a rappelé que Fokoe était venu le voir en tant que patient de 2002 à début 2003, et ce pendant trois mois. 

L'Accusation a ensuite demandé où se trouvait la biscuiterie. Le témoin a expliqué qu'elle se situait en face du Nouveau Pont (New Bridge) ; en partant de Vai Town et en traversant vers Waterside, la biscuiterie se trouvait sur la droite, près d'un lampadaire. 

La Défense reprend son interrogatoire du témoin n°17

La Défense a posé des questions sur la présence de troupes militaires à Waterside. Le témoin a expliqué que le major Fokoe était le commandant de la base de sécurité conjointe du gouvernement en 2001, 2002 et 2003. Il a déclaré que les soldats du gouvernement étaient présents pour protéger les civils et que la milice avait l'habitude de venir harceler les civils puis de partir. Le témoin a déclaré qu'il ne savait pas si la milice avait également une base à Waterside à l'époque, car il était occupé à soigner les gens.

Interrogé par la Défense sur les rebelles du LURD, le témoin a répondu qu'ils lançaient des missiles sur Waterside, y compris sur l'hôpital où il travaillait. Le témoin a déclaré que cela s'était produit au cours de « la Première, la Deuxième et la Troisième Guerre mondiale ». Interrogé par la Défense sur la période en question, le témoin a répondu que la guerre s'était réellement intensifiée en 2001, 2002 et 2003. 

La Défense a ensuite interrogé le témoin sur le mois de juin 2003. Le témoin a répondu qu'il avait observé des combats des deux côtés, et qu'en juin, il y avait eu une attaque majeure des deux côtés parce que le LURD voulaient traverser. Pendant ce temps, le témoin a continué à soigner des personnes. 

La Défense a demandé au témoin si le LURD avaient attaqué Monrovia avant juin 2003. Le témoin a répondu par l'affirmative et a expliqué que c'était ce qu'on appelait la Première, la Deuxième et la Troisième Guerre mondiale. Le témoin a précisé que le gouvernement combattait le LURD pendant ces « guerres ». 

La Défense a ensuite interrogé le témoin sur un élément mentionné dans le résumé de la police finlandaise : une lettre que le témoin a écrite en juin 2003 à MSF à Mamba Point pour demander de l'aide. Le témoin a précisé qu'il était à West Point lorsqu'il avait écrit la lettre. La Défense a demandé si c'était à l'époque où les patients du témoin parlaient de Massaquoi, ce à quoi le témoin a répondu par l'affirmative. En réponse à une question de la Défense demandant si les gens parlaient de Massaquoi au même moment où il avait écrit la lettre, le 20 juin, le témoin a précisé qu'il avait écrit la lettre pour obtenir de l'aide lorsqu'il était à court de médicaments. 

La Défense a demandé au témoin s'il savait pourquoi ils tiraient sur les civils, et le témoin a répondu que la seule raison qu'il connaissait était que les civils cherchaient de la nourriture. Interrogé par la Défense sur le fait qu'il avait déclaré dans l'enregistrement que l'armée était en colère contre les civils parce qu'ils se tournaient vers le LURD, le témoin a précisé qu'il avait dit que les civils cherchaient de la nourriture et que les miliciens s'étaient mis en colère et avaient dit qu’ils voulaient se tourner vers le LURD. 

La Défense a précisé que le témoin avait déclaré au cours d’un enregistrement que lorsqu'il avait écrit la lettre, les civils cherchaient de la nourriture, l'armée leur tirait dessus et que c'était Massaquoi, et que les six premières personnes avaient été abattues en juillet 2003. Le témoin a précisé qu'il s'agissait du récit des patients. 

La Défense a ensuite demandé si le LURD se trouvait à Monrovia lorsque l'incident du magasin de biscuits s'était produit. Le témoin a répondu que cet incident s'était produit pendant la Troisième Guerre mondiale, c'est-à-dire entre 2002 et 2003. Le témoin a précisé que le LURD se trouvait à Monrovia au moment de l'incident, car à partir de 2002, le LURD avait attaqué Monrovia, s'était retiré et avait attaqué à nouveau. La Défense a demandé au témoin s'il pensait que l'incident du magasin de biscuits s'était produit lors de la première attaque du LURD, ce à quoi le témoin a répondu que les patients qu'il soignait lui avaient expliqué que cela s'était produit entre 2002 et 2003. Lorsque la Défense a soulevé le fait que le témoin avait écrit à MSF pour demander de l'aide en juin 2003, le témoin a déclaré qu'il soignait ses patients en 2002 et 2003 avec ses propres médicaments, et que lorsqu'il fut à court, il avait écrit à MSF.

La Défense a ensuite demandé si le témoin avait parlé à la police finlandaise d'un quelconque incident survenu entre 2001 et 2002. Le témoin a répondu qu'il n’avait fait que les emmener au pont et à l'immeuble E.J. Roye où des tireurs embusqués avaient tiré en 2001, 2002 et 2003. La Défense a précisé que dans l'enregistrement, le témoin avait déclaré que six personnes avaient été abattues en juin 2003. Le témoin a expliqué que des patients lui avaient dit en 2003 que cela s’est produit au magasin de biscuits. La Défense a conclu qu'elle aurait besoin de voir l'enregistrement.

À ce moment, le juge a interrompu l'interrogatoire car le témoin devait partir. Le témoin continuera son témoignage le mardi 16 mars 2021.

L'audience s’est terminée et reprendra à Monrovia le mardi 9 mars 2021.

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