16/03/21 (Libéria) Seizième jour : Audition des témoins n°17 (suite), 22, 23 et 24

La seizième journée d'audience publique a repris le 16 mars 2021 à Monrovia, au Liberia.

Audition du témoin n°17

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 08)

La Défense interroge le témoin n°17

L'audience a débuté avec la deuxième partie de l’audition du témoin n°17, qui a commencé le 8 mars 2021 (treizième jour). Le témoin est un professionnel de la santé, il s’est occupé de patients de l'incident de la biscuiterie de Waterside, qui, selon le témoin, ont mentionné le nom « Massaquoi ». 

La Défense a repris son interrogatoire et a cherché à clarifier l'année au cours de laquelle l'incident de la biscuiterie s’était produit. Le témoin a expliqué que, d'après ce qu'il avait compris des victimes et des patients, cela s'était produit en 2002/2003. 

Le témoin a commencé à traiter les personnes souffrant de blessures par balle et d'autres blessures liées à la guerre en 2001 - lorsque les soldats de Charles Taylor avaient commencé à attaquer les civils - et a poursuivi cette activité en 2002 et 2003. La Défense a demandé spécifiquement si le témoin avait entendu des patients dire que l'incident du magasin de biscuits s’était produit en 2003, plutôt qu'en 2000 ou 2002 ; le témoin a confirmé que c'était le cas. Revenant sur l’audition du témoin par la police finlandaise dans le cadre de l'enquête préalable au procès, le témoin n°17 a précisé qu'il n'avait pas parlé à la police de ce qui s'était passé en 2001 ou 2002, car le jour où il les avait rencontrés, des« criminels» avaient volé les téléphones de la police finlandaise et le témoin avait eu peur pour sa vie. Il leur a toutefois parlé de l'incident de la biscuiterie parce qu'il savait que ce qui s'y était passé était un « crime contre l'humanité », d'après la description faite par les patients, à savoir qu'ils étaient à la recherche de nourriture et que six personnes étaient mortes.

Le témoin a rappelé que lorsque les victimes qu'il traitait lui avaient parlé de l'attaque, le nom qu'elles lui avaient donné était « Massaquoi ». Il a précisé à la Défense qu'il avait bien raconté à la police finlandaise l'incident de la biscuiterie. Le témoin a déclaré que la victime lui avait parlé de l'incident en juin 2003. Le témoin a ensuite expliqué qu'il soignait des personnes blessées dans différents incidents, et que certaines lui avaient parlé d'un incident survenu dans le magasin de biscuits. Le témoin a déclaré que cet incident s'était produit avant qu'il n'écrive la lettre à MSF, le 20 juin 2003. Lorsqu'on lui a demandé s'il avait des informations sur les rebelles du LURD, le témoin a répondu que la seule chose qu'il savait était que tout le monde se battait pour traverser le pont. Le témoin n'a pas précisé si le LURD se battait sur le pont avant ou après qu’il ait écrit la lettre à MSF.

La Défense a ensuite posé des questions sur les patients qui avaient été évacués par MSF. Le témoin a expliqué que les patients de la clinique « Small Catholic » de West Point avaient été amenés à la clinique Medlink de Mamba Point. Le témoin a rappelé qu'il avait administré un traitement d'urgence à des patients dans son magasin de médicaments à Waterside, [Place 2], qui disposait de lits pour les patients. Le juge est intervenu, rappelant que le témoin avait parlé d'un incident dans un magasin de biscuits en juin 2003, et a demandé si les patients avaient dit au témoin quand l'incident s'était produit ; le témoin a répondu par la négative. 

La Défense a poursuivi son interrogatoire et a demandé au témoin si les blessures qu'il soignait étaient récentes. Le témoin a expliqué que les blessures n'étaient pas récentes, car beaucoup de ses patients se cachaient dans leurs maisons à cette époque, et a précisé que certaines des blessures qu'il soignait dataient de deux, trois, voire plus de trois mois.

La Défense a ensuite lu un extrait du rapport de police, dans lequel il est écrit que le témoin a dit que les civils essayaient de traverser le pont parce que la nourriture et l'eau étaient rares, et que les gens parlaient d'un homme appelé Massaquoi. Le témoin a confirmé que cette histoire lui avait été racontée par les patients qu'il soignait, et a précisé qu'ils avaient dit que les forces de Charles Taylor leur avaient tiré dessus parce qu'ils essayaient de traverser le pont. La Défense a interrogé le témoin sur le LURD, et le témoin a confirmé que les patients lui en avaient parlé. Le témoin a également affirmé que les milices avaient tiré sur les civils qui cherchaient de la nourriture.

La Défense a affirmé qu'il semblait, d'après le résumé, que tout s'était déroulé en même temps, et a demandé si le témoin était d’accord. Le témoin n'était pas d'accord et a précisé qu'il y avait des dizaines de milliers de résidents à Waterside et qu'il recevait de nouveaux patients toutes les quelques minutes. Il a expliqué qu'il n'avait pas eu le temps d'aller voir ce qui se passait à l'extérieur jusqu'à ce qu'il soit appelé par Fokoe, qui disait avoir été blessé par balle par la milice et avoir besoin d'aide. Le témoin s'est souvenu que lorsque nous étions sortis pour aller voir Fokoe, il avait vu les cadavres. Le témoin n'a pas pu déterminer si le LURD avait attaqué, car il n'a pas pu identifier de quelle force il s'agissait, et a déclaré que s'il avait dit le contraire à la police, c'était une erreur. Le témoin a indiqué qu'il avait soigné des personnes souffrant de blessures causées par des balles et des roquettes, mais qu'il pouvait seulement dire que des personnes étaient blessées, et si les blessures étaient récentes ou anciennes. Il ne pouvait pas dire quel type de balle avait causé une blessure particulière. Lorsque l'Accusation lui a demandé s'il se souvenait de la date de l'attaque à la roquette, le témoin a répondu que c'était pendant les attaques de la Première Guerre mondiale, mais qu'il ne pouvait pas dire quand précisément, car il avait traité des patients de 2001 à 2003. Le témoin a précisé qu'après la guerre, il avait changé le nom de son magasin de médicaments, en raison du risque de représailles par certains anciens pour son traitement des patients, et l'avait cédé à son fils. 

La Défense a ensuite demandé au témoin s'il se souvenait avoir marqué des lieux sur une carte lors de l’audition préalable au procès, ce à quoi il a répondu par la négative. La Défense a ensuite montré une carte au témoin. Le témoin s'est souvenu que, lorsqu'il était allé voir Fokeo, ils étaient partis du magasin de biscuits, vers les Housing and Saving Banks, Mechlin et de Randall Street, et que c'était là que vivait Fokoe. Il a déclaré que c'était là qu'il avait vu les corps, et a répété que c'était la première fois qu'il sortait. Le témoin a déclaré qu'il connaissait le magasin de biscuits avant la guerre, car il avait l'habitude d'y faire ses courses.

Le témoin a clairement indiqué qu'il avait vu des cadavres dans les banques, mais pas à la biscuiterie, car il n'avait entendu parler de la biscuiterie que par ses patients. La Défense a rappelé que le résumé indiquait que le témoin avait vu six cadavres à la biscuiterie. Le témoin a été catégorique sur le fait qu'il avait dit à la police qu'il avait vu six cadavres : deux à la Housing and Saving Bank, deux sur Mechlin Street et deux sur Randall Street. La Défense a demandé si le témoin avait lui-même vu les six cadavres, et le témoin a précisé que le témoin oculaire lui en avait parlé. La Défense a fait écouter un enregistrement au cours duquel lequel le témoin avait déclaré avoir vu six cadavres à la biscuiterie, un cadavre à la Housing and Saving Bank, un cadavre au coin de Michelin et Water Street, et un cadavre au coin de Randall et Water Street. Le témoin a précisé qu'il était nerveux lorsqu'il avait dit cela, et a clairement indiqué qu'il n'était pas allé à la biscuiterie, mais que ses patients lui avaient parlé des six cadavres qui s'y trouvaient. Le témoin a admis qu'il faisait confiance aux témoignages de ces patients et qu'il avait donc expliqué la situation à la police finlandaise comme s'il avait été sur place. La Défense a demandé au témoin s'il était commun dans la culture libérienne de raconter une histoire que l'on a entendue comme si on l'avait vécue soi-même, ce à quoi le témoin a répondu par la négative.

Audition du témoin n°22

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 36)

L'audience est ensuite passée de l'incident de Waterside à un incident survenu dans le village de Kiatahun. 

L'Accusation interroge le témoin n°22

Le témoin a commencé par évoquer un incident au cours duquel il avait été capturé par un groupe de soldats dans le village de Kiatahun, où il résidait. Il n'a pas pu préciser le mois, mais s'est souvenu que l’incident s'était produit en 2001. Le groupe comprenait des combattants du RUF et de Charles Taylor. Ce groupe a capturé le témoin, mais celui-ci a réussi à s'échapper et à se cacher dans la brousse. Après cet incident, le témoin et de nombreuses autres personnes ont vu un autre groupe en provenance de Sierra Leone. Ce groupe a également capturé des personnes, dont le témoin. Ce dernier a déclaré qu'il avait tenté de s'échapper à nouveau et que les Sierra-Léonais avaient essayé de leur tirer dessus, mais que l'arme ne voulait pas tirer. Le témoin a expliqué que « lorsque Dieu n'est pas d'accord pour que votre vie soit prise, cela ne fonctionne pas. » 

Le témoin a déclaré que certains des Sierra-Léonais parlaient le mende, et qu'ils avaient dit qu'ils allaient tous les brûler parce qu'ils pensaient que les personnes capturées étaient protégées (charme magique). Le témoin a déclaré qu'après tout cela, ils étaient retournés dans la brousse. Il a identifié [FNM-161], [FNM-115] et Zigzag Marzah comme faisant partie du groupe. Le témoin a répété que les soldats leur avaient dit qu'ils brûleraient toutes les personnes qu'ils avaient capturées. Il a ensuite déclaré qu'ils avaient tué un homme, [FNM-020], devant tout le monde avant de partir. Il s'est souvenu qu'ils avaient enterré l'homme en ville, à côté de la maison de son oncle. Le témoin a déclaré que le tueur s'appelait « Gibril man » et un autre nom, qui étaient les deux noms utilisés par l'homme. Il a ensuite déclaré qu'il ne connaissait pas le nom de l'assassin de [FNM-020], mais qu'il savait que le tueur parlait mende, et a noté qu'il y avait une différence entre les tribus Mende et Gbandi. L'Accusation a demandé au témoin si le tueur de [FNM-020] avait dit quelque chose après l'avoir tué. Il a déclaré que le tueur avait dit : « J'ai le pouvoir aujourd'hui ».

Interrogé par l'Accusation sur la capture de personnes, le témoin a précisé que les soldats qui étaient venus à Kiatahun avaient capturé des personnes. Selon le témoin, ils avaient capturé plus de vingt personnes. Parmi elles, la femme du témoin, [lFNM-021], son beau-frère, [FNM-023], sa mère, [FNM-024], et [FNM-025]. Les militaires les ont tués à Kiatahun après les avoir capturés. Selon le témoin, les soldats les ont brûlés dans une maison après que le fusil n'ait pas fonctionné. Le témoin a précisé qu'il n'avait pas vu personnellement la maison en feu, mais que sa sœur l'avait vu et le lui avait dit. 

L'Accusation a ensuite demandé au témoin de fournir davantage d'informations sur le « Gibril » qu'il avait mentionné précédemment. Le témoin a déclaré que « Gibril Massaquoi » était un commandant des rebelles du RUF. Il était avec le RUF qui était venu à Kiatahun et avait capturé le témoin et d'autres personnes. Il a déclaré avoir pris connaissance du nom de « Gibril Massaquoi » lorsque les rebelles étaient arrivés en ville, car c'était ainsi que les gardes du corps de Gibril l'appelaient. Le témoin a également déclaré que Gibril parlait mende avec ses gardes du corps. Le témoin a pu identifier cette langue car la ville où il habitait n'était qu'à trois heures de Sierra Leone. Le témoin a déclaré que Gibril était le commandant et qu'il avait entendu Gibril Massaquoi dire qu’« il était aux côtés de Dieu » lorsqu'ils avaient capturé les civils. 

Le Procureur a cherché à savoir si le témoin avait d'autres membres de sa famille. Le témoin a mentionné [FNM-075], la jeune sœur de sa mère, [FNM-076], et sa fille, [FNM-077]. Le Procureur a demandé ce qu'il était advenu de sa femme capturée, [FNM-021], et de sa sœur, [FNM-022]. Le témoin a confirmé qu'elles avaient été capturées et tuées. Il a précisé qu'après la capture de sa femme, celle-ci avaient été emmenée et n'étaient jamais revenue. Il a déclaré qu'il avait un enfant avec elle, qui était un jeune enfant à l'époque et qui était avec sa grand-mère. Il a dit que sa fille allait actuellement à l'école à Monrovia.

Lorsqu'on lui a demandé comment il se souvenait que l'incident s'était produit en 2001, le témoin a répondu que la guerre était en cours et que s'il ne se souvenait pas du mois, il pouvait se rappeler de l'année. Le témoin s'est ensuite rappelé que la saison sèche approchait, mais il ne se souvenait pas du mois. 

L'Accusation a ensuite demandé s'il se souvenait de son interaction avec la police finlandaise. Le témoin a répondu que le chef local lui avait dit que des personnes de Monrovia étaient venues le voir. Le témoin a déclaré qu'il avait ensuite rencontré les policiers et qu'à part eux, il n'avait parlé de l'incident à aucune autre organisation. 

La Défense interroge le témoin n°22 

La Défense a commencé par interroger le témoin sur la visite de la police finlandaise. Le témoin s'est souvenu que le chef local lui avait dit, ainsi qu'à d'autres personnes, que des étrangers étaient venus s'informer sur le déroulement de la guerre, mais que le témoin et d'autres personnes n'étaient pas en ville lors de leur visite. 

Le témoin a déclaré que des mois s'étaient écoulés entre la première visite des étrangers dans la ville et leur retour. Le témoin a précisé par la suite qu'il s'était écoulé trois mois entre leur première visite et l'arrivée du virus. Le témoin a affirmé que les villageois ne s'attendaient pas à les revoir, et que lorsque les étrangers étaient revenus, les villageois ne l'avaient pas su à l'avance, ils étaient simplement arrivés en ville. Le témoin a indiqué à la Défense que six personnes les avaient interrogés.

La Défense a ensuite interrogé le témoin sur l'identité et la nationalité des étrangers. Le témoin a expliqué qu'il n'était pas là pour les voir la première fois qu'ils étaient venus. On lui a seulement dit que des inconnus étaient venus chercher des témoins. Le témoin a ensuite expliqué comment il était entré en contact avec la police. Il a déclaré que la deuxième fois que les étrangers étaient venus, ils avaient rassemblé tous les témoins. La troisième fois qu'il avait été contacté, c'était pour qu'il vienne à Monrovia. Il a expliqué qu'il était venu à Monrovia en voiture, et qu'un chauffeur était venu le chercher à Kiatahun. La police finlandaise avait organisé le transport, en lui indiquant l'heure à laquelle il serait pris en charge. Il y avait quatre personnes dans la voiture, dont le chauffeur. Le témoin a précisé qu'elles avaient été prises en charge à des endroits différents. Le chauffeur est d'abord passé prendre le témoin à Kiatahun, puis les autres à Kolahun.

Le témoin a confirmé à la Défense que personne ne lui avait parlé de l'incident depuis 2019. La Défense a ensuite demandé au témoin s'il se souvenait de quelqu'un appelé [l'employé 1]. Le témoin a déclaré qu'il avait entendu parler de ce nom, mais qu'il ne connaissait pas [l'employé 1] et qu'il ne l'avait jamais rencontré. Il ne savait pas non plus si [l'employé 1] avait joué un rôle dans son transport à Monrovia. 

Après cette interaction, la Défense a interrogé le témoin sur les divergences entre ce qu'il avait dit pendant l’entretien avec la police et ce qu’il avait dit aujourd’hui. La Défense a souligné que le témoin avait mentionné le lundi 13 août comme étant la date exacte de l'incident de Kiatahun, et a ensuite demandé au témoin où il avait trouvé cette date. Le témoin a expliqué que sa mémoire avait changé, mais il a répété qu'il avait dit 2001. La Défense a fait remarquer que si le témoin avait dit à la police que l'incident s'était produit en 2001, celle-ci l'aurait écrit. Le témoin a maintenu qu'il leur avait dit 2001. 

La Défense a de nouveau fait référence à l’audition de la police, notant que le témoin avait dit que personne n'avait été tué. Le témoin a répondu que la police finlandaise avait vu la tombe. Interrogé à nouveau sur la date du 13 août, et si quelqu'un avait pu l'écrire, le témoin a répondu que, oui, son frère l'avait écrit sur un morceau de papier.

La Défense s'est souvenue que le témoin avait mentionné sa femme, [FNM-021], et a voulu savoir si elle avait accouché avant l'incident. Le témoin a confirmé qu'elle avait accouché et que l'enfant avait un mois. Il a également confirmé que le bébé était avec la mère du témoin et non avec sa femme au moment de sa capture. La Défense a mentionné l’audition par la police, notant que le témoin avait déclaré que sa femme avait accouché seulement deux semaines avant d'être capturée avec le bébé. Le témoin a réitéré que seule sa femme avait été capturée et que le bébé était mort alors qu'il était avec lui dans la brousse.

Le témoignage a pris fin.

Audition du témoin n°23

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 50)

L'Accusation interroge le témoin n°23

L'Accusation a commencé son interrogatoire en demandant au témoin s'il se souvenait de ce qui s'était passé dans son village le jour des funérailles de son fils. Le témoin a déclaré que, le 7 avril, des soldats étaient entrés dans Kiatahun et avaient tué un vieil homme nommé [FNM-029]. Il a ajouté qu'ils étaient partis, puis qu'ils étaient revenus le lendemain et avaient brûlé des maisons et des cuisines. Après ces événements, il était en deuil, car son fils était mort et des funérailles avaient été organisées en son honneur. Le témoin a indiqué qu'après les funérailles, ils étaient allés en ville et avaient vu arriver un groupe d'hommes armés. Il a déclaré que ces hommes avaient capturé le témoin n°23 et certains de ses amis, bien que l'un des hommes armés ait montré de la compassion au témoin. 

Le témoin a décrit comment certains des hommes parlaient soit le mende, soit le créole, soit l'anglais libérien. Comme le témoin parle lui-même le mende, il a pu comprendre l'un des hommes dire en mende « nous allons tous vous tuer, vous qui êtes ici ». Le témoin a précisé que certains d'entre eux étaient des hommes de Charles Taylor, et que les hommes étaient tous ensemble. Il a expliqué comment ils avaient attaché certains de ses amis ensemble, « les avaient commandés tous ensemble, de la manière dont ils avaient l'habitude de transporter les esclaves », et leur avaient dit qu'ils devaient aller à Kamatahun.

Le témoin a ajouté qu'il avait omis de mentionner quelques détails à la police finlandaise lors de son audition préalable au procès. Tout d'abord, qu'après leur capture, l'un des hommes l'avait frappé à la tête avec un pistolet, ce qui lui avait causé une blessure. Le témoin a noté qu'il avait encore une marque sur la tête et l'a montrée à la Cour. Le témoin a ajouté qu'en route vers Kamatahun, la peur s'était emparée de lui et de ses amis, car l'un des hommes lui avait dit qu'ils allaient tous les tuer. Le témoin a indiqué qu'ils avaient emprunté l'étroite route de brousse menant à Kamatahun, et non la route destinée aux voitures, et qu'ils avaient marché de ville en ville avant d'arriver à Kamatahun. Il a noté que de nombreux hommes appelaient le témoin et ses amis par leur nom afin de les intimider. Il s'est souvenu que lorsqu'ils étaient arrivés à Kamatahun, ils n'étaient pas en bonne condition, un homme s'était approché et s'était présenté comme étant [FNM-112] de la faction du RUF. Le témoin a déclaré avoir été séparé de ses amis ; ils ont été gardés dans une maison tandis que le témoin dormait avec les soldats. Le témoin a déclaré qu'ils avaient passé une journée entière comme cela, puis qu'ils avaient été réunis « dans un forum » lorsque les soldats étaient sur le point de les tuer. Le témoin se souvient que certains soldats les appelaient par leur nom, mais qu'il était impossible de les reconnaître en raison de leur tenue vestimentaire. Le témoin a raconté comment lui et ses amis avaient été appelés dans une maison ; il était le dernier, alors qu'il avait mis le pied à l'intérieur, l'un des collègues du soldat lui avait demandé pourquoi il emmenait le témoin dans la maison, car il était important pour eux. En effet, il savait lire et écrire, ce que le témoin a indiqué avoir découvert ce jour-là. Le témoin s'est souvenu qu'après avoir fait entrer toutes les personnes dans la maison, les soldats y avaient mis le feu. À ce moment-là, le témoin s’est mis à pleurer et la Cour a fait une pause pour lui permettre de se recueillir.

Le témoin a poursuivi son témoignage, déclarant que septante-cinq personnes avaient été capturées à Kiatahun, mais que certaines s'étaient échappées. Parmi celles qui étaient restées, le témoin a déclaré qu'il était le seul à avoir survécu, les autres ayant été « brûlées ». Plus tard au cours de l'audience, le Procureur a demandé au témoin s'il se souvenait de certains des noms de ceux qui avaient été capturés, ce à quoi le témoin a répondu qu'il pourrait écrire certains de leurs noms si on lui donnait un stylo et du papier. Le témoin a commencé à écrire des noms, et après en avoir écrit seize, a demandé s'il devait écrire tous les noms dont il se souvenait, ce à quoi le Procureur a répondu « peut-être pas maintenant ». Le témoin a ensuite noté un détail supplémentaire qu'il n'avait pas mentionné au cours de l’audition : après avoir brûlé la maison avec des personnes à l'intérieur, ils lui ont donné des munitions à transporter jusqu'à Fokolahun.

Le témoin se souvient avoir rencontré Zigzag Marzah et d'autres personnes à Fokolahun, et a précisé qu'il était capable de distinguer les hommes les uns des autres par leur façon de parler. Selon le témoin, une attaque contre le RUF et les forces gouvernementales avait eu lieu à Fokolahun le jour où ils s'y trouvaient. Ensuite, le témoin est retourné avec eux à Kamatahun. Le témoin a déclaré qu'il y avait beaucoup de gens et qu'il ne se souvenait pas de leurs visages, mais il se souvenait des noms qu'on leur donnait. Le témoin a déclaré qu'il était parti avec eux à Vahun, puis en Sierra Leone, pour vendre un bidon d'huile, mais que lorsqu’ils lui avaient demandé de rentrer avec eux, il avait refusé et était resté en Sierra Leone. 

Le témoin se souvient que de nombreux massacres avait eu lieu. Il a vu des soldats du RUF demander aux gens s'ils avaient besoin de manches longues ou de manches courtes ; la réponse déterminait qu'ils allaient leur couper la main, et ils ont utilisé une scie électrique pour tuer quelqu'un à Vahun. 

Interrogé par l'Accusation, le témoin a déclaré que l'incident au cours duquel un soldat avait dit en mende que « nous allons tous vous tuer » s'était produit en 2001. Il ne se souvenait pas du nom de ce soldat en particulier, mais il se rappelait que de nombreuses personnes appelaient d'autres soldats par leur nom à Kamatown. Il se souvient avoir entendu les noms des [FNM-113], [FNM-112] et de l’Ange Gabriel. L'Accusation a demandé au témoin s'il se souvenait de la personne qui avait donné l'ordre de mettre le feu à la maison. Le témoin a répondu que c'était l'Ange Gabriel. Il a rappelé que, bien que cet homme n'ait pas mentionné son nom au moment où le témoin les avait rencontrés, le témoin savait qu'il était le commandant en chef car les soldats avaient l'habitude de le saluer et de lui rendre la politesse. Lorsque l'Accusation lui a demandé quels mots exacts l'ange Gabriel avait utilisés pour donner l'ordre de mettre les gens dans la maison et de la brûler, le témoin s'est souvenu que les soldats avaient dit que si les fusils ne pouvaient pas les tuer, le feu le ferait. Le témoin a noté que l'Ange Gabriel était originaire de Sierra Leone et parlait créole. Lorsque le Procureur lui a demandé qui l'avait frappé avec une arme à feu, le témoin a répondu qu'il ne savait pas.

Le Procureur a ensuite demandé si le témoin avait entendu parler de violences à l'encontre des femmes. Le témoin a déclaré que le jour où il avait été capturé, il les avait vus avoir des relations sexuelles avec une petite fille sur la route alors qu'ils étaient en train de partir. Le témoin a précisé qu'il avait entendu parler de viols, mais qu'il n'en avait pas été témoin lui-même. L'Accusation lui a demandé s'il y avait une raison particulière pour laquelle il se souvenait aussi clairement de la date de l'incident, ce à quoi le témoin a répondu que de nombreuses choses lui permettaient de se souvenir de cette date. Lorsqu'on lui a demandé quand les soldats étaient revenus, le témoin a répété qu'ils étaient revenus le lendemain pour mettre le feu aux maisons et aux cuisines, puis qu'ils étaient revenus pour les emmener tous le lundi 13 août. Le témoin a déclaré qu'il s'en souvenait parce qu'il avait écrit la date sur le mur le jour où ils avaient été capturés. Le témoin a expliqué qu'il était enseignant, qu'il savait lire et écrire, qu'il était le « s2 » des rebelles LURD et qu'il était la personne qui rédigeait les laissez-passer pour les personnes entrant dans les zones rebelles contrôlées par le LURD. Le témoin a déclaré que lorsqu'il était revenu de Sierra Leone, la date était toujours écrite sur le mur. 

La Défense interroge le témoin n°23

Le témoin a commencé par répondre aux questions de la Défense en expliquant d'abord pourquoi il n'avait pas inclus certains détails dans sa déclaration initiale à la police finlandaise. Il a expliqué que cela était dû au fait qu'il avait peur au début. Le témoin a expliqué que lorsque la police finlandaise était arrivée, la plupart des habitants de sa ville avaient peur d'eux, car ils étaient blancs. Il s'est souvenu que la plupart des gens n'étaient pas disposés à parler aux Blancs, et certains ont même dit que si vous le faisiez, ils vous emmèneraient quelque part. Malgré cela, le témoin s'est porté volontaire, parmi quatre autres personnes, mais l'un de ses amis est parti. Le témoin a raconté qu'ils avaient été emmenés quelque part pour une audition, et c'est ainsi qu'il a rencontré la police finlandaise. Le témoin a affirmé qu'il n'avait discuté de cette affaire avec personne d'autre que la police finlandaise. Il a rappelé que, lorsque la pandémie de coronavirus a commencé, ils pensaient que la police ne reviendrait pas. Le témoin et la Défense sont revenus sur les dates que le témoin avait mentionné à la police finlandaise. Le témoin a déclaré que l’audition avait eu lieu fin 2018, tandis que la Défense a précisé que le résumé indique qu'elle avait eu lieu en 2019 ; ce à quoi le témoin a répondu : « tout être vivant qui boit de l'eau peut oublier. »

La Défense a demandé au témoin quand on lui a demandé de venir au tribunal, ce à quoi le témoin a répondu que c'était après l’audition ; un homme nommé [FNM-078] l'avait appelé et lui avait donné les informations. La Défense a demandé qui avait coordonné le voyage du témoin à Monrovia, et si c'était [FNM-078]. Le témoin a affirmé qu'un véhicule avait été envoyé pour le conduire de Voinjama à Monrovia. Le témoin a confirmé que [FNM-078] avait organisé la voiture pour le conduire de Voinjama à Monrovia. Il a ajouté qu'il y avait quatre personnes dans la voiture qui l'avait emmené de Voinjama à Monrovia. 

La Défense a interrogé le témoin sur le nom Ange Gabriel, précisant que le témoin avait mentionné le nom de « Massaquoi » à la police finlandaise, mais qu'il disait maintenant Ange Gabriel dans son témoignage. Le témoin a expliqué qu'il n'avait pas utilisé le nom Ange Gabriel avec la police finlandaise parce qu'il avait peur d'entrer dans trop de détails, et qu'Ange Gabriel était son surnom, et qu'il avait entendu les hommes l'appeler par d'autres noms. La Défense a voulu insister sur la raison pour laquelle il avait mentionné le nom de Massaquoi pendant l’audition mais avait utilisé le nom Ange Gabriel aujourd'hui devant la Cour. Le témoin a répondu que « dans ma langue, si on dit d'attacher la chèvre ici ou là, c'est la même chèvre », et a répété que Massaquoi et Ange Gabriel étaient la même personne. Il a déclaré que certains l'appelaient Massaquoi, et d'autres l'appelaient Ange Gabriel, qui était aussi le nom qu'il se donnait. La Défense a ensuite demandé au témoin pourquoi il n'avait pas peur de mentionner d'autres soldats tels que Zigzag Marzah. Il a répondu que tout le monde connaissait Zigzag Marzah, notamment parce qu'il avait témoigné à La Haye. Selon le témoin, il avait vu Zigzag Marzah la première fois à Fokolahun. Il s'est souvenu que c'était la première fois qu'il le voyait et qu'il ne l'avait plus revu depuis. La Défense a demandé au témoin pourquoi il avait peur de mentionner le nom de l’Ange Gabriel mais pas celui des [FNM-161] et [FNM-112]. Le témoin a répondu qu'il y avait des problèmes dans ce qu'il avait dit à la police finlandaise, comme il l'avait déjà dit, mais qu'il leur avait dit ce qu'il avait vu. 

Revenant sur un détail du témoignage, la Défense a voulu savoir comment les soldats étaient entrés dans la ville le 13 août. Le témoin a expliqué que la guerre n’était pas la même qu'en Europe, et qu'en Afrique, les soldats approchent « buisson par buisson » jusqu'à ce qu'ils entrent dans la ville. Le témoin a précisé que cela signifiait que les soldats étaient entrés dans la ville à pied. 

La Défense a noté que le résumé de l'entretien mentionnait que le témoin avait dit que l'ordre de brûler la maison avait été donné à Zigzag. Le témoin a indiqué qu'il n'avait pas vu Zigzag avant Fokolahun. La Défense a demandé au témoin si Zigzag était le premier commandant qu'il avait vu. Le témoin a précisé que le groupe était large et qu'il évitait de sortir à découvert. Le témoin a précisé qu'il était jeune et effrayé, et qu'il ne voulait pas attirer l'attention des autres soldats, aussi avait-il l'habitude de rester près du soldat qui l'aidait.

Le témoin a répété qu'il avait vu Zigzag pour la première fois à Fokolahun et a déclaré que, si Zigzag avait été à Kamatahun, il ne l'avait pas vu. L'Accusation a demandé au témoin s'il se souvenait d'un incident au cours duquel seules des femmes avaient été brûlées, et le témoin a répondu qu'il avait entendu parler de nombreux incidents, mais qu'il se contentait de dire ce qu'il avait vu, car il ne voulait pas fournir des ouï-dire ou des informations de seconde main.

Audition du témoin n°24

(Identification assignée par le tribunal finlandais : Civil 43)

L'Accusation interroge le témoin n°24

Le témoin commence par évoquer un événement au cours duquel des soldats étaient venus dans son village et où elle avait été capturée. Elle a déclaré que, bien qu'elle ne se souvienne pas de la date, elle se rappelle que de nombreux soldats étaient arrivés dans le village. Elle était avec sa mère et son père en ville lorsqu'ils avaient été capturés tous les trois. Ils ont été saisis et menacés par une arme, et on leur a dit de ne pas trembler. Ils ont tué sa mère et son père devant elle. Le témoin a ensuite précisé que l'un des garçons du groupe de l'Ange Michael, qui était sierra-léonais, avait tué ses parents. Le témoin a indiqué que le garçon suivait l'ordre du commandant de les tuer. 

Après cela, ils ont quitté le village et ont atteint un autre village appelé Kamatahun. Une fois arrivés au village, le témoin a déclaré qu'ils ne l'avaient pas tuée, mais qu'elle avait été battue. Lorsqu'ils sont arrivés, il y avait beaucoup de monde et ils ont été placés dans une maison. Le matin, ils ont été emmenés hors de la maison, menacés par une arme. Un des garçons a dit que ces gens ne mourraient pas même si on leur tirait dessus avec un fusil. À cela, le chef a répondu qu'il avait une solution pour cela ; qu'ils devaient les mettre à l'intérieur de la maison. Les soldats les ont mis à l'intérieur de la maison et y ont mis le feu. Le témoin a fait référence à une personne ayant dit « Je suis la deuxième personne après Dieu ». 

Le témoin a déclaré plus tard que ce chef était l'ange Gabriel. Interrogée par l'Accusation sur le fait de savoir si elle avait entendu son nom au moment des faits, elle a déclaré qu'ils se trouvaient à Kamatahun, que le chef parlait créole, qu'il disait qu'il avait été envoyé là-bas pour tuer, qu'il tuerait toute personne qui lui donnerait une raison de le faire, et qu'il était « l’Ange Michael » et n'était pas de là-bas. Interrogé par l'Accusation sur les deux noms, Ange Gabriel et Ange Michael, le témoin a déclaré qu'il s'agissait de la même personne. Lorsqu'on lui a demandé si elle avait vu si le chef avait une arme, le témoin a répondu qu'il avait une petite arme accrochée à lui. Elle a rappelé qu'ils se cachaient et que s'il vous voyait sortir, il ordonnait à ses hommes de vous tuer. 

Lorsqu'ils ont quitté Kamatahun, d'autres combats ont eu lieu. Le témoin a déclaré qu'ils étaient ensuite allés à Foya. Elle a déclaré que, depuis cette époque, elle ne pouvait plus aller à l'école, que personne ne l'aidait et qu'elle souffrait. Le témoin a également indiqué qu'elle n'y était pas retournée car on lui avait dit qu'ils tueraient tous les habitants de la ville et feraient venir de nouvelles personnes pour y vivre. Le témoin a déclaré que chaque jour, elle maudit l'homme qui avait donné l'ordre de tuer sa famille. Elle a déclaré qu'elle ne pouvait pas écrire comme les autres personnes de son âge, car elle n'avait pas pu aller à l'école, ce qu'elle aurait fait si son père avait été en vie.

L'Accusation a ensuite posé des questions supplémentaires. Le témoin a déclaré que, comme c'était la guerre, elle ne se souvenait pas de l'âge qu'elle avait au moment de l'incident. Plus tard, elle a précisé qu'elle avait l'habitude de cuisiner à cette époque, et que les enfants apprenaient généralement à cuisiner vers quinze ans, et qu'à dix-sept ans ils étaient capables de bien cuisiner ; elle devait donc avoir à peu près cet âge. Après avoir été interrogée sur le nom de son village, elle a répondu que c'était Gbeawuhun. L'Accusation a ensuite demandé au témoin si elle savait si des personnes étaient été tuées à Kamatahun autrement que par le feu. Le témoin a répondu qu'une fois que le feu avait été allumé, elle s’était enfuie et s’était cachée dans la brousse. 

Lorsqu'on lui a demandé si elle se souvenait avoir parlé avec la police finlandaise, elle a répondu par l'affirmative. Le témoin a expliqué que le chef local avait facilité le contact avec la police finlandaise. Elle a dit qu'elle vivait dans une ferme et que lorsqu'ils étaient arrivés en ville, le chef local lui avait parlé car il savait qu'elle n'avait ni père ni mère. Lorsque l'Accusation lui a demandé si elle avait parlé de cet événement à quelqu'un d'autre que le chef local, elle a répondu que « cela faisait un an que je n'avais vu personne. » Lorsqu'on lui a demandé si elle avait parlé à d'autres organisations que la police, elle a répondu que « depuis la fin de la guerre, nous n'avons vu personne d'autre que les personnes qui sont entrées là », précisant qu'il s'agissait des personnes qui l'avaient interrogée.

La Défense interroge le témoin n°24

La Défense a commencé son interrogatoire en demandant qui était le chef local qui avait contacté le témoin au sujet de l'enquête de la police finlandaise. Le témoin a déclaré qu'il était le chef local du district de Bolahun Wahassan. Le chef local lui a dit que les gens étaient venus pour savoir ce qui lui était arrivé pendant la guerre. La Défense a ensuite posé des questions pour clarifier ce que le témoin avait dit au chef local sur ce qui lui était arrivé pendant la guerre. Le témoin a expliqué qu'elle lui avait dit les mêmes choses qu'elle a dites à la Cour aujourd'hui, et a précisé qu'elle avait dit au chef local que l'Ange Michael avait donné l'ordre de tuer ses parents, et que c'était le seul nom qu'elle lui avait dit. Elle a ajouté qu'elle avait entendu beaucoup d'autres noms, y compris Zigzag Marzah, mais qu'elle ne pouvait pas se souvenir des autres noms. La Défense a demandé si elle avait entendu parler de [FNM-161] ou de « Charge the Bush » (Charge le buisson), ce à quoi elle a répondu qu'elle avait entendu ces noms, mais qu'ils ne faisaient pas partie du groupe de Sierra-Léonais qui avait tué son peuple. 

La Défense a ensuite rappelé que dans sa déclaration à la police finlandaise, le témoin avait dit que c'était le garde du corps de Gabriel, « Charge the Bush » (Charge le buisson), qui avait mis le feu à la maison sur ordre de Gabriel. Le témoin a précisé qu'il y avait de nombreux soldats sur place et qu'il était donc difficile de savoir lequel avait mis le feu à la maison. Elle a précisé qu'elle avait vu le feu de ses propres yeux et a ajouté que les soldats avaient quelque chose appelé « charge » qu'ils ont enflammé et placé sur le toit de la maison. La Défense a mentionné sa déclaration à la police finlandaise, dans laquelle elle avait dit que « Charge the Bush » (Charge le buisson) avait décidé de la garder comme femme. Le témoin a nié cette affirmation, disant qu'ils ne faisaient que battre et tuer son peuple. La Défense a déclaré qu'au cours de l’audition, le témoin avait dit que cela ne s'était pas produit pendant une longue période et qu'ils entendaient des bruits d'armes à feu, ce à quoi le témoin a répondu qu'ils étaient dans la brousse et qu'ils entendaient des bruits d'armes à feu, affirmant que cela s'était peut-être produit. 

Interrogé par la Défense, le témoin a déclaré avoir vu l’Ange Gabriel pendant une semaine lorsqu'ils étaient à Kamatahun, après quoi il était parti. La Défense a interrogé le témoin en détail sur les noms qu'elle a utilisés pour se référer à l’Ange Gabriel lorsqu'elle a parlé à la police finlandaise. Le témoin a répété qu'il avait dit s'appeler Ange Gabriel. La Défense a demandé, en particulier, si le témoin avait connaissance de la partie « Ange » de son nom avant d'être interrogée par la police finlandaise, car elle avait dit qu'il utilisait le nom Chef Gabriel. La Défense a demandé si elle n'avait utilisé le nom complet « Ange Gabriel » qu'après que la police finlandaise lui ait demandé si elle avait entendu ce nom. Le témoin a répondu que, au moment où la police lui avait posé la question, comme cela s'était passé il y a longtemps, elle ne savait pas s'il s'agissait d'Ange Gabriel ou d'Ange Michael. La Défense a demandé à nouveau si elle avait utilisé le nom « Ange » avant d'être interrogée à ce sujet, et elle a répété qu'elle se souvenait du nom « Ange », et qu'elle avait mentionné l’Ange Gabriel avant de mentionner l’Ange Michael. 

La Défense a ensuite posé des questions sur l'enregistrement dans lequel le témoin a déclaré que « son peuple » avait été abattu, et a demandé à qui elle faisait référence en disant « son peuple ». Le témoin a précisé qu'ils avaient tué son père et sa mère et qu'ils avaient emmené différents groupes à Kamatahun. Elle a ajouté qu'ils avaient tué de nombreuses personnes, mais qu'avant de le faire, ils avaient tué son père et sa mère. Lorsqu'on lui a demandé où elle se trouvait et pourquoi elle pensait qu'ils avaient tué les siens, le témoin a répondu qu'ils étaient dans la maison lorsque des gens étaient arrivés et l'avaient encerclée. La Défense a déclaré que, sur l'enregistrement, le témoin avait dit que les siens avaient été abattus et qu'elle se trouvait sous le lit à ce moment-là, qu'elle avait entendu le coup de feu et qu'elle avait ensuite vu les corps. Le témoin a confirmé que lorsqu'elle avait entendu le coup de feu, elle avait couru dehors, où elle avait vu les corps de ses parents avec des blessures par balle et du sang coulant des blessures.

L'Accusation interroge le témoin n°24 à nouveau

L'Accusation est revenue sur sa question précédente concernant ce qui s'était passé à Kamatahun en dehors de l'incendie et a demandé au témoin si elle se souvenait avoir parlé d'autres événements avec la police finlandaise. Le témoin a répondu qu'elle ne s'en souvenait plus car cela faisait longtemps que cela s'était produit. L'Accusation a déclaré que, lors de l’audition, la police avait noté une déclaration du témoin selon laquelle « Gabriel avait une femme qui cuisinait pour lui. Un matin, Gabriel a appelé la femme et lui a dit qu'elle serait mangée » et « il a dit qu'aujourd'hui tu serais ma soupe ». Après cela, le témoin et les autres femmes ont commencé à s'enfuir, déclarant que si elles n'avaient pas vu le meurtre proprement dit, elles avaient toutes vu les parties du corps qui étaient vendues. Le témoin a également déclaré que Zigzag Marzah et [FNM-161] étaient présents au moment des faits. L'Accusation a alors demandé si cela s'était produit, ce à quoi le témoin a répondu que lorsqu'on lui avait demandé si elle avait vu Zigzag Marzah, elle avait répondu non. L'Accusation a précisé qu'elle voulait savoir si Gabriel avait appelé la femme et lui avait dit qu'elle allait être mangée. Le témoin a déclaré qu'elle n'avait pas dit que Gabriel avait appelé les femmes, et qu'elle était parmi ce groupe ; elle a précisé qu'elle avait dit qu'il avait tué son père et sa mère et brûlé les autres personnes. 

L'audience s'est terminée et reprendra le 17 mars à Monrovia, au Libéria.

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