October 19, 2022 – Day 8: forced labour
Avant d’entendre les témoins sur les faits commis entre Foya et Solomba en 1993, au préjudice de JTC et de SFC, le Président a demandé à JTC s’il avait des précisions à apporter au sujet du meurtre de KT.
JTC a d’abord précisé qu’il n’avait pas été témoin oculaire de la scène, mais que les événements lui avaient été rapportés. Il a indiqué que lorsqu’il est arrivé à Foya Dundu avec ses compagnons, ils ont été informés qu’une femme avait été tuée. Selon lui, les gens étaient très tristes. Alors qu’il essayait de comprendre ce qui s’était passé, il a entendu qu’un dénommé C.O. Kundi avait tué une certaine KT après l’avoir extraite de sa maison. Interrogé par le Président sur le mobile du meurtre, JTC a indiqué qu’il avait appris que KT avait perdu un enfant et que Kundi était venu sur les lieux. Kundi est ensuite parti, puis est revenu. C’était à son retour que Kundi avait entendu que KT était une sorcière et c’était a priori pour cette raison qu’il avait décidé de la tuer. JTC a ajouté qu’il était préoccupé par le fait qu’il devait apporter de la nourriture à sa mère et à d’autres membres de sa famille et avait convaincu ses compagnons de quitter les lieux.
La suite de l’audience a été consacrée aux faits commis en 1993 au préjudice de JTC et SFC. Le Président a invité JTC à s’exprimer sur les faits le concernant et a rappelé que ce dernier avait indiqué au juge d’instruction, ainsi qu’aux autorités suisses et néerlandaises, qu’il avait été contraint de transporter des marchandises dans un contexte de pillage.
Audition de JTC en tant que partie civile
JTC est revenu sur les diverses marches forcées qu’il a été contraint d’effectuer pendant la première guerre civile. Il a relaté que durant la seconde partie de l’année 1993, les villageois avaient été rassemblés près de la centrale électrique de Foya. Un dénommé EP avait été désigné comme représentant des civils et avait été sollicité par l’ULIMO pour fournir de la main-d'œuvre dans le but de transporter les équipements qui se trouvaient dans la centrale. Les soldats participaient également à ce travail de rassemblement des civils.
JTC explained that when he arrived on site in the morning, he noticed an old vehicle without a motor near the plant. A number of components of the plant had been dismantled and assembled, so that the requisitioned people could load them piece by piece into the unpowered truck. JTC said that the electrical generator that powered the entire district also had to be moved, and that it was large and heavy, which made the task difficult. To make it easier to load onto the truck, the generator was placed on logs and moved gradually toward the truck. The civilians then managed to lift it and put it into the truck. JTC added that while some were carrying objects, others were pushing the truck forward and that the operation involved a large number of people. He related that the phrase “Till Go” marked the beginning of the march and meant that the goods had to be transported to their destination. During the march, ULIMO soldiers would threaten civilians with death by telling them that if they saw a brush move, it was death. In other words, if anyone tried to run away, they would be executed (“Any bush shake, you die” or “Any bush shake, your heart”). According to JTC, these threats were made repeatedly in order to get the civilians to move on.
JTC further explained that the civilians took turns moving the truck and noted the difficulties they encountered when the slope was uphill. They passed through Shelloe, Fassapo and Borliloe before reaching the border at Solomba and then the customs at Ma. He spoke of the terror that reigned during the journey, characterized by gunshots and the beating of several people by ULIMO members anxious to complete the operation. JTC said that several ULIMO commanders were present during the march to supervise it. He mentioned the names of Ugly Boy, CO Kundi, CO Deku and Mami Wata. According to JTC, Kundi was not the main commander of the march and did not personally force him to participate.
JTC a précisé qu’il s’agissait de l’une des manœuvres les plus importantes à laquelle il avait participé et qu’il avait été contraint de participer à d’autres marches forcées. Il a déclaré néanmoins ne pas avoir participé à toutes les marches forcées, car soit il avait été en mesure de se cacher, soit il restait en compagnie de EP pour éviter d’être réquisitionné.
JTC a raconté se souvenir d’une marche forcée en particulier organisée à l’initiative de Kundi et dirigée par celui-ci. Il a relaté que Kundi avait envoyé ses gardes du corps pour le chercher et le réquisitionner. JTC a expliqué que la charge qui lui avait été affectée était extrêmement lourde, mais que les soldats de l’ULIMO n’admettaient aucune excuse pour échapper à la tâche. Il a expliqué que dans la mesure où les habitants de Foya avaient pris la fuite à l’arrivée des soldats de l’ULIMO, l’ULIMO réquisitionnait la main-d’œuvre dans les villages avoisinants. La plupart des personnes réquisitionnées pour cette marche venaient donc des villages voisins et non de Foya.
JTC a expliqué qu’une fois de plus, les civils avaient travaillé sans eau ni nourriture, sous la terreur, les coups, les tirs et la menace constante d’être tués. Ils étaient constamment entourés des soldats qui s’assuraient que le travail n’était pas ralenti. Il a raconté n’avoir eu d’autre choix que de boire l’eau d’une rivière polluée pour se désaltérer. Une fois arrivé à destination, JTC a expliqué qu’il était fréquent que le groupe armé auquel les marchandises étaient livrées remette d’autres marchandises en échange. Il arrivait donc que les civils doivent porter des marchandises sur le chemin du retour, à moins de parvenir à s’échapper. Selon lui, les personnes qui pouvaient directement rentrer chez elles étaient chanceuses.
Il a expliqué que la participation des civils à ces marches suscitait une grande inquiétude chez les proches des réquisitionnés, qui craignaient pour leurs vies. En effet, de nombreuses personnes avaient trouvé la mort durant ces marches, notamment les personnes faibles ou âgées qui n’avaient pas la force de porter les charges.
Lors de la marche dirigée par Kundi, JTC a indiqué ne pas l’avoir vu tuer ou tirer sur qui que ce soit, mais certaines personnes avaient été frappées avec des crosses pour les faire avancer.
JTC claimed to have participated in a total of eight forced marches, two led by Kosiah and three by Ugly Boy. JTC went on to say that ULIMO also looted a mill, an oil factory, a vocational training organization called “LOIC” and an agricultural cooperative where producers gathered their produce for sale or barter. Private homes were also looted. He said that the end of 1993 and 1994 had been calmer periods.
JTC then mentioned the visit of Alhaji Kromah, the ULIMO general, to the district in 1994. According to him, Kromah came to see how things were going and gathered the commanders who controlled the area, including CO Deku, CO Kundi and others, at the Free Pentecostal Church in Foya. Alhaji Kromah saw what had happened in Foya and publicly told the ULIMO members, “Soldiers, you have paid yourselves. According to JTC, the purpose of this statement was to apologize to the people of Foya. JTC believed that Alhaji Kromah’s words indicated that he sympathized with what the people had experienced. JTC then claimed that Alhaji Kromah had returned in 1995 and brought cattle to the people. According to him, this was again an apology and an attempt to compensate not for the material losses but for the human losses inflicted on the population.
La Cour questionne JTC :
Upon questioning, JTC confirmed that the electric generator was run during the second half of 1993, during the rainy season. He also confirmed that the weather conditions made the run even more difficult since the area was like a “swamp” at that time of year.
Sur question, il a confirmé que CO Kosiah était également présent lors cette marche, aux côtés de Mami Wata, CO Kundi et Ugly Boy. Selon son estimation, entre 50 et 100 civils avaient été réquisitionnés. Il a confirmé qu’ils étaient moins nombreux au retour, car ils ne pouvaient pas s’attendre les uns les autres, le but étant de se disperser afin de ne pas être réquisitionné pour une autre marche.
Interrogé sur la façon dont les civils avaient été rassemblés, JTC a indiqué que l’ULIMO avait demandé à EP de réunir des civils et qu’en parallèle, les soldats de l’ULIMO réquisitionnaient des personnes de partout pour s’assurer du succès de l’opération. Selon lui, les civils étaient sélectionnés au hasard, sans tenir compte de leurs caractéristiques physiques.
Sur question, il a confirmé que le but de l’opération était de vendre les marchandises en Guinée. Interrogé sur l’intermédiaire dénommé Kake qu’il a cité devant le juge d’instruction, JTC a confirmé que Kake venait à Solomba et était l’un des intermédiaires principaux entre l’ULIMO et la Guinée.
Interrogé sur le déroulement de la marche, il a confirmé qu’il n’avait ni mangé ni bu et indiqué que la marche du générateur électrique s’était étendue sur une distance approximative de 16 miles parcourus en l’espace de 6 ou 7 heures sans aucun répit. Le Président a précisé que les distances avaient été vérifiées et estimées à environ 22 km, soit une distance un peu moins longue que celle que JTC venait d’indiquer.
Interrogé sur les violences auxquelles il a assisté au cours de cette marche, JTC a affirmé n’avoir vu personne se faire tuer par l’ULIMO, mais a expliqué avoir entendu plusieurs coups de feux, sans savoir s’ils avaient été tirés à destination des civils.
Upon questioning, JTC reiterated that he had conducted a total of eight forced marches. When asked about the forced march under Kundi’s command, he said that he had been forced to carry a large load of coffee. When asked to confirm his previous statements that the loads could weigh up to 70kg, JTC said that he did not know the exact weight and that civilians carried what the soldiers told them to carry.
Questionné sur les séquelles physiques qu’il a évoquées lors d’une autre audition, JTC a insisté sur l’impact psychologique dont il subit encore aujourd’hui les effets négatifs, notamment en raison du stress important provoqué par ces marches et du traumatisme lié à la vue de cadavres. Sur le plan physique, il a indiqué qu’il avait une cicatrice à l’épaule gauche qui n’avait aucun lien avec les faits, puisqu’elle remontait à l’enfance et qu’en ce qui le concernait, les séquelles étaient surtout psychologiques.
Sur question, il a confirmé ne pas avoir été concerné par la marche forcée organisée en lien avec le pillage de l’hôpital de Borma. Il a confirmé par ailleurs que la destruction des établissements qu’il a mentionnés précédemment était motivée par le prélèvement de matériaux.
Interrogé sur l’organisation de l’écoulement des marchandises à la frontière, JTC a indiqué avoir constaté que les marchandises traversaient la frontière et étaient récupérées par des personnes de l’autre côté. Selon lui, les marchandises étaient transportées de l’autre côté de la frontière sur de larges embarcations sans moteur, de type canoë ou pirogue, que l’on faisait avancer à la rame ou à l’aide de perches. Il a précisé qu’il était possible de rassembler deux embarcations et d’y déposer des planches afin de constituer une plateforme où étaient disposées les marchandises.
La partie civile questionne JTC :
Questionné sur le générateur pillé, JTC a affirmé que l’alimentation de la centrale électrique avait été démontée et qu’il n’avait pas assisté personnellement au démantèlement. JTC a indiqué ne pas se souvenir de la marque de la machine démantelée et pillée dans la centrale et a confirmé que l’électricité à Foya n’avait pas été rétablie depuis cet évènement.
Sur question, il a déclaré qu’il n’était pas commun de voir les membres de l’ULIMO se déplacer en voiture et que les véhicules étaient également pillés.
Questionné sur l’importance de la marche du générateur au vu du nombre important de commandants ayant participé, JTC a expliqué qu’il s’agissait en effet d’une mission très spéciale compte tenu de la valeur commerciale des objets transportés. Selon lui, lorsque les objets avait une valeur conséquente, cela nécessitait le rassemblement des commandants. Interrogé sur le marché où les marchandises étaient écoulées, il a indiqué qu’il se situait à Guéckédou, ville frontalière en Guinée.
Sur question, il a précisé que les civils ne pouvaient en aucun cas traverser la frontière, ni même toucher les embarcations, au risque de se faire tuer. Questionné sur le type de marchandises que les commandants ramenaient de Guinée, il a indiqué que de la nourriture, des vêtements, des munitions et des armes étaient rapportés.
Asked to comment on the statements of other witnesses that there was a market on Thursdays in Foya, and on TFT’s statement that he had a radio repair store during the war, JTC said that during the occupation there was no set market day and that the market was interrupted, but gradually resumed towards the end of 1993. He added that women were used not only as sex slaves but also to go and sell goods in the market. When asked how TFT was able to continue its activity during the war, JTC said that the radios were battery operated and that since TT was known for his skill, he was able to work and ULIMO soldiers would bring him equipment to repair.
Interrogé sur la liberté d’aller et venir des villageois sous l’occupation de l’ULIMO, notamment durant les périodes d’accalmie qu’il a mentionnées dans sa déclaration, JTC a précisé qu’il était obligatoire de se procurer un laissez-passer au bureau S2 pour se déplacer. Il a expliqué que si quelqu'un se présentait à un checkpoint sans laissez-passer, il risquait de se faire abattre sur le champ.
When asked about the operation of the checkpoints, JTC said that sometimes ULIMO soldiers would beat up villagers and rob them of the supplies they had taken from the bush. JTC then confirmed what Massa Washington had said about human body parts being displayed at checkpoints to terrorize the population. JTC recalled the atrocities suffered by his brother-in-law, whose head was cut off and placed on a stake at a checkpoint. Passers-by were forced to salute the head. As for his brother-in-law’s intestines, they were used as a barrier. He also mentioned a man who ran away after having his genitals cut off. He was shot after hitting a tree. JTC added that many other atrocities were perpetrated at that time.
Le Ministère public questionne JTC :
When asked about Kundi’s role in the big generator march, JTC said he saw Kundi at the pre-departure rally at the site of the old power plant. Other commanders were also present and they were talking to each other. On questioning, he said he had seen the commanders throughout the march, sometimes behind, sometimes in front, including at the Solomba border and the Ma customs. According to JTC, Kundi was armed.
The general counsel then asked JTC if he had heard CO Kundi say the phrases “Till go” and “Any bush shake your heart. The witness replied that this was normal language for commanders, including CO Kundi.
Questionné sur la deuxième marche, JTC a expliqué qu’il croyait que la marche du générateur avait eu lieu avant celle ordonnée par Kundi, qu’il a située vers octobre-novembre. Il a précisé ne pas être en mesure de donner une date précise. Sur question, il a confirmé que Kundi était le commandant et qu’il avait des soldats sous son autorité. JTC n’a pas été en mesure d’en préciser le nombre mais expliqué qu’il ne s’agissait pas d’une grosse marche. Il a estimé le nombre de civils réquisitionnés à 20 ou 30 et ajouté que les hommes étaient frappés avec des armes afin qu’ils avancent plus vite.
The general counsel read out JTC’s statements to the Dutch authorities: “Some people were punished … I myself was never punished because I was strong and could continue the march. JTC confirmed this.
Regarding the electric generator march, the general counsels reminded JTC that when asked if other commanders participated, he told Swiss authorities in 2016, “Yes, they were mixed … It was a joint force and not a one-man operation.” The witness confirmed that this was the correct description of events. Upon questioning, JTC indicated that he did not discern a hierarchy among the commanders, but said that Kosiah had made the trip and therefore felt his role was more important. He confirmed that each commander had participated equally with his soldiers and explained that they called each other “CO,” but it was difficult to know who had a higher rank.
Le Président est intervenu pour demander au témoin si les commandants avaient des signes distinctifs de leur grade. JTC a répondu par la négative et expliqué qu’il était difficile d’identifier leur grade dans la mesure où ils ne portaient pas tous un uniforme.
Les avocates générales ont demandé à JTC s’il avait vu un commandant réprimander ou punir un soldat qui aurait menacé un civil. Le témoin a répondu que non et confirmé que les ULIMO cautionnaient ce genre de comportement puisqu’ils se conduisaient de cette façon.
Finalement, les avocates générales ont rappelé au témoin qu’il avait expliqué aux autorités suisses qu’il n’avait pas assisté au démontage de la machine, mais pensait que les ULIMO avaient fait venir des mécaniciens de Guinée pour participer au démontage. JTC a confirmé ses déclarations et précisé qu’après le démontage, des personnes spécialisées étaient venues pour réassembler la machine.
La défense questionne JTC :
L’avocate de la défense a interrogé le témoin au sujet de ses déclarations lors de sa confrontation avec Kunti Kamara devant le juge d’instruction, selon lesquelles il avait indiqué que le générateur se trouvait à l’origine à Bamoro. JTC a répondu que la centrale électrique se trouvait à Kpormbu Road. L’avocate des parties civiles a souligné qu’il y avait probablement eu une erreur de retranscription dans le procès-verbal d’audition.
The defense lawyer then asked the witness about the parts, which she described as very large, and how they could have been transported on a single truck. JTC reiterated that the power plant was equipped with very large Caterpillar Blackstone generators, which powered the entire district. The second power supply was used locally. He said it was the second power supply, as well as some components of the main power supply, that were looted. According to him, the second feed was placed on logs. He denied stating that the entire equipment was looted and loaded into the truck. Defense counsel expressed surprise at the witness’s statements since he had not mentioned them during the rehearsal. JTC responded that he may have been misunderstood and said he was consistent in his statements.
Sur question, JTC a indiqué que Kundi était à pied.
Defense counsel then confronted the witness with his statements to the Swiss authorities, in which he was less clear about the fact that everyone was equally important. He had said that Kosiah had a leading role, that he was the most important figure and the highest ranking. JTC responded that he had heard the term “OC” many times and had never known who was most important. He pointed out that Kosiah would move outside of Foya and come back. Since he was present that day, the witness inferred that he was the person in charge. The witness then went back to his statements to the Swiss authorities and said that Kosiah’s movements gave the impression that he was the most important person, but that did not mean that the others were not.
L’avocate de la défense s’est étonnée que les civils aient été en mesure de déplacer le camion en pleine saison des pluies, alors que les routes sont impraticables en cette période même pour des véhicules non chargés. JTC a confirmé que c’était en saison des pluies et précisé que beaucoup de main d’œuvre avait été utilisée.
Interrogé sur les canoës permettant de faire transiter les marchandises sur la rivière, le témoin a indiqué qu’il était habituel de voir de tels canoës traverser la rivière pour transporter des charges lourdes et qu’ils [i.e. les membres de l’ULIMO] savaient très bien comment les assembler. Il a en outre ajouté que ces canoës étaient toujours utilisés à l’heure actuelle. L’avocate de la défense a rétorqué qu’elle avait du mal à imaginer que les canoës puissent flotter avec un tel chargement.
When asked about Kromah’s apology to the people of Foya, the witness said he had seen it expressed publicly.
The general counsel intervened to clarify the witness’s statements to the Swiss authorities regarding Kromah, as they were allegedly truncated by the defense counsel. The defense attorney then intervened, quoting another passage from those statements.
Audition du Dr Hervé Boissin, médecin généraliste à Paris, expert CA Paris et agréé CC, entendu en qualité d’expert cité par le Ministère public
Le Dr Hervé Boissin s’est présenté en indiquant qu’il était expert auprès de la Cour d’Appel de Paris, agréé par la Cour de Cassation.
Before he began his statement, the President specified that he had been appointed by the investigating judge to carry out a forensic examination of JTC. His expert report was filed on November 27, 2018. The President added that his mission was to verify JTC’s physiological sequelae in connection with forced marches.
Dr. Hervé Boissin reported that he examined JTC on November 22, 2018, at 4:00 p.m. at his office with an interpreter present. JTC informed him that he was married with three children. He added that he had a master’s degree and worked as an auditor-accountant. His hobby was singing. The witness also told him that he had pain in his back, neck and arm, which sometimes required him to take painkillers. At the time of the examination, JTC was 50 years old.
Le Dr Hervé Boissin a fait état d’une cicatrice au niveau du moignon de l’épaule gauche, laquelle datait de l'enfance, ainsi que d’une cicatrice au niveau du rachis dorsolombaire d’origine rituellique. Il n’a pas fait état d’une quelconque contracture ou de point douloureux à la palpation du rachis cervical. S’agissant du rachis dorso-lombaire, le Dr Hervé Boissin a noté une hyperlordose avec bascule du bassin vers l’avant ainsi que des douleurs à la palpation.
Le Dr Hervé Boissin a conclu à l’absence de limitation fonctionnelle. Il a ajouté que sans examen radiologique, la bascule du bassin ne pouvait être mise en relation directe et certaine avec les faits.
Questionné par le Président sur son rapport, le Dr Hervé Boissin a confirmé que les séquelles physiologiques ne pouvaient pas être mises en lien direct et certain avec les éléments rapportés par le témoin. Il a ensuite précisé que l’examen du rachis dorso-lombaire était presque normal et qu’il ne pouvait donc pas se prononcer sur l’impact des marches sur JTC. Sur question, il a indiqué que le port de charges lourdes pouvait entraîner des lésions traumatiques immédiates, mais que JTC était jeune et souple à l’époque.
When questioned by an assessor judge, he confirmed that JTC’s physical condition was not at all incompatible with the forced walking he experienced.
Presentation of documents and pieces from the file. JTC’s reinstatement.
The President presented photos to the Court representing the re-situating of JTC. The first photos were plans and aerial views of the routes of the forced marches. The length of the route was 22 kilometers. The President then showed a picture of JTC in front of his sister’s house where he was when he was caught by the ULIMOs to perform the forced march of the generator. A picture of the power plant was also shown.
Le Président a ensuite présenté une photo de l’intérieur de la centrale électrique au témoin en lui demandant où se trouvait le générateur. JTC a expliqué qu’on voyait l’alimentation principale en arrière-plan, laquelle était très lourde et très puissante. Il a ajouté que c’était la raison pour laquelle il y avait une alimentation secondaire qui était plus petite avec une alimentation moindre. L’un des jurés a précisé qu’il s’agissait d’un convertisseur. Le témoin a ajouté que des éléments avaient été emportés sur le générateur principal. Sur question du Président, JTC a confirmé que des éléments du générateur principal ainsi que le convertisseur avaient été emportés. Il a confirmé par ailleurs que le générateur principal n’était pas en état de fonctionner à l’heure actuelle.
Le Président a ensuite montré des photos du lieu où se trouvaient les pièces détachées. Il a demandé au témoin s’il confirmait ses déclarations selon lesquelles Kundi était actif, ne restait pas en place et faisait des allers et venues devant le bâtiment. JTC a confirmé.
When asked about the vehicle in which the generator parts were placed, JTC said it was a six-wheel truck. The defense attorney intervened, citing the witness’s statements in which he had described a “small pickup truck with an open back,” which is why the attorney had used the term pickup truck. The witness denied mentioning a pickup truck and said he had described a truck, which is a large truck. The president asked if there could have been a translation error in JTC’s explanation. JTC reiterated that the vehicle he had seen was not a pick-up truck and that there were different sizes of trucks.
The presiding judge went on to say that the witness had said the truck was parked on a road called Kpormbu Road. The defense attorney pointed out that in the transcript, the name of the road was spelled “Bamoro. The presiding judge asked the witness to say the name again and added that there was likely to be a transcription error.
Sur question du Président, JTC a confirmé qu’il avait fallu plus d’une heure pour charger les pièces dans le véhicule. Une fois les pièces chargées, il a estimé la durée du trajet jusqu’à Solomba à 6-7 heures.
Questionné sur la deuxième marche, le témoin a précisé que Deku était présent. Il a indiqué ne pas avoir eu accès au contenu des sacs à transporter, mais que ceux-ci pouvaient contenir toute une variété de produits (huile, café, coco, cuivre, zinc, etc.) en précisant que ce jour-là ils n’avaient pas transporté de riz car il y avait peu de riz à Foya. Il a également confirmé que Kundi était présent avec Deku et qu’il n’était pas possible de déterminer si Deku était réellement au-dessus de Kundi.
Interrogé sur la traversée de la rivière à la frontière guinéenne, JTC a confirmé que Kundi avait interpellé les personnes de l’autre côté de la rivière pour faire traverser les marchandises sur des pirogues.
La partie civile n’a pas eu de questions.
Le Ministère public questionne JTC :
On questioning, JTC confirmed that the first photos represented the place of departure and the place of his arrest at his sister’s house with regard to the forced walk of the generator. The General Counsel clarified that the photographic plates mixed the two walks performed by JTC.
The President explained that the distance of 22 kilometers mentioned earlier was the distance from JTC’s sister’s house to the border of Solomba, but that the generator was further down. He specified that it was therefore necessary to add 1.7 kilometers, to arrive at a total of 23.7 kilometers for the operation of the generator
La défense n’a pas eu de question.
* * *
Audition TSKF en qualité de témoin cité par le Ministère public à la demande de la défense
TSKF s’est présenté en indiquant qu’il était agriculteur à Foya.
Avant de lui donner la parole, le Président a indiqué que TSKF a précédemment été entendu par la police libérienne le 29 avril 2019 dans le cadre de la commission rogatoire internationale.
The witness began his spontaneous statement by saying he was in Foya during the war in 1993. One morning he was sitting with other people when they saw Kundi with soldiers [editor’s note: the witness’s reference to ‘child soldiers’ was not translated]. Someone was called Kotor. According to the witness, there was a gate nearby where Kundi and his soldiers killed men and beheaded them. They then brought the severed heads to the witness and the people he was sitting with. The latter became frightened and went back to their homes crying. The witness added that “when you hear crying, it’s still trouble” and that this was when he met Kundi.
La Cour questionne TSKF :
The presiding judge asked TSKF about forced labor, which he had mentioned in a previous interview. The witness explained that they [ULIMO soldiers] forced civilians to work for them, and when they caught civilians, they put a heavy burden on their heads. He recounted that he himself had been forced to carry heavy loads on his head several times, including more than 100 kilograms of coffee, on the road from Foya to the Guinean border. He stated that “you had to carry, even if you didn’t have the strength.” He added that he and the other civilians were hiding, but that sometimes the soldiers would look everywhere until they found them.
Sur question du Président, TSKF a cité certains noms de commandants qui encadraient ces marches, dont Ugly Boy, Mami Wata et CO Blaki [tbc], mais il a précisé que le nom qui revenait le plus souvent était celui de Kundi.
The president asked about his brother, and the witness said he had not heard from him and did not know if he was still alive. The president then noted that during his hearing, he had said people had taken his brother and then killed and beheaded him. TSKF replied that he was talking about Kotor and that he considered him as his brother because their respective mothers came from the same family. On questioning, he said that Kundi had ordered his men to catch Kotor. He said that he had not witnessed the beheading scene, but had only seen Kundi and his men with Kotor’s head.
The President then confronted TSKF with the physical description he gave of Kundi during his hearing, noting that he described the accused as someone “not very small”, wearing dreadlocks and a denim suit. The presiding judge told him that this description did not seem to fit Kundi and asked the witness if he could have mistaken Kundi for another ULIMO officer. TSKF said he knew Kundi and that he did not always wear a uniform, especially when he went to Guinea. The witness turned to the dock and confirmed that he recognized Kunti Kamara, stating that he was Mandingo. He said that he was himself of the Kissi ethnic group, but that he understood Mandingo.
Sur question, il a confirmé avoir vu Kundi pendant la guerre et indiqué que Kundi l’avait attrapé une seule fois pour une marche forcée, lors de laquelle il a dû transporter du café.
La partie civile questionne TSKF :
Upon questioning, TSKF confirmed that Kundi was accompanied by child soldiers and specified that one of them was named Saddam. He also confirmed that he was in front of the gate of a house when he saw Kundi, and not near a checkpoint. On questioning, he specified that Kotor’s head had not been placed on a stake.
Invité à préciser le nom de la rivière traversée lors des marches forcées, le témoin a indiqué qu’il s’agissait de la Makona River. Sur question, il a déclaré qu’il avait été contraint uniquement par Kundi à faire une marche forcée, à l’exclusion d’autres commandants.
Le Ministère public questionne TSKF :
Sur question, TSKF a confirmé l’existence d’un couvre-feu. Il a ajouté que des gens avaient été forcés à transporter les pièces du grand générateur sur leurs têtes. Questionné à cet égard, il a confirmé qu’il s’agissait du générateur qui alimentait la ville de Foya et indiqué qu’il n’avait pas participé à l’acheminement de ces pièces, mais en avait entendu parler.
Sur question, TSKF a confirmé l’existence de laissez-passer délivrés par le bureau S2, dont il fallait obligatoirement être muni pour sortir de Foya.
Interrogé sur le nombre de soldats qui accompagnaient habituellement Kundi, le témoin n’a pas été en mesure de donner un chiffre exact, mais a précisé qu’ils étaient nombreux. Interrogé sur le nom d’un soldat qu’il avait donné lors de son audition devant la police libérienne, TSKF a confirmé que l’un deux se prénommait Saddam. Les avocates générales lui ont alors demandé s’il se prénommait Saddam ou Saddam Hussein. TSKF a répondu que son nom était seulement Saddam.
Sur question, il a confirmé que les soldats s’installaient dans les maisons des civils et que ces derniers devaient les nourrir.
Réinterrogé sur la marche forcée organisée par Kundi à laquelle il a participé, le témoin a confirmé que la rivière jusqu’où il fallait marcher se trouvait à proximité de Solomba. Invité à se déterminer sur sa déclaration selon laquelle certaines personnes ayant participé aux marches forcées avaient peur de parler, TSKF l’a confirmée. Sur question, il a indiqué qu’il n’avait pas envisagé de porter plainte car il était persuadé que la police ne ferait rien pour arrêter les coupables.
La défense questionne TSKF :
Asked by TSKF about his ability to formally identify Kunti Kamara in the dock, when during his hearing in 2019, he had indicated that he did not recognize him on the photographic boards, citing the passage of time, the witness replied that the photographs presented to him in 2019 were not clear enough to allow him to identify the accused. The defense attorney countered that, in her opinion, the only difference between the 2019 photographs and today’s confrontation was that in 2019, TSKF had to recognize Kunti Kamara among nine other people, while today he was alone in the box. TSKF maintained that he recognized Kunti Kamara.
When asked who offered to testify against Kunti Kamara, TSKF said that he had heard that Kundi had been caught and that he had then been approached by the police to testify. The defense lawyer then questioned the veracity of TSKF’s statements, relying on his statements about his brother, about whom he said he did not know whether he was alive or dead before saying that he had been killed by Kundi, and about the generator march during which the requisitioned persons had carried the coins on their heads.
Hearing of ENB as a witness called by the Public Prosecutor’s Office at the request of the civil parties
ENB s’est présenté en indiquant qu’il était né en 1974 et était officier à la police des polices. Sur question du Président, il a indiqué qu’il n’avait jamais eu de contact avec Kunti Kamra, mais qu’il connaissait certaines parties civiles, notamment SC et JTC, qui était son enseignant.
Avant de laisser la parole à ENB, le Président a indiqué que ce dernier a été entendu par la police libérienne en avril 2019 dans le cadre d’une commission rogatoire internationale.
The witness began his spontaneous statement by recounting the arrival of Charles Taylor’s soldiers in Foya while he was working in a swamp. He explained that Charles Taylor’s soldiers tied a red cloth around their arms to identify them and signal to other troops that identification had been made. According to him, the occupation was relatively peaceful: the soldiers simply took the animals without shooting at the civilians, who were able to continue their daily activities. He said that in 1992-1993, they experienced another war. Taylor’s rebels fled into the bush and ULIMO took control. The witness said he heard the names Deku, Kundi, and Ugly Boy.
The witness recalled a meeting held by ULIMO soldiers in which they told civilians, “Tell your family members to come back here, or we will go into the bush to kill them. Some of them then went into the bush to bring people back to town. At another meeting called by C.O. Deku, ULIMO soldiers threatened to go and kill Taylor’s rebels who had remained in the bush. According to the witness, the Taylor rebels entered the town to attack ULIMO, but they were helpless because they had no ammunition to fight with. So ULIMO drove out the NPFL rebels and the civilians became the enemy.
ENB reported that ULIMO put in place a curfew from 5:00 p.m. to 8:00 a.m. Most villagers did not have the time to go to the hospital. Since most villagers have no sense of time, ULIMO set up a bell to tell people to go home. According to ENB, if someone was at a friend’s house and the bell rang, they would often get caught on their way home and their body would be found the next day. He added that many citizens had fled into the bush, but that his family had stayed in town because of the children and that they had therefore left their lives in God’s hands.
He also said that child soldiers followed civilians, especially when they went outside to wash, and forced them to follow them, in order to form groups – up to 100 people – for forced marches. Regarding the forced marches, ENB explained that the loads consisted of various goods such as machinery, zinc, engines, freezers and refrigerators of all sizes, which had to be transported to the border. When someone complained about being tired, they could be thrown to the ground, beaten or even killed. The witness specifically recalled Ugly Boy, nicknamed Saah Chuey, because he would chop people up with an axe. He said that when civilians arrived at the border with their loads, they could not leave, but had to stay put and wait for the ULIMO soldiers to do their trading.
ENB went on to recount a forced march in which Taylor’s rebels attempted to attack ULIMO in the last town before the border, but eventually had to flee because they were powerless. According to the witness, a Krahn named Prince took some men to go and look for the Taylor rebels in the bush. They came across a young schoolboy and some elderly people. Prince said he was going to kill them, and some soldiers tried in vain to dissuade him. Prince shot the schoolboy while a child soldier executed the elderly. ENB and the other civilians thought they were not safe and hid. After this incident, the ULIMO soldiers reiterated their threat and said that anyone who hid would be killed. ENB and the others presented themselves to them, and the soldiers left to trade in Guinea before taking the civilians back to Foya.
Le témoin a enfin indiqué que selon lui cette guerre était une guerre de tribus. Il a précisé qu’à Foya, avant la guerre, il existait déjà un conflit territorial entre les Gbandis et les Kissis, deux ethnies voisines.
La Cour questionne ENB :
Sur question du Président, ENB a confirmé qu’il se trouvait à Foya en 1993 et qu’il avait déménagé à Monrovia en 1994. Interrogé sur les commandants de l’ULIMO, il a indiqué n’avoir jamais vu Kundi, mais en avoir entendu parler. Il a ajouté qu’il ignorait où se trouvait Ugly Boy, mais serait en mesure de le reconnaître, et que Deku avait été tué en Guinée selon lui.
When asked about DN’s death, which he mentioned in a previous hearing before Liberian police, ENB said he was in Foya the day DN died. He explained that he heard that three white people came and asked the traditional leader TT to take them to the hospital in Borma. ENB was there. The whites asked who was responsible for the destruction and TT replied, “I can’t say because we are the victims of the war. ENB said that to his surprise, DN was also present and said, “I am not going to hide anything. This damage was caused by ULIMO. According to the witness, Kundi and Deku controlled Foya at the time. It was when he returned to town that he learned that DN had been killed. He said he did not see either the killing or DN’s body.
Interrogé sur les charges portées par les civils sous la contrainte, en particulier sur le générateur, ENB a indiqué qu’il ignorait s’il s’agissait du générateur de la ville de Foya ou de celui de l’hôpital. Il a ajouté que la centrale électrique de Foya avait été construite sous le régime de Doe et lorsque le NPFL a pris le contrôle de Foya, le générateur est resté en place. En revanche, lorsque l’ULIMO est arrivé, ils ont tout pris. Il a confirmé avoir dû porter les pièces du générateur.
When asked about Fine Boy, the witness described him as an intelligent, well-trained person who treated people well. He spoke politely and did not beat people. When asked about Ugly Boy, he described him as ugly and feared by the people. When asked about Kundi and Deku’s reputation, ENB said that they had power and were always together. The population feared them.
La partie civile questionne ENB :
Civil party counsel questioned the witness about what the ULIMO said when they arrived in Foya. According to him, ULIMO said they had come to free the population from the suffering inflicted by Charles Taylor. ENB added that: “Based on their actions, we know that these were lies.
Le Ministère public questionne ENB :
Interrogé sur le déroulement des marches forcées, ENB a affirmé que les personnes étaient réquisitionnées de force, battues, et ne recevaient pas un centime. Selon lui, beaucoup de personnes sont mortes en chemin. Invité à se déterminer sur ses déclarations selon lesquelles certaines personnes sont mortes sur le trajet en raison de charges lourdes qu’elles portaient, ENB a les confirmées. Il a par ailleurs confirmé que certains avaient été exécutés. Il a précisé que les marches de Foya à Solomba pouvaient durer toute une journée en raison du poids des charges, alors qu’il suffisait de 5h en temps normal. Interrogé sur le comportement des commandants qui encadraient ces marches, il a indiqué qu’ils avaient du plaisir à frapper les civils.
Asked to describe how civilians were requisitioned for these marches or other tasks, ENB recalled that there was a curfew. During the day, the soldiers would knock on the civilians’ doors and take them out. In the morning, soldiers would sometimes send child soldiers to surprise civilians when they left their homes. Sometimes the soldiers would also ask the traditional leader to provide men. In order to gather people without arousing suspicion, the traditional leader would shout “general cleaning” and only when the civilians started to work would the soldiers come and get them.
Sur question, ENB a confirmé avoir assisté à l’échange entre DN et les blancs, mais non à l’arrestation de DN.
Interrogé sur les mesures mises en place par l’ULIMO, ENB a confirmé l’existence d’un couvre-feu et de laissez-passer délivrés par le bureau S2. Il a expliqué que les civils qui étaient à Foya possédaient des fermes dans la brousse et ont demandé la permission à Deku de pouvoir s’y rendre pour aller chercher de la nourriture. Deku a donné son accord à condition que les civils soient munis d’un laissez-passer.
When asked to comment on TSKF’s statement that some of the victims of forced marches did not speak out for fear of reprisals, ENB confirmed this and said that many were afraid to speak out.
La défense questionne ENB :
The defense attorney pressed ENB on why he implicated Kunti Kamara in the death of DN and the forced marches, when every time he was asked, he replied that he did not know him. The witness countered that many people have heard of Kundi without ever having met him. He added that the abuses committed under Kundi’s orders were his responsibility, saying, “I did not see him, but I saw people killing in his name. He said that the soldiers said they came on the orders of Kundi and Deku.
L’avocat de la défense a ensuite questionné ENB sur son âge. Ce dernier a indiqué qu’il était âgé de 42 ou 43 ans et l’avocat de la défense s’est offusqué en disant que le témoin avait déclaré devant la police libérienne qu’il était né en 1972 et devait par conséquent être âgé d’une cinquantaine d’années. L’avocat de la défense a déclaré qu’il ignorait si le témoin était bien la personne auditionnée au Libéria compte tenu de ces inexactitudes et que cela était inadmissible. Le Président est intervenu pour rappeler qu’il pouvait y avoir des inexactitudes sur les dates de naissance qu’il fallait parfois rectifier en audience, dans la mesure où il n’y avait pas de registres d’état civil à l’époque. Le témoin a été invité à confirmer les informations figurant sur la fiche des témoins et à présenter sa carte professionnelle, indiquant qu’il est né en 1974.
Projection d’un film de 2008 concernant les auditions devant la Commission Vérité et Réconciliation
The film was added to the proceedings at the request of the civil parties’ lawyer. It shows various hearings of witnesses by the TRC, particularly in relation to forced marches and abuses committed during the civil wars. When asked about ULIMO commanders, a witness of Kissi origin mentioned the names Ugly Boy and C.O. Kundi.
A l’issue du visionnage, le Président a demandé confirmation qu’il avait bien entendu le nom C.O. Kundi cité par un témoin. L’avocate des parties civiles a précisé que le témoin a effectivement mentionné le nom de divers commandants, dont C.O. Kundi.
Interrogatoire au fond de Kunti Kamara sur ces faits
La Cour interroge Kunti Karama :
Interrogé sur les différentes personnes ayant évoqué les marches forcées, outre JTC, Kunti Kamara a déclaré qu’il ne les connaissait pas, quand bien même celles-ci ont affirmé le connaître personnellement et indiqué qu’il avait un poste de commandement à Foya. Questionné sur le témoin Kissi qui a mentionné les noms de Ugly Boy et C.O. Kundi dans la vidéo sur la CVR, Kunti Kamara a déclaré qu’il n’avait pas connaissance de l’existence de cette vidéo.
Interrogé sur les marches forcées, il a répondu qu’il n’en avait pas connaissance non plus et qu’il avait passé 4 mois à Mendekoma, à la frontière avec le Sierra Leone. Il a précisé qu’il avait trop de travail et n’avait pas le temps de voir cela.
Questionné sur le pillage de la centrale électrique de Foya, l’accusé a indiqué qu’il ne pouvait rien dire sur Foya et ignorait s’il y avait une centrale, puisqu’il y avait été basé une ou deux semaines tout au plus.
When asked about the forced march mentioned by witness JTC, which was allegedly ordered by Kundi, he said he was shocked and confused that someone would accuse him without knowing him. Asked about Deku’s presence at the march, Kunti Kamara said Deku came to him at the front.
Interrogé sur les échanges commerciaux entre la Guinée et le Libéria, notamment dans le Lofa, l’accusé a indiqué qu’il y avait un marché à Voinjama et que Guinéens et Libériens s’y échangeaient des marchandises dans les années 1995-1996. Le Président l’a alors confronté à ses déclarations devant le juge d’instruction, selon lesquelles après la prise de Voinjama, la frontière avec la Guinée a été ouverte et tous les Libériens sont revenus à Foya. Il a déclaré au surplus devant le juge d’instruction qu’il y avait également des Guinéens à Foya qui achetaient du cacao et du café pour l’envoyer en Guinée. Le Président a relevé que les témoins entendus jusqu’à présent ont déclaré que lorsque la région de Foya était sous le contrôle de l’ULIMO, personne ne pouvait se déplacer sans laissez-passer et aucun habitant n’était autorisé à traverser la frontière avec la Guinée. Le Président a donc demandé à l’accusé comment il était possible de faire du commerce avec les Guinéens. Kunti Kamara a indiqué qu’il était confus et qu’il essayait simplement d’expliquer qu’en 1995-1996, la situation était normale. Sur question du Président, l’accusé a confirmé qu’il ne pouvait pas se prononcer sur les échanges commerciaux ayant eu lieu en 1993 avec la Guinée, car il avait quitté Foya à cette époque. Interrogé à nouveau sur les marches forcées, il a déclaré qu’il n’avait pas le temps pour les civils, car il était au front. A la question de savoir s’il en avait entendu parler, il a répondu qu’il s’agissait de rumeurs et que si lui-même avait vu quelqu'un forcer des civils, il le dirait.
Le Président a ensuite interrogé Kunti Kamara sur les excuses présentées par le général Kromah à la population de Foya. L’accusé a répondu que le général Kromah était venu à Foya après le désarmement, au moment de la préparation des élections.
Interrogé sur l’absence de rémunération des soldats de l’ULIMO et sur leurs moyens de subsistance, Kunti Kamara a déclaré que les soldats étaient des résistants et recevaient des armes et de la nourriture en provenance de Guinée. Il a précisé qu’il n’était pas concerné par les fournisseurs de nourriture. A la question de savoir si les populations locales, notamment les Kissis, acceptaient volontiers de donner de la nourriture aux soldats, l’accusé a répondu qu’il n’était pas concerné et ne pouvait rien dire à ce propos.
The president asked Kunti Kamara if he had always remained at the front between 1989 and 1997. The accused replied that when he was in Gbarnga, he went back and forth between Voinjama and the bridge over the St. Paul River that separated ULIMO from Taylor’s forces.
Interrogé sur les raisons pour lesquelles Alieu Kosiah l’a cité comme témoin dans le cadre de son procès en Suisse, Kunti Kamara a répondu qu’il l’ignorait.
La partie civile interroge Kunti Kamara :
The civil party’s lawyer re-interrogated Kunti Kamara about his stay in Foya. The accused indicated that he remembered spending four months in Foya, before going to Voinjama. He also indicated that Kosiah had spent two weeks in Foya.
Confronté à ses déclarations devant le juge d’instruction selon lesquelles il connaissait Solomba, Kaké et la rivière qu’il fallait traverser avec des canoës, Kunti Kamara a confirmé qu’il y avait une rivière à Solomba. En revanche, il a déclaré qu’il ne se souvenait avoir parlé ni de canoës ni d’un dénommé Kaké. Il a ajouté qu’en 1996, il était allé à la frontière chercher de l’essence. L’avocate des parties civiles s’est déclarée surprise qu’il ait une connaissance si précise des lieux en s’y étant rendu à une seule reprise.
When asked to date the disarmament, the accused stated that the disarmament took place between 1996 and 1997 and preceded the establishment of a transitional government in which all factions participated. He said that the elections took place at a later stage. The lawyer for the civil parties questioned Kunti Kamara about the connection between Kromah’s visit to Foya to apologize to the population and the election campaign period. The accused replied that he had heard that Kromah had come to Foya while he was campaigning.
Interrogé sur le complot fomenté contre lui, Kunti Kamara a confirmé l’existence d’un grand réseau ligué contre lui sous la houlette de HB, un mandingue, FW, un Kissi, et l’ONG GJRP. L’avocate des parties civile a rappelé que l’ONG avait été créée en 2012 et a demandé à Kunti Kamara comment il expliquait le fait qu’un témoin le mentionne devant la CVR dans une vidéo datant de 2008 et alors même que son nom ne figurait pas sur la liste répertoriant les auteurs des crimes. L’accusé a réitéré qu’il s’agissait de complots secrets. Il a expliqué qu’il y avait beaucoup de rumeurs et que l’intérêt des personnes venues témoigner contre lui était d’obtenir l’asile en Europe et de faire venir leurs familles.
Le Ministère public interroge Kunti Kamara :
Sur question, Kunti Kamara a confirmé qu’il avait séjourné quatre mois à Foya. Les avocates générales ont alors rappelé que la prise de Foya était datée de juillet 1993 et considéré que l’accusé y était donc demeuré jusqu’en novembre 1993, soit la période durant laquelle les exactions relatées notamment par JTC, telles les marches forcées, ont été commises. Kunti Kamara a rétorqué qu’il avait passé tout son temps sur le front à Mendekoma en raison des combats. Il a répété qu’il n’était pas basé à Foya.
Interrogé sur les déclarations de plusieurs témoins, selon lesquelles il avait des enfants soldats sous ses ordres, l’accusé a nié avoir eu des enfants soldats comme gardes du corps à Foya. Il a déclaré qu’il n’avait jamais entendu le nom de Saddam Hussein. Concernant l’enrôlement d’enfants soldats par d’autres membres de l’ULIMO, l’accusé s’est souvenu de deux jeunes soldats âgés de 16-17 ans capturés par Pepper & Salt. Ces jeunes portaient des uniformes, mais il ne les avait jamais vus sur le front.
The defendant was then asked about the slogans “Any bush shake” and “Till go”. He indicated that he was not aware of the slogans, but that according to him, the first expression was used at the front to encourage soldiers to react when there was movement in the bush. As for “Till Go,” he said it was a military expression that told soldiers not to retreat, but to continue until they reached the objective, like the expression “No retreat.
Les avocates générales ont lu les déclarations de Kwamex Fofana, un haut gradé de l’ULIMO, sur les marches et travaux forcés. Ce dernier a déclaré que les civils avaient été forcés à transporter des marchandises pillées vers la Guinée, telles que du café, de l’huile de palme, des moteurs, dans le cadre d’échanges commerciaux entre le Lofa et la Guinée. Kunti Kamara a rétorqué ne rien savoir à ce propos.
Asked whether he knew the expressions “help yourself” and “pay yourself,” the accused said he had entered the war voluntarily in order to resist Charles Taylor, not to be paid.
Questionné sur ses déplacements dans le Lofa, il a précisé qu’il utilisait une voiture qui avait été confisquée au NPFL et que Deku lui fournissait l’essence. Les avocates générales l’ont alors confronté à ses déclarations devant le juge d’instruction selon lesquelles c’était une période de guerre et qu’il n’y avait pas d’essence. Kunti Kamara a déclaré que le juge lui a demandé comment il se déplaçait et il a répondu qu’il allait au marché à Kolahun à proximité d’où sa femme habitait. Sous contrôle des parties, les avocates générales ont indiqué que ce n’était pas ce que l’accusé avait déclaré.
La défense interroge Kunti Karama :
Se référant à la carte du Libéria, l’avocat de la défense a relevé que Mendekoma et Foya se trouvaient dans le district de Foya et demandé à Kunti Kamara s’il faisait référence au district de Foya lorsqu’il a déclaré avoir passé quatre à Foya. L’accusé a confirmé qu’il avait passé quatre mois non pas dans la ville de Foya, mais dans le district de Foya.

