Journée internationale des femmes 2025 : Civitas Maxima rend hommage aux femmes défenseures des droits humains
Selon le Forum économique mondial, au rythme actuel des progrès, l'égalité des sexes ne sera atteinte que dans plus d'un siècle. Des données récentes montrent que, sans action supplémentaire, il faudra attendre 2158, soit environ cinq générations, pour atteindre la parité totale. Le monde du droit ne fait pas exception à cet égard. S’il s’est largement féminisé ces dernières années, il n'est pas à l'abri des inégalités entre les sexes.
Célébrée par des millions de personnes le 8 mars, la Journée internationale des femmes met à l’honneur les réalisations sociales, économiques, culturelles et politiques des femmes. Cette journée est également l'occasion d’appeler à l'action pour accélérer l'égalité des sexes.
En tant qu’organisation composée à 90% de femmes, qui représentent également les trois quarts de son équipe dirigeante, Civitas Maxima souhaite rendre hommage aux femmes qui consacrent leur carrière à la justice internationale et aux droits de l’homme. Parmi celles-ci, les nombreuses stagiaires que nous avons accueillies, pour lesquelles l’expérience à Civitas Maxima a constitué une étape importante de leur parcours et qui ont conservé le souvenir d’une expérience stimulante et d’un milieu de travail solidaire.
Les femmes à l’avant-garde de la défense des droits humains
Aider les gens, faire en sorte que le droit soit accessible au plus grand nombre, que sa mise en œuvre ait des impacts concrets : c’est ce qui a suscité la vocation de ces jeunes juristes et motivé leur souhait d’entreprendre des études puis de travailler dans le domaine du droit international des droits humains.
Elles ne sont pas une exception. Aussi bien au niveau des formations suivies que plus tard en termes de carrière professionnelle, les femmes sont majoritaires dans cette branche du droit. Empathie, vision et compréhension plus globales des situations internationales, spectre d’analyse plus large font partie des hypothèses qui peuvent être avancées pour expliquer cette statistique.
Selon Zoe Anastassiades, avocate australienne et diplômée en droit de l’Académie de droit international humanitaire et de droits de l’homme de Genève, un autre facteur tient à la dimension transformative de ce domaine du droit : « Les femmes sont plus conscientes des obstacles systémiques et structurels, car elles les rencontrent elles-mêmes et en comprennent les implications. Elles sont donc plus susceptibles de travailler, et avec beaucoup de passion, à la déconstruction de ces obstacles que les personnes qui n’ont pas vécu la même expérience. »
Après un stage de plusieurs mois chez Civitas, Zoe est restée dans le secteur associatif. Elle travaille aujourd'hui comme avocate au sein de l'ONG Refugee Advice & Casework Service, à Sydney (Australie), spécialisée dans le droit et la protection juridique des réfugié.es.
Utiliser le droit pour combattre l’injustice et être parfois proactif vis-à-vis du système judiciaire sont des éléments de son travail actuel dans lesquels elle voit des similitudes et une continuité avec son expérience de stagiaire chez Civitas, qui l’avait attirée par son modèle de travail original et pragmatique. Ce modèle est fondé sur la recherche systématique de toutes les voies juridiques possibles afin d’obtenir justice pour les victimes de crimes internationaux.

Atelier organisé par des membres de Civitas Maxima pour des étudiants de l'école internationale de Genève en 2020.
Une mission et des valeurs inspirantes
« Plutôt que de refléter la société, le droit essaie souvent de rattraper les besoins de la société. J’ai apprécié le fait que Civitas ait des liens avec des organisations locales, car c’est ainsi que nous voyons le droit évoluer en fonction des besoins de la société », explique Zoe. Intéressée par le concept de « movement lawyering », qui utilise le droit pour favoriser le changement social et la justice sociale, Zoe se souvient aussi de Civitas Maxima comme d’une organisation proche du terrain et connectée à la société civile des pays dans lesquels elle soutient la quête de justice des victimes.
Aux côtés de cette approche du droit et de ce lien fort avec les organisations de terrain, la possibilité de travailler sur des affaires concrètes a également constitué un critère important pour ces jeunes juristes. Leah Olasehinde, elle aussi diplômée de l’Académie de Genève, a commencé comme stagiaire avant de devenir legal fellow, puis conseillère juridique.
« J’ai choisi Civitas Maxima pour mon stage car je cherchais une mission stimulante, une expérience pratique avec des tâches concrètes. Travailler à Civitas m’a donné l’opportunité d’apprendre et de grandir, de faire beaucoup de choses différentes et de beaucoup voyager. Il m’a parfois fallu du temps pour tout assimiler ! »
La diversité des tâches et des responsabilités (analyse de témoignages, collecte d’informations, veille) est également ce qui a motivé Beatrice Meretti, titulaire d’un master en justice transitionnelle, droits humains et État de droit de l’Académie de Genève. Son stage lui a permis d’acquérir des compétences qu’elle a pu valoriser par la suite, notamment auprès de la Cour pénale internationale où elle effectue actuellement un stage au sein de la section des victimes et des témoins.
Mais au-delà ce sont surtout la mission et les valeurs de l’organisation qui ont fortement attiré la jeune femme et l’ont conduite à candidater pour un stage, notamment l’accent mis sur la dimension universelle de la justice et la signification « très inspirante » du nom de Civitas Maxima, « citoyen.nes du monde ».
« Dès le premier jour, j'ai ressenti une grande fierté à l’idée de faire partie d'une organisation si engagée à donner la parole aux jeunes femmes. Chez Civitas, je me suis toujours sentie reconnue ; cela reflétait mes propres valeurs et plaçait la barre très haut pour mes expériences futures. »
Beatrice Meretti, ancienne stagiaire à Civitas Maxima
L’inégalité des sexes persiste dans la profession juridique
La promotion de ces valeurs est d’autant plus importante pour ces jeunes femmes que les inégalités entre les sexes persistent dans la profession juridique, même si les femmes y sont majoritaires. Elles continuent de faire face à des disparités en termes d’accès aux postes de direction et d’échelles salariales, et nombre d’entre elles se heurtent à des obstacles liés aux préjugés sexistes et à la conciliation entre vie professionnelle et vie privée.
Selon la Law Society, depuis 1990, les femmes représentent plus de 60 % des nouveaux entrants dans la profession au Royaume-Uni, et il y a désormais plus de femmes que d’hommes qui exercent en tant qu’avocats, mais la profession continue d’être principalement dirigée par des hommes. Une étude de l'International Bar Association menée dans 12 pays a révélé que bien que la parité entre les sexes se soit améliorée à un niveau global entre 2021 et 2024, seuls 38 % de tous les juristes seniors dans les juridictions couvertes sont des femmes. Alors que 50,3 % des collaborateurs des cabinets d’avocats américains étaient des femmes en 2023 – pour la première fois plus nombreuses que les hommes –, elles ne représentaient que 27,76 % des associés.
Comme le souligne Leah, « le plafond de verre reste un défi important dans le secteur. Même si les femmes y sont plus nombreuses que les hommes, il y a toujours un homme au sommet de la chaîne. Et le fait qu’il y ait plus de femmes ne signifie pas qu’elles sont mieux traitées que les hommes à poste égal. Les femmes devront toujours faire un choix entre leur carrière et leur vie de famille, et accepter d’être sous-payées, notamment dans le domaine des droits de l’homme, alors que les hommes ne le feraient pas. »
#AccelerateAction : un appel mondial à prendre des mesures rapides et décisives pour parvenir à l'égalité des sexes
Si des obstacles importants à l’égalité des sexes subsistent, des progrès peuvent être réalisés pour les femmes du monde entier, avec les mesures et soutiens appropriés. Cette année, le thème de la Journée internationale des femmes est « Accélérer l’action », ce qui souligne l’importance des progrès à accomplir pour parvenir à l’égalité des sexes. Il rappelle l’urgence de s’attaquer aux obstacles systémiques auxquels les femmes sont confrontées, tant dans les sphères personnelles que professionnelles.
Cela passe notamment par la lutte contre les préjugés et les stéréotypes sexistes sur le lieu de travail et par la reconnaissance des bénéfices de la mixité au travail. Pour India Tamari, étudiante à l’université Tufts de Boston (États-Unis), « il est temps de casser les codes, de montrer que même dans les secteurs professionnels les plus dominés par les hommes, les femmes ont leur place et peuvent réellement initier le changement ».
« Il faut lutter contre les ‘étiquettes’ accolées aux métiers et les stéréotypes de genre, estime Romane Caparros, actuellement en première année de master Droit international et européen à l’université Aix-Marseille (France). Les femmes sont plus nombreuses dans la défense des droits humains parce qu’elles seraient plus empathiques et portées à aider les autres, ce qui peut en retour faire hésiter les hommes à s’engager dans cette voie. Au-delà de la parité, travaillons sur la complémentarité des compétences, cela ne rendra la défense des droits de l’homme que plus efficace. »
