Point hebdomadaire - Septième semaine

Présentation des audiences et des témoins de la septième semaine

La septième semaine du procès de Gibril Massaquoi s'est terminée le 26 mars 2021, après trois jours d'audience à Monrovia, au Liberia. Les audiences étaient dédiées aux témoignages de huit témoins. Comme pour les témoins précédents, leurs identités ont été dissimulées.

Les témoins ont été entendus dans l'ordre suivant et peuvent être décrits comme suit :

Dix-neuvième de l'observation du procès (22 mars 2021)

  • Témoin n°31 : témoin de l'Accusation ; homme ; âgé de 9 à 11 ans au moment des faits ; a décrit les incidents survenus à Kamatahun Hassala, notamment : des soldats ont brûlé un bâtiment avec environ trente-cinq personnes à l'intérieur et capturé sept femmes qu'ils ont amenées derrière la cuisine du forgeron sur l'ordre du le « Général Gabriel »; le lendemain matin, ils ont vu les femmes nues, tuées de diverses manières ; les soldats ont brûlé le reste du village.
  • Témoin n°32 : témoin de l'Accusation; homme ; âge inconnu ; a décrit des incidents survenus à Kamatahun Hassala, où il était et est toujours le chef local ; a décrit les conflits entre le gouvernement et les forces du LURD qui ont conduit à sa capture et à celle d'un grand nombre de ses concitoyens à Kamatahun Hassala ; a ensuite décrit les événements suivants : plusieurs personnes brûlées vives dans un bâtiment ; des soldats transportant sept femmes nues vers un quartier général ; son retour à Kamatahun Hassala des mois plus tard pour y trouver de nombreux cadavres ; ses interactions avec une ONG et la construction d'une hutte palava.
  • Témoin n°33 : témoin de l'Accusation ; homme ; âge inconnu ; a décrit des incidents à Kamatahun Hassala, y compris : des soldats du RUF venant de Sierra Leone pour soutenir les forces gouvernementales ; des soldats mettant des gens dans un bâtiment et y mettant le feu sur l'ordre de l’Ange Gabriel ; l’Ange Gabriel prenant son amie pour « épouse » et la tuant ensuite avec un couteau ; des soldats disant qu'ils allaient violer un groupe de femmes et les transportant ensuite derrière l’atelier du forgeron où il les a vues mortes plus tard ; une aide à la construction d'une hutte palava.

Vingtième jour de l'observation du procès (24 mars 2021)

  • Témoin n°34 : témoin de l'Accusation ; homme ; âgé de 25 à 27 ans au moment des faits ; a décrit les incidents survenus à Kamatahun Hassala, notamment l'incendie des bâtiments avec des personnes à l'intérieur, y compris des enfants, sur ordre de l’Ange Gabriel, et les soldats transportant des femmes dans une cuisine derrière l’atelier du forgeron avec l’Ange Gabriel ; a ensuite décrit le nettoyage ultérieur de la brousse envahissante autour de Kamahatun Hassala et l'enterrement des cadavres qu'ils y trouvaient ; a décrit la construction d'une hutte palava, avec un sacrifice et une plaque commémorative.
  • Témoin n°35 : témoin de l'Accusation ; homme ; âge inconnu ; a décrit avoir été emmené à Kamatahun Hassala et avoir vu en chemin l’Ange Gabriel ordonner à ses soldats de : tuer une personne et lui servir le cœur à manger ; brûler des personnes dans des bâtiments ; transporter sept femmes dans une cuisine derrière l’atelier du forgeron où elles ont été violées et tuées. Le témoin a ensuite décrit avoir été forcé de transporter des munitions pour les soldats et décrit la hutte palava construite dans la ville.

Vient-et-unième jour de l'observation du procès (26 mars 2021)

  • Témoin n°36 : témoin de la Défense ; homme ; âgé d'environ 25 à 27 ans au moment de l'incident, ancien soldat de l'ATU pendant la guerre civile en 1999-2001, décrit ses interactions avec une personne qu'il a d'abord appelée« Jumbeh (sic) Massaquoi », qu'il a également appelée « Ange Michael » puis « Ange Gabriel ». a également décrit la mort de Sam Bockarie et a indiqué si Massaquoi était présent à ce moment-là.  
  • Témoin n°37 : témoin de la Défense ; homme ; âgé de 28 à 30 ans au moment de l'incident, ancien soldat de l'ATU pendant la deuxième guerre civile, a décrit sa rencontre avec Massaquoi à deux reprises, la mort de Sam Bockarie et ce qu'il savait des contacts et des déplacements de Massaquoi en 2000-2001.
  • Témoin n°38 : témoin de l'Accusation ; homme ; âge inconnu ; garde du corps spécial du [FNM-161], un commandant régional de haut rang ; a décrit l’ « Ange Gabriel » apportant de l'or et des diamants au [FNM-161] pour qu'il les livre à Charles Taylor en échange d'armes et de munitions ; a également déclaré que l’ « Ange Gabriel » avait tué un homme soupçonné d'avoir trafiqué un paquet d'or et de diamants ; a décrit l' « Ange Gabriel » comme responsable de l'incendie de Kamatahun Hassala, Libériens, à la désapprobation de [FNM-161].

Points communs entre les témoignages

Les témoins ont témoigné sur différents événements survenus dans le comté de Lofa en 2001. Les points communs suivants sont apparus concernant les événements et les interactions de ces témoins particuliers avec la police finlandaise :

Événements dans le comté de Lofa

  • Maisons brûlées avec des personnes à l'intérieur
    • Le témoin n°33 a estimé que cinquante personnes avaient été tuées dans le bâtiment ; le témoin n°34 en a estimé plus de trente. Le témoin n°35 a estimé qu'il y en avait plus de dix.
    • Le témoin n°32 a décrit que les soldats avaient ordonné aux gens d'entrer dans le bâtiment, avaient tapissé les murs de matelas, versé de l'essence, verrouillé et fermé les issues au marteau, puis qu'ils avaient mis le feu au bâtiment.
    • Le témoin n°34 a décrit que de nombreuses personnes provenant de plusieurs villages avaient été amenées dans le bâtiment pour y être brûlées.
    • Les témoins ont désigné la personne qui a donné l'ordre comme une variante de l' « Ange Gabriel » et l'ont décrit comme donnant des instructions similaires.
      • Le témoin n°31 a déclaré que le « Général Gabriel » avait dit : « mettez le feu à cette maison pour qu'elle brûle ».
      • Le témoin n°32 a déclaré que le commandant avait déclaré : « Je suis l’Ange Gabriel. Ces gens, nous allons les brûler. Je vous ai dit de ne pas tirer, on va les brûler » ou dit « Je vous avais dit de ne pas tirer sur ces gens, amenez-les, brûlons-les ».
      • Le témoin n°34 a déclaré que « Ange Gabriel » avait dit : « vous mettez le feu à la maison ».
      • Le témoin n°35 a déclaré que « Ange Gabriel » avait dit : « Je suis l’Ange Gabriel, je suis proche de Dieu. Je vais brûler ces gens. » 
    • Le témoin n°32 a déclaré qu'un homme de grande taille s'était échappé brièvement avant d'être repoussé dans le feu par les soldats.
    • Le témoin n°34 a déclaré que les personnes âgées avaient été brûlées dans un autre bâtiment que les enfants ; peut-être vingt ou vingt-cinq enfants de moins de dix ans avaient été brûlés dans un « atelier de cuisine ».
    • Le témoin n°38 a déclaré que les personnes avaient été brûlées parce qu'un vieil homme avait rêvé que les balles ne pouvaient pas le tuer.
  • Atteinte à la dignité des personnes décédées
    • Le témoin n°35 a décrit un homme que les soldats avaient appelé rebelle du LURD pour qu'il soit tué sur l'ordre de l'Ange Gabriel. Le témoin a ensuite déclaré que l’Ange Gabriel avait ordonné à son garde du corps de découper le cœur de la personne afin qu'il puisse le manger ; il n'a pas vu si l’Ange Gabriel avait mangé le cœur. 
  • Violence à l'égard des femmes
    • Plusieurs témoins ont décrit avoir vu sept femmes être emmenées par des soldats derrière l’atelier du forgeron sur l'ordre de l'Ange Gabriel. Le témoin n°33 ne se souvient pas du nombre exact. Les témoins n°32, 32 et 34 ont déclaré qu'il y avait sept femmes. Le témoin n°34 a déclaré que Gabriel Massaquoi avait rejoint les soldats dans la cuisine avec les femmes. Le témoin n°35 a déclaré que les femmes étaient attachées.
    • Les témoins ont décrit un commandant appelé une variante de « l’Ange Gabriel » ordonnant aux soldats de prendre les femmes. Le témoin n°31 a déclaré que le « Général Gabriel » avait dit : « Faites leur tout ce que vous voulez ». De même, le témoin n°34 a déclaré que « Ange Gabriel » avait dit : « Emmenez ces femmes et faites-leur tout ce que vous voulez ».
    • Aucun de ces témoins n'a vu ces femmes être violées dans le bâtiment, mais certains (dont le témoin n°35) ont précisé que les femmes étaient nues lorsqu'elles y avaient été transportées. Le témoin n°34 a déclaré avoir entendu les femmes pleurer. Le témoin n°33 a déclaré avoir entendu les soldats planifier de violer les femmes avant de les emmener. Certains des témoins ont également décrit avoir vu les femmes mortes le lendemain matin. 
    • Les témoins n°34 et 35 ont déclaré que certaines semblaient avoir été tuées avec un couteau tandis que d'autres semblaient avoir été battues à mort.
  • Travail forcé
    • Comme lors des témoignages des semaines précédentes, un témoin (n°35) a déclaré avoir été forcé à transporter des munitions.
  • Chronologie des événements dans le comté de Lofa
    • Le témoin n°34 a décrit que les gens faisaient généralement référence aux incidents de Kamatahun Hassala comme ayant eu lieu en 2001.
    • Le témoin n°34 a situé les événements au début de l'année (avril à mai), à la saison des plantations. Le témoin n°35 se souvient de la saison sèche.
    • Le témoin n°33 a déclaré que les sept femmes avaient été transportées derrière le bâtiment deux jours après que celui-ci ait été incendié (voir ci-dessus). Le témoin n°31 a déclaré que cela s'était produit dans la semaine suivant l'incendie du bâtiment.

Identification 

  • Les témoins de cette semaine ont fourni d'autres témoignages concernant le commandant qui s'est présenté sous le nom d' « Ange Gabriel » : 
    • Plusieurs témoins ont déclaré qu'il se faisait appeler « Ange Gabriel ».
    • « Il avait pour habitude de dire 'je suis aux côtés de Dieu' ». (Témoin n°33)
  • Les témoins ont utilisé des noms multiples et différents pour désigner l'accusé dans leur témoignage ou lors de leurs entretiens avec la police.
    • Le témoin n°31 a fait référence au « Général Gabriel ».
    • La plupart des témoins a parlé d' « Ange Gabriel ». 
  • Plusieurs témoins, dont les témoins n°31, 32, 33, 34 et 35, ont décrit Massaquoi comme parlant krio. Certains (les témoins n°36, 37 et 38) ont déclaré que Massaquoi parlait mende, le trente-septième témoin ayant déclaré qu'il parlait comme un « Britannique ». 
  • Les témoins ont fourni des détails supplémentaires sur la langue parlée par Massaquoi et son apparence. Le témoin n°33 a décrit Massaquoi comme étant « dur dans sa façon de parler », le témoin n°32 et le témoin n°36 ont décrit Massaquoi comme étant « un homme mince » et « un type mince », respectivement. Le témoin n°32 a également décrit Massaquoi comme un homme qui « portait un chapeau rond » et « n'était pas une personne de grande taille ».
  • Le témoin n°38 a déclaré que Gibril Massaquoi était connu pour tuer les vendredis, et qu'on l'appelait donc « le maître du vendredi noir ». Le témoin a également déclaré qu'un homme tué par Gibril Massaquoi l'avait appelé « Ngor Massaquoi ». Il a également ajouté que « Ngor » signifiait « grand frère ». 

Liens avec des personnalités notables

  • Comme dans le témoignage de la semaine précédente, plusieurs autres commandants ont été mentionnés, notamment Benjamin Yeaten (« 5050 »), [FNM-161], Sam Bockarie (« Mosquito »), Zigzag Marzah, Cevelee, « No Monkey » et Koblah.
  • Le témoin n°36 et le témoin n°37 ont déclaré que Benjamin Yeaten avait agi sous la direction de Charles Taylor pour tuer Sam Bockarie, dans le but de l'empêcher de témoigner au procès de Charles Taylor devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone. Les témoins ont décrit Benjamin Yeaten et [FNM-161] comme étant frustrés par le fait que Sam Bockarie et ses collègues commandants tuaient des civils. Il y a eu quelques confusions concernant la présence de Massaquoi au moment de la mort de Sam Bockarie.
  • Le témoin n°38 a décrit Massaquoi livrant des paquets d'or et de diamants à Charles Taylor, directement ou par l'intermédiaire d'autres personnes, en échange d'armes et de munitions.

Interactions avec la police finlandaise

  • Comme pour les témoignages de la semaine dernière, la plupart des témoins de cette semaine venant du comté de Lofa sont entrés en contact avec la police finlandaise par l'intermédiaire de leurs chefs locaux. 

Thèmes apparents pour l’Accusation et la Défense

Au cours des deux premiers jours de témoignage, l'Accusation et la Défense ont adopté des stratégies similaires à celles des semaines précédentes. L'Accusation a appelé une série de témoins civils qui avaient une connaissance et une expérience de première main de plusieurs atrocités commises à Kamatahun Hassala. Les témoins n°31, 32, 33 et 35 ont évoqué des meurtres et des viols, tandis que le témoin n°34 a décrit des meurtres. L'Accusation a cherché à obtenir de ces témoins la preuve que Gibril Massaquoi avait ordonné la perpétration de ces crimes et qu'il en avait lui-même perpétré certains. Le témoin n°33 a déclaré que l' « Ange Gabriel » avait tué une femme qu'il avait prise pour épouse et plusieurs autres témoins avaient vu le commandant suivre ses hommes alors qu'ils emmenaient sept femmes nues dans un lieu appelé « cuisine de forgeron », où elles avaient été violées et finalement tuées. Les témoins ont tous décrit un « Gabriel » comme ayant ordonné les meurtres et ordonné, ou du moins autorisé, les viols. Le témoin n°31 s'est souvenu d'un « Général Gabriel » donnant des ordres, tandis que les autres témoins ont parlé d'un « Ange Gabriel ». Tous les témoins ont déclaré que cette personne parlait le krio.

L'Accusation s'est également efforcée d'établir que les événements de Kamatahun Hassala s’étaient produits en 2001. Les témoins ont uniformément témoigné en ce sens, s'appuyant souvent sur les cycles de plantation et de récolte pour situer l'époque quelque part au printemps ou à l'été 2001. Plusieurs témoins ont également décrit la venue d'une ONG à Kamatahun Hassala pour mettre en place un projet de justice réparatrice, notamment en construisant une hutte palava sur le site d'un incendie collectif. L'Accusation a également établi comment chaque témoin est entré en contact avec la police finlandaise. 

La Défense a passé une grande partie des deux premiers jours d’audience à souligner les incohérences dans les témoignages. Elle a utilisé des résumés de la police finlandaise et des enregistrements d’auditions antérieures pour montrer que les trente-et-unième et trente-deuxième témoins avaient initialement donné des années autres que 2001 lorsque la police leur avait demandé quand les événements s'étaient produits, bien que devant la Cour ces témoins aient réaffirmé qu’ils étaient convaincus que 2001 était l'année correcte. La Défense a également souligné des incohérences concernant le niveau d'implication de divers commandants du RUF et d'autres groupes, ainsi que des détails sur le placement des troupes du RUF et d'autres détails. Les témoins civils ont constamment maintenu leur témoignage, expliquant les incohérences par la difficulté de se souvenir des détails après tant d'années.

La Défense a également mis l'accent sur la manière dont les témoins civils avaient été contactés. Beaucoup de témoins civils ont eu affaire à [FNM-078], qui, selon la Défense, est impliqué d'une certaine manière dans le procès en cours. La Défense a également posé des questions sur l'ONG qui a construit la hutte palava, en demandant la nature de son implication dans les enquêtes finlandaises ou autres. Les témoins ont indiqué de manière constante que l'implication de l'ONG à Kamatahun Hassala se limitait à la construction de la hutte palava et à l'organisation de quelques cérémonies multiculturelles en l'honneur des morts. 

Le troisième jour de témoignage a donné lieu à des stratégies différentes pour les deux parties. La Défense a appelé les témoins n°36 et 37, tous deux anciens soldats de l'ATU, dans le but de montrer qu'il y avait un autre Massaquoi actif dans les rangs supérieurs du RUF. La Défense a interrogé ces deux témoins sur la mort de Sam Bockarie, un chef du RUF, en 2003 cherchant à établir qu'un Massaquoi était présent lorsque Bockarie avait été tué, ou alternativement lorsque son corps avait été remis à Charles Taylor. La Défense n'a finalement pas été en mesure d'établir ce point. Le témoin n°36 a eu du mal à se souvenir du prénom du Massaquoi dont il parlait. Le témoin n°37 a déclaré que Massaquoi n'était pas présent lors de la mort de Bockarie ; il a déclaré qu'il avait rencontré Gibril Massaquoi en 2000 et 2001. Les deux témoins se souviennent que Massaquoi parlait mende. Enfin, les deux témoins ont été mis en contact avec la police finlandaise par l’intermédiaire d’anciens soldats. 

L'Accusation a interrogé un autre ancien soldat, le témoin n°38, qui a témoigné de certaines des actions de Gibril Massaquoi en 2000 et 2001. Ces actions comprenaient également l'échange d'or et de diamants avec Charles Taylor contre des armes et des munitions, ainsi que des actes de violence contre des Libériens, à la grande frustration de [FNM-161]. Par l'intermédiaire du trente-huitième témoin, l'Accusation a pu corroborer des faits essentiels, notamment le rôle de Massaquoi en tant que porte-parole du RUF et son rôle dans l'incendie de Kamatahun Hassala en 2001. La Défense a de nouveau soulevé des divergences entre le témoignage du jour et ce que le témoin n°38 avait dit à la police finlandaise (en particulier le fait qu'il n'avait pas mentionné l'incendie de Kamatahun Hassala ou l'année 2001) ; le témoin a de nouveau attribué la faiblesse de sa mémoire au passage du temps.

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