Un ancien Général de l'armée gouvernementale libérienne inculpé à Philadelphie, États-Unis, soupçonné de crimes en lien avec la première guerre civile libérienne

Une inculpation contre l’ancien Général des Forces armées du Liberia (AFL), Moses Wright, a été rendue publique hier, jeudi 23 juin.

Il a été inculpé à Philadelphie par le bureau du procureur du district de Pennsylvanie pour avoir frauduleusement tenté d’obtenir la citoyenneté américaine, pour fraude dans des documents d’immigration, pour faux témoignages en rapport avec sa naturalisation et parjure en lien avec sa tentative d’obtenir la citoyenneté américaine.

L’ancien Général Wright est soupçonné d'avoir menti aux autorités américaines de l’immigration sur des atrocités alléguées qu’il aurait commis directement, ou dont il aurait ordonné la commission à des troupes placées sous son commandement, y compris les actes suivants, sans que cette liste soit exhaustive : persécution de civils d’ethnie Gio et Mano, meurtres de civils, assaut contre des civils, arrestations et emprisonnements arbitraires de civils.

La procédure à l’encontre du colonel Wright est la quatrième poursuite pénale à Philadelphie en lien avec les guerres civiles libériennes. En effet, en 2017, une peine de 30 ans de prison avait déjà été prononcée à l'encontre de Mohammed Jabbatehancien commandant de l'ULIMO (United Liberation Movement of Liberia for Democracy). En 2018 , Thomas Woewiyu, ancien porte-parole et ministre de la Défense du NPFL (National Patriotic Front of Liberia), avait également été reconnu coupable mais est ensuite décédé de la COVID-19 en avril 2020 avant d'avoir été fixé sur sa peine.

En mars 2022, Sekou Kamaraprésumé ancien commandant haut gradé du LURD (Liberians United for Reconciliation and Democracy) a été arrêté à New York. Il est accusé d’avoir menti aux autorités américaines de l’immigration sur son prétendu rôle dans le groupe armé. 

Civitas Maxima et son organisation sœur au Libéria, le Global Justice and Research Project (GJRP), ont apporté leur aide aux autorités américaines au cours de ces enquêtes en facilitant le déplacement de près de 40 victimes libériennes à Philadelphie pour qu’elles puissent témoigner en audience contre Jabbateh et Woewiyu. En outre, Civitas Maxima et le GJRP ont publié un compte rendu juridique et détaillé des deux procès, en coopération avec des partenaires extérieurs.

Depuis 2012 il s'agit de la dixième affaire publique dans laquelle Civitas Maxima et le GJRP ont aidé d’une manière ou d’une autre les autorités judiciaires américaines et européennes.

S’il est reconnu coupable Moses Wright risque une condamnation pouvant aller jusqu’à 165 ans de prison et une amende de 7 000 000 USD.

L’affaire à l’encontre de M. Wright a été instruite par le Bureau d’Enquête de Philadelphie du Département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS) avec l’aide du Centre de DHS de Crimes de Guerre et des Violations des Droits Humains de Washington D.C, le bureau du Procureur Général de Pennsylvanie et l’ambassade des États-Unis au Libéria.  

Sa poursuite est assurée par le Procureur adjoint Linwood C. Wright, Jr. et le Premier Procureur adjoint Nelson S.T. Thayer, Jr.

Historique des massacres ethniques commis par l'AFL

L'AFL a été désignée par la..Commission Vérité et Réconciliation du Liberia (TRC) comme l'un des « groupes de premier plan ayant commis des crimes » et a été considérée responsable de certains massacres les plus importants de la première guerre civile libérienne. Par exemple, l’AFL a été considéré comme responsable du massacre de l'église luthérienneSt Peter, au cours duquel environ 600 civils, principalement des Gio et des Mano, ont été tués alors qu'ils s’étaient réfugiés dans l'église, ainsi que du massacre de l'hôpital JFK, au cours duquel environ 250 Gio et Mano ont été tués.

Civitas Maxima et le GJRP ont apporté leur soutien au Center for Justice and Accountability (CJA) dans un procès civil aux États-Unis, au nom de quatre survivants du massacre de l'église luthérienne St Peter, contre l'ancien commandant de la SATU (Unité spéciale antiterroriste), Moses Thomaspour son rôle présumé dans ce massacre. Thomas a depuis quitté les États-Unis et est rentré au Libéria. Cependant, la procédure à son encontre a continué et, le 16 septembre 2021,il a été déclaré responsable du massacre de 600 civils à l’église luthérienne St Peter.

La TRC a par ailleurs désigné Moses Wright, ainsi que Moses Thomas et d’autres, comme étant les auteurs du massacre de 27 familles de Mano et Gio membres de l'AFL dans les casernes du Centre de formation Barclay (BTC) à Monrovia, en juin 1990.

Laisser un commentaire