17/03/21 (Libéria) Dix-septième jour : Audition des témoins n°25, 26 et 27

La dix-septième journée d'audience publique s'est tenue le 17 mars 2021 à Monrovia, au Libéria.

Audition du témoin n°25

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 27)

L'Accusation interroge le témoin 25

Le témoin n°25 a témoigné de l'arrivée de soldats dans sa ville natale du comté de Lofa et des événements qu'elle a vécus par la suite. Le témoin a déclaré que ces événements s’étaient produits en 2001, pendant la saison sèche, et qu'ils impliquaient des personnes qu'elle a décrites comme étant des Sierra-Léonais dirigés par « l’Ange Gabriel Massaquoi ». Le témoin se souvient qu'elle se trouvait à Kortuhun lorsqu'elle avait appris que des soldats étaient arrivés, et qu'elle était donc partie rejoindre sa famille à Mbabahun, un village voisin. À leur arrivée, le témoin et sa famille ont été menacé par un grand groupe de personnes armées qui avaient encerclé Mbabahun. Ces personnes ont commencé à prendre des biens et des marchandises dans la maison du père du témoin, et lorsque le témoin a protesté, l'un des soldats lui a frappé l'oreille, lui causant des lésions auditives permanentes. Les soldats ont commencé à brûler des maisons, et ont déclaré qu'ils ne faisaient qu'obéir aux ordres. Ils ont ensuite rassemblé les villageois et les ont obligés à transporter les biens pillés sur leur tête sur la route en dehors de la ville. Le témoin n°25 a ensuite expliqué que s'ils ne voulaient pas porter les biens volés pour les soldats, ils seraient tués. 

Le témoin a expliqué que, sur le chemin, les soldats avaient attaché son fils et lui avaient demandé de porter les affaires de son père. Lorsque le témoin a refusé, un homme a dit : « Vous connaissez mon nom ? Je suis Quick-to-Kill (Rapide à tuer) oh ! » et lui a ordonné de faire ce qu'il disait. Lorsque le témoin a refusé une deuxième fois, Quick-to-Kill (Rapide à tuer) lui a poignardé l'épaule avec son couteau. 

Les soldats ont arrêté les villageois à un carrefour sur la route de Kundo Bendu, et c'est à ce moment-là que les soldats ont tiré et tué le fils du témoin. Le témoin a commencé à pleurer après avoir témoigné de la perte de son fils, et la Cour lui a donné plusieurs minutes pour se calmer avant de poursuivre l'audience. L'Accusation a souligné que si le témoin avait besoin d'une pause, il lui suffisait d'en informer la Cour.   

Le témoin a poursuivi en expliquant qu'après que les soldats aient tué son fils, ils avaient commencé à se disputer entre eux au sujet de l'argent. Profitant de cette distraction, le vingt-cinquième témoin a échappé aux soldats et s'est enfui dans la brousse en empruntant un détour entre Kolahun et Kortohun. Le témoin a retrouvé son père et sa mère dans la brousse. 

Le témoin se souvient que, chaque jour, alors qu'ils se cachaient dans la brousse, des soldats attaquaient et capturaient des personnes. Finalement, le témoin et sa mère ont été capturés et amenés à Mbabahun, où l'un de leurs ravisseurs leur a expliqué qu’ils ne faisaient qu’obéir aux ordres et que, si leur commandant leur ordonnait de tuer tout le monde, ils le feraient. Le témoin a déclaré que son ravisseur, [FNM-111], voulait lui couper l'oreille entière, mais qu'il en avait été empêché par un autre soldat qui avait dit au premier que cela ne faisait pas partie de leurs ordres. Au lieu de cela, [FNM-111] lui a coupé un morceau de l'oreille. 

Pendant sa détention à Mbabahun, le témoin a vu les soldats tuer [lFNM-026, FNM-027 et FNM-028] et mettre le feu à la maison de son père. [FNM-111] a annoncé que leur commandant était en route et tous les soldats s’étaient rassemblés pour le voir. Le témoin se souvient que le commandant s'était présenté en disant « Moi, l’Ange Gabriel Massaquoi », et le témoin a ajouté que son nom était Gibril Massaquoi. Elle a également déclaré qu'il parlait en krio avec ses soldats. Il a dit à ses soldats de faire tout ce qu'il disait, et a annoncé : « Je ne veux voir aucun être vivant ». Il a ensuite dit aux soldats de « lui donner de la lumière », et les soldats ont ouvert le feu sur les villageois. 

Le témoin a ensuite expliqué que c'était la première fois qu'elle voyait l’Ange Gabriel Massaquoi, et qu'il était arrivé à Mbabahun dans une jeep. Le témoin a répété que l'Ange Gabriel donnait des ordres et qu'à un moment donné, elle l'avait entendu dire : « L'ordre que je vais donner, il ne doit y avoir aucun être vivant par ici. » En outre, le témoin a déclaré que, bien que l'Ange Gabriel n'était pas présent lorsqu'ils transportaient les marchandises, c'était son groupe qui lui avait dit de le faire, en suivant ses ordres. Le témoin a indiqué qu'on lui avait demandé de transporter les marchandises de Mbabahun à Kundo Bendu (vers la frontière entre le Libéria et la Sierra Leone), et a déclaré plus tard que cela représentait moins d'une heure de marche. 

Enfin, le témoin n°25 a répondu à plusieurs questions sur la façon dont elle avait été interrogée par la police finlandaise. Le témoin a déclaré qu'elle n'était pas en ville lorsqu'ils étaient arrivés, mais qu'elle avait entendu dire que des étrangers étaient venus à Kortuhun pour parler avec des victimes de la guerre. Le témoin s'est porté volontaire pour leur parler car son fils avait été tué. Elle a déclaré qu'elle n'avait parlé à personne de ce qui lui était arrivé pendant la guerre depuis son audition. 

La Défense interroge le témoin n°25

La Défense a commencé par poser des questions sur les interactions entre le témoin et la police finlandaise. Le témoin a précisé qu'elle se trouvait juste à l'extérieur de la ville lorsque les étrangers étaient arrivés. Le chef local lui a dit que ces étrangers voulaient parler à toutes les personnes touchées par la guerre et qu'ils reviendraient plus tard. Le témoin les a décrits comme deux hommes blancs et une interprète féminine, et a expliqué qu'ils avaient d'abord demandé à tous les habitants du village s'ils avaient été blessés ou victimes de la guerre. Lorsque la Défense lui a demandé si elle avait discuté de ce qui s'était passé en ville, le témoin a répondu par la négative, mais qu'elle s'était rendue avec eux à Voinjama, où elle avait été interrogée. Elle a déclaré que, lorsqu'elle s'était rendue à Voinjama, elle était la seule personne qu'ils y avaient emmenée, et qu'elle ne savait pas à qui d'autre ils avaient parlé. 

Ensuite, la Défense a posé des questions sur le nom du commandant. Le témoin a déclaré que le commandant, qui ne voulait voir aucun être vivant, avait dit : « Je suis Gibril Massaquoi. Je suis l’Ange Gabriel Massaquoi, je suis le second de Dieu ! » La Défense a souligné que, lorsque le témoin avait parlé avec la police finlandaise, elle avait seulement mentionné le nom « Ange Gabriel Massaquoi », et non « Gibril Massaquoi ». Le témoin a expliqué que, que l'on dise « Gibril Massaquoi », « Ange Gabriel Massaquoi » ou « Gabriel Massaquoi », il s'agissait « du même Massaquoi ». La Défense a insisté sur ce point, demandant au témoin si la police avait commis une erreur en ne notant que « Ange Gabriel Massaquoi », ce à quoi le témoin a répondu que ce n'était pas elle qui avait pris des notes.

Enfin, la Défense a identifié plusieurs divergences dans le témoignage du témoin par rapport à ce qu'elle avait dit à la police. Lors de l’audition par la police, le témoin a déclaré avoir vu pour la première fois l’Ange Gabriel Massaquoi à Kortuhun, alors qu'elle affirme maintenant que c'était à Mbabahun. Le témoin est fermement convaincu qu'il s'agissait de Mbabahun, car, bien qu'elle ait pu dire Kortuhun, elle était retournée à Mbabahun pour être avec ses parents lorsque la guerre approchait. Elle a également déclaré que, lorsqu'elle avait vu l’Ange Gabriel Massaquoi à Mbabahun, il était en tenue de camouflage et était arrivé en jeep avec un chauffeur, alors que le reste des soldats se déplaçait à pied dans la brousse. Ensuite, la Défense a mentionné que le vingt-cinquième témoin avait initialement déclaré que cet événement avait eu lieu en 1997, mais qu’au cours de l'audience, elle avait affirmé qu'il avait eu lieu en 2001. Le témoin a expliqué qu'au moment où elle avait été interrogée, elle n'était pas sûre de l'année. Enfin, la Défense a demandé pourquoi le témoin n'avait pas mentionné sa blessure à l'oreille. Elle a expliqué que, lors de l'interrogatoire, elle était uniquement concentrée sur la mort de son fils et sur son coup de couteau, mais qu'elle avait depuis eu le temps d'y réfléchir. Elle a ajouté qu'elle n'avait pas été violée par les soldats. 

Enfin, lorsqu'on lui a demandé si le témoin se souvenait de ce à quoi ressemblait « ce Massaquoi » ou si la police lui avait montré une photo de lui, le témoin a répondu qu'elle l'avait vu de ses propres yeux à Mbabahun et que les enquêteurs ne lui avaient montré aucune photo de l'Ange Gabriel Massaquoi ni de personne d'autre.

Audition du témoin n°26

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 18)

L'Accusation interroge le témoin n°26

Le témoin a commencé sa déposition en évoquant un moment en 2001 où des soldats étaient venus dans son village, Kortohun I, et l'avaient capturé. Le matin où les soldats sont arrivés, la femme du témoin, [FNM-033], et sa petite sœur, [FNM-034], étaient parties produire de l'huile de palme dans la fosse. Le témoin a été arrêté par les soldats en ville, qui lui ont dit de ne pas bouger. Il se souvient que les soldats parlaient krio et mende. Il a déclaré qu'ils avaient de nombreux chefs dans le groupe, mais que le principal qui était entré dans le village parlait krio, et le témoin a dit qu'il pouvait le nommer. Les soldats étaient partout dans la brousse et se sont également rendus dans la fosse où se trouvaient la femme et la sœur du témoin. Il a expliqué que sa femme et sa sœur avaient fui les soldats et que, alors qu'elles s'enfuyaient, les soldats leur avaient tiré dessus. Le témoin a précisé que quelqu’un lui avait raconté cet incident, car à l'époque, il était retenu en captivité par les soldats. Après que le témoin ait appris la nouvelle concernant sa femme et sa sœur, les soldats ont commencé à tirer sur la ville. 

Ensuite, le témoin a expliqué que lui et d'autres villageois avaient été amenés au centre du village, et que les soldats avaient commencé à entrer dans leurs maisons et à y prendre des objets. Le témoin a déclaré que, lorsque les soldats entraient dans une maison, ils prenaient tous les objets de valeur qu'ils voyaient, comme le riz, les chèvres, les poulets ou les matelas. Après avoir pris des objets dans les maisons, les soldats ont mis le feu à environ sept maisons. Les soldats ont mis les marchandises sur la tête des villageois, puis ils sont tous allés dans un autre village, Kolahun. Une fois là-bas, les soldats ont placé des marchandises sur la tête de tout le monde, et ont commencé à voyager vers une autre ville, Kundo Bendu, puis vers Foya. Lorsqu'ils sont arrivés, les soldats ont pris les biens des villageois et les ont mis en prison, dans un grand et vieux magasin. Le témoin a expliqué que le lendemain matin, tout le monde était en prison ensemble. Le témoin a ensuite déclaré qu'environ 10 à 15 personnes étaient détenues dans la même pièce et qu'elles n'étaient pas libres de se déplacer pendant la journée.

Le témoin a ensuite précisé que les soldats avaient plusieurs chefs, mais que le principal chef parlait krio. Décrivant sa rencontre avec le chef, le témoin a expliqué que, le matin suivant leur détention à Foya, il avait vu un grand homme à la peau claire dans le centre du village. Les soldats ont amené les villageois capturés à cet homme, qui a dit : « Je suis l'Ange Gabriel, aux côtés de Dieu. Tous ces gens, vous les gardez ». Le témoin a expliqué que c'était ainsi qu'il connaissait le nom du chef. Il a déclaré qu'il avait également vu ce commandant le lendemain, bien que celui-ci n'ait pas parlé cette fois-ci. Les villageois ont été gardés au même endroit pendant deux jours, et le troisième jour, le témoin s'est échappé. Plus tard, le témoin a précisé qu'il avait pu s'échapper car les soldats l'avaient envoyé chercher de l'eau.

L'Accusation a demandé au témoin s'il s'était passé autre chose à Foya. Le témoin a expliqué que les villageois avaient été battus. Le témoin a précisé que les soldats se rendaient chaque jour dans de nombreux autres villages, mais que la seule fois où il avait été contraint de se rendre dans ces villages, c'était lorsqu'ils l'avaient emmené à Kundo Bendu. 

L'Accusation a demandé au témoin si le commandant savait que les villageois étaient obligés de porter les marchandises. Le témoin a répondu par l'affirmative, car il avait vu les villageois en groupe avec des marchandises sur la tête, et a ajouté que les villageois capturés ne portaient ni chemise ni chaussures. Le témoin n°26 a également expliqué qu'il savait qu'il y avait une base pour les soldats à Foya, car il avait vu la base sur la rue principale. Il a expliqué que l'on voyait des civils d'un côté et des soldats de l'autre. 

Après s'être échappé, le témoin est retourné à la fosse d'huile de palme, où il a vu les corps de sa sœur et de sa femme. Il a crié : « Oh Dieu ! Ma vie est finie, oh, je suis détruit ! Je n'ai plus de sœur, et ma femme est partie. » Le témoin n°26 a demandé aux habitants de la ville de l'aider à enterrer sa femme et sa sœur, mais comme leurs corps gisaient sur le sol depuis trois jours, ils n'ont pas pu les ramener en ville. Au lieu de cela, le groupe a défriché une zone dans la brousse et a creusé des tombes pour sa femme et sa sœur. De retour en ville, les familles dont les maisons avaient été brûlées ont été invitées à vivre avec d'autres familles jusqu'à ce que des mesures soient prises.

Après avoir raconté son expérience, l'Accusation a demandé au témoin si le commandant principal était l’Ange Gabriel Massaquoi, nom que le témoin a utilisé pendant son témoignage. La Cour est intervenue pour corriger l'Accusation, le témoin ayant dit « Ange Gabriel » et non « Ange Gabriel Massaquoi ». Le témoin a ensuite confirmé à l'Accusation que l'homme qu'il appelait Ange Gabriel était le commandant principal.  

Interrogé sur la police finlandaise, le témoin a déclaré que des Blancs étaient venus lui parler de cet incident il y a environ deux ans. Le témoin a également expliqué que, outre la police finlandaise, des personnes noires étaient venues dans son village pour s'enquérir de l'incident. Le chef local a appelé les anciens, mais ceux-ci n'étaient pas en ville, et les hommes noirs ont donc dit qu'ils reviendraient une autre fois. Le témoin a expliqué que les hommes noirs étaient revenus, accompagnés de deux Blancs. Ce groupe a demandé : « Qui, dans cette ville, a eu un malheur pendant la guerre ? », et le témoin a levé la main. Il leur a dit que sa femme et sa sœur avaient été tuées, qu'il avait été battu et qu'il avait transporté des marchandises sur la tête. 

L'Accusation a demandé au témoin si sa femme avait un bébé au moment de l'incident. Le témoin a expliqué que oui, et a déclaré que, lorsque sa femme a été abattue, la balle a transpercé le bras du bébé, laissant une marque qui est restée sur la main de l'enfant jusqu'à ce jour. Le témoin a confirmé que le bébé avait survécu à l'attaque. 

Le témoin a confirmé que l'événement s'était produit au début de 2001, mais ne se souvient pas de la date ou du mois précis. Lorsqu'on lui a demandé où se trouvaient les femmes du village le jour de l'incident, le témoin a expliqué que beaucoup d'entre elles étaient au marché de Kolahun. Il a précisé que les événements avaient dû se produire un lundi, car les jours de marché à Kolahun étaient tous les lundis, mais a précisé que cela ne lui permettait pas de relier l'incident à une date particulière. 

La Défense interroge le témoin n°26

La Défense a commencé son interrogatoire en lui demandant quels étaient les différents groupes de personnes qui étaient venus dans son village pour se renseigner sur l'incident. Le témoin a expliqué que, vers 2018, des personnes noires étaient venues interroger le chef local. Les personnes noires ont dit qu'un autre groupe allait venir plus tard. La Défense a demandé combien de temps s'était écoulé entre la venue du premier et du deuxième groupe, et le témoin a répondu que cela avait pris beaucoup de temps. Le témoin a expliqué que le deuxième groupe qui était arrivé était composé de deux personnes noires et de deux personnes blanches, ainsi que d'une troisième personne noire qui les conduisait. Cependant, il ne se souvient pas s'ils lui avaient dit leur nom, et le groupe ne lui avait pas dit s’ils représentaient une organisation.

Le témoin a expliqué qu'il avait été contacté parce que le groupe recherchait des personnes touchées par la guerre et qu'il avait levé la main. Plus tard le même jour, il a été convoqué à la mairie et on lui a demandé d'expliquer ce qui s'était passé. Le témoin n'a pas pu se souvenir des noms des personnes qui l'avaient interrogé, ni de la date exacte. La Défense a demandé au témoin pourquoi il avait mentionné la date du 16 août 2002, et le témoin a répondu que c'était parce qu'il pouvait oublier. Il lui a également été demandé s'il connaissait [Civil 45], ce à quoi le témoin a répondu par l'affirmative. La Défense a demandé au témoin d'expliquer pourquoi [Civil 45] avait également déclaré que l'incident s'était produit à la même date, ce à quoi le témoin a répondu que [Civil 45] vivait sur la route.

La Défense a également demandé au témoin pourquoi il n'avait pas dit à la police finlandaise que sa femme ou sa sœur avait subi des violences. Le témoin a répondu qu'il avait dit à la police finlandaise que sa femme et sa sœur avaient été tuées - cependant la Défense a affirmé que pendant l’audition, le témoin avait dit qu'ils avaient trouvé les corps de deux femmes, sans préciser qui elles étaient pour lui. Le témoin a répondu que, le jour de l'incident, [FNM-033] et [FNM-034] étaient allées traiter de l'huile de palme, et le jour de son audition, il avait parlé d'elles. Le témoin a précisé que l'enfant qui était porté sur le dos de [FNM-033] n'était pas le sien et que sa femme était la tante du bébé.

La Cour a fait une brève pause en raison d'une panne de courant.

Lorsque l'interrogatoire a repris, la Défense a posé des questions sur le nom du commandant du groupe qui lui avait fait porter les marchandises. Lorsque le témoin a déclaré qu'il ne le savait pas, la Défense a fait référence à une déclaration antérieure, dans laquelle il avait nommé « Edward » comme chef du groupe. Le témoin a expliqué qu'il avait mentionné le nom d'Edward, parce qu'il l'avait rencontré dans le grand magasin (la prison) lorsqu'il avait été transporté à Foya. La Défense a déclaré que, dans l'enregistrement, le témoin avait dit qu'Edward de Sierra Leone dirigeait les personnes qui venaient dans son village. Le témoin a répondu qu'ils étaient venus en groupe et qu'il ne se souvenait pas de leur nom. La Cour a ensuite écouté l'enregistrement, dans lequel le témoin répondait à une question sur le chef du groupe en disant : « Quand ils sont entrés, ils ne faisaient que commander. Mais je me souviens d'un nom, son nom était Edward [...] Il a mentionné son nom ». Après l’'enregistrement, le témoin a déclaré que les soldats étaient arrivés en groupe et qu'il se souvenait maintenant du nom, mais il a néanmoins été ferme sur le fait qu'il n'avait pas dit qu'Edward était le commandant.

L'Accusation et la Défense ont discuté entre eux du nom d'Edward, et de la question de savoir si Edward était un commandant. La Cour a réécouté deux fois le clip audio et a accepté qu'Edward n'était pas le nom d'un commandant, mais simplement un nom lié à l'incident. Ceci conclut la déposition du témoin n°26. 

Audition du témoin n°27

(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 45)

L'Accusation interroge le témoin n°27

Le témoin n°27 a parlé d’un incident au cours duquel lui et d'autres personnes avaient été emmenés de leur ville natale par un groupe de soldats, pendant la saison sèche au début de 2001. Les soldats sont arrivés de nuit, frappant aux portes et tirant les gens dehors, où ils ont été battus. Ils étaient dirigés par [FNM-114], un homme Kissi qui, selon le témoin, faisait partie du RUF. Le témoin a précisé qu'il savait que le groupe était le RUF parce qu'il parlait krio et mende. 

Le témoin a déclaré que le [FNM-115] était à la recherche d'un « WO2 », un soldat du gouvernement nommé [soldat 14], qui aurait pris un de leurs porcs à Konobo. Le témoin a dit aux soldats qu'il n'avait pas vu l'homme, mais a proposé de se renseigner et de revenir vers eux le lendemain. Les soldats ont accepté, mais ont ajouté que s'ils ne voyaient pas le cochon le lendemain matin à leur retour, la ville serait brûlée. Le vingt-septième témoin a pris la menace pour une blague, mais le lendemain, les soldats sont revenus et ont rassemblé tout le monde dans le centre de la ville. Les soldats ont commencé à retirer les biens des maisons, et le témoin se souvient d'un homme qui a dit : « Après avoir terminé, donnons la lumière aux gens. » Environ cinq enfants de moins de dix ans ont été enfermés sous une véranda pour qu'ils ne puissent pas s'échapper, et les soldats ont commencé à mettre le feu aux maisons. 

Le témoin et d'autres personnes de sa ville natale, dont [FNM-036], décédée depuis, [FNM-037], [FNM-038] et [FNM-039], ont reçu l'ordre de prendre les biens de leurs maisons et de partir. Ils sont allés à Kortohun I, puis à Kortohun II, où le témoin a rapporté que les soldats avaient brûlé cinq maisons. Ils ont continué à voyager, et les soldats ont battu le groupe en cours de route. Ils ont traversé Kolahun, où d'autres personnes ont été capturées et obligées de porter des marchandises. Le témoin portait une machine à coudre. Les captifs ont porté ces marchandises à travers Kundo Bendu et ont couru de là jusqu'à Foya. Le [FNM-114] a dirigé le groupe jusqu'à ce qu'il arrive à Foya, où il a remis les captifs à son commandant parlant krio. Le témoin a ensuite identifié le commandant comme étant Gibril Massaquoi. Le témoin a précisé qu'il avait appris ce nom à leur arrivée à Foya, lorsque le [FNM-114] a dit : « C.O. Massaquoi, voici les gens ». Le témoin a déclaré que ce commandant avait vu la marchandise que portait le témoin, mais qu'il n'avait pas commenté. 

Le vingt-septième témoin se souvient que la première chose que le commandant lui avait demandée était de savoir pourquoi le [FNM-114] avait amené « ce vieil homme ». Il a ensuite dit au [FNM-114] de mettre le groupe dans une pièce jusqu'au lendemain matin. Le témoin et la [FNM-035] ont été placés dans une pièce, tandis que deux jeunes filles mineures et une femme, la [FNM-032], ont été placées dans une pièce adjacente. Le témoin a entendu des soldats violer les deux filles mineures et violer collectivement [FNM-032]. Le témoin s'est souvenu qu'il avait dit aux femmes qu'il n'avait aucun pouvoir, et comme ces gens les traitaient vraiment mal, il s'était mis à pleurer.      

Le lendemain matin, la [FNM-035] et le témoin ont été emmenés dans un autre endroit. Ils ont été gardés pendant deux jours et ont ensuite été libérés. Le témoin n'avait ni chaussures ni chemise et n'avait qu'un short. Le témoin se souvient avoir vu de nombreux soldats du RUF à Foya le jour de sa libération. Lui et [FNM-035] ont commencé à prendre la route pour rentrer chez eux, mais une femme les a prévenus qu'il y avait beaucoup de soldats sur cette route, alors ils se sont enfuis par la brousse. Là, ils ont rencontré les deux jeunes filles mineures qui avaient été violées et les ont emmenées dans une clinique dirigée par un homme appelé [FNM-079] pour y être soignées. Le témoin a précisé que [FNM-032] était décédée quelques jours plus tard. Le témoin a déclaré que cet incident l'avait éloigné de sa ville natale pendant cinq jours. 

Le témoin a déclaré avoir été contacté par la police finlandaise par l'intermédiaire du chef local, qui lui avait dit, ainsi qu'aux autres villageois, que des personnes étaient venues et voulaient leur parler de leurs expériences pendant la guerre. Le témoin s'est entretenu avec la police finlandaise à Voinjama, et a précisé qu'il n'avait parlé à personne d'autre que la police finlandaise de ce qui lui était arrivé car « comment expliquer cela à d'autres personnes alors qu'elles ont leurs propres problèmes ? »

La Défense interroge le témoin n°27

La Défense a interrogé le témoin sur son expérience avec la police finlandaise. Le témoin a expliqué qu'il vivait à Kortohun II en 2019 lorsqu'il les avait rencontrés pour la première fois. La police s'était rendue à Kortohun I et avait demandé à parler aux gens de ce qui s'était passé pendant la guerre. Le chef de la ville de Kortohun I a alors envoyé un message à Kortohun II, disant que des Blancs étaient venus poser des questions sur la guerre. Lors de la réunion de la ville du samedi, le chef a annoncé que les gens pouvaient volontairement prendre rendez-vous avec la police pour leur raconter ce qu'ils avaient vécu. Les gens étaient sceptiques, mais le témoin a fini par donner son nom, car il voulait dire quelque chose. La rencontre a eu lieu dans le courant de la semaine.

La Défense a demandé si le vingt-septième témoin savait qui était l'[employé 1], et le témoin a répondu par la négative, proposant à la place le nom d'un ami portant le même prénom que l'[employé 1]. Le témoin a noté qu'aucune autre personne n'était venue dans sa ville pour poser des questions sur la guerre avant l'arrivée des Blancs. Interrogé sur un rapport de [l'employé 1] qui plaçait le témoin à Kortuhun pendant la guerre civile, le témoin a répété qu'il ne connaissait pas [l'employé 1]. 

La Défense a ensuite demandé si le témoin se souvenait de la date à laquelle l'incident s'était produit. Le témoin a expliqué qu'il était dans un état de confusion lorsque la police finlandaise était arrivée, car il ne s'attendait pas à ce que des gens viennent poser des questions sur la guerre. Il a affirmé que, s'il avait été préparé, il aurait pu en dire plus. La Défense a noté que la police avait écrit que le témoin avait dit que le village avait été brûlé le 16 août 2002, mais le témoin a souligné qu'il ne se souvenait pas de la date. La Défense a ajouté qu'un autre témoin, [Civil 18], avait donné cette même date dans son interrogatoire de police, et a demandé au témoin n°27 s'il avait discuté de ce qui s'était passé ou de la date à laquelle cela s'était passé avec [Civil 18]. Le témoin a nié l'avoir fait. La Défense a répété que le témoin avait donné à la police exactement la même date, le même mois, la même année et le même jour de la semaine que [Civil 18], et qu'ils avaient fourni la même raison de connaître cette date exacte. Le témoin a répondu qu'il soutenait ce qu'il disait, et que [Civil 18] était « une preuve pour lui-même ». La Défense a poursuivi en rappelant au témoin n°27 qu'il avait dit qu'il savait que c'était lundi, parce que c'était le jour où la plupart des femmes allaient au marché à Kolahun, le 16 août 2002, mais le témoin a simplement répondu : « Je vous ai dit non. »

Le témoin a terminé son témoignage en précisant que l'homme qu'il avait identifié comme Massaquoi était le commandant du RUF à Foya, mais qu'il ne savait pas combien de temps Massaquoi était dans la région de Foya, car il n'y était pas retourné après sa libération.

L'audience s'est terminée et reprendra le 18 mars à Monrovia, au Liberia.

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