La quête de justice au Liberia : 10 questions sur l’affaire Laye Sekou Camara
Laye Sekou Camara, alleged former high-ranking member of Liberians United for Reconciliation and Democracy (LURD), was due to stand trial on 21 January 2025 for immigration fraud in Philadelphia. On 16 January he pleaded guilty to all counts in the indictment and he is due to be sentenced on 19 May.
Bien que Sekou Camara ne soit pas poursuivi pour les crimes qu’il a commis au Liberia, il faut espérer que la procédure en cours apportera une certaine justice pour les victimes et incitera le gouvernement libérien à consacrer suffisamment de ressources au nouveau Tribunal spécial pour les crimes de guerre, dont la tâche est de veiller à ce que les atrocités commises pendant les guerres civiles fassent l’objet d’une enquête et de tenir les auteurs responsables de leurs crimes. de veiller à ce que les atrocités commises pendant les guerres civiles fassent l’objet d’une enquête et de tenir les auteurs responsables de leurs crimes.
Qui est Laye Sekou Camara ?
Laye Sekou Camara, également connu sous ses noms de guerre « Général K-1 » et « Général Dragon Master », aurait participé à la deuxième guerre civile du Liberia, qui a duré de 1999 à 2003, en tant que membre de haut rang des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), un groupe rebelle qui a commis des crimes de guerre et des atrocités, entraînant la mort et le déplacement de milliers de Libériens.
De quoi était-il accusé ?
Sekou Camara a été arrêté à New York, aux États-Unis, le 26 mars 2022, à la suite d'une plainte pénale déposée auprès du tribunal de première instance du district Est de Pennsylvanie. Il était soupçonné d'avoir menti aux autorités américaines de l'immigration sur son rôle au sein de la faction rebelle du LURD pendant la guerre civile afin d'entrer dans le pays, d'obtenir une carte de résident permanent, green card ou « carte verte » et de l'utiliser ensuite pour obtenir d'autres documents.
Quels crimes Sekou Camara est-il accusé d'avoir commis pendant les guerres civiles au Liberia ?
Camara est accusé de nombreuses atrocités commises pendant la deuxième guerre civile du Liberia (1999-2003), notamment d'avoir commis de nombreuses exécutions extrajudiciaires de civils et d'avoir recruté et utilisé des enfants soldats.
Qu'est-ce que le LURD ?
La deuxième guerre civile libérienne, qui a eu lieu de 1999 à 2003, a opposé principalement les forces gouvernementales de Charles Taylor à deux groupes rebelles, les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) et le Mouvement pour la démocratie au Libéria (MODEL). Ces deux groupes sont connus pour avoir commis des crimes de guerre et des atrocités – notamment des pillages, des viols, des travaux forcés, des meurtres de civils et le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats – qui ont entraîné la mort et le déplacement de milliers de Libériens.
Le LURD a été créé en 1999 par un groupe de dissidents à prédominance mandingue dans les camps de réfugiés de Guinée. Leur objectif déclaré était de renverser Charles Taylor du pouvoir et ils ont été reconnus comme l’un plus importants groupes armés responsables de violations pendant la deuxième guerre civile libérienne par la Commission vérité et réconciliation libérienne.
Pourquoi Sekou Camara était-il seulement accusé de fraude à l'immigration et non des crimes qu'il a commis pendant la guerre civile ?
Bien que la torture, les crimes de guerre et le recrutement ou l’utilisation d’enfants soldats soient des infractions pénales aux États-Unis, ces crimes sont rarement poursuivis en justice, en raison de certaines exigences de la loi qui rendent difficile la poursuite de ces crimes. Les États-Unis n’ont jamais poursuivi personne pour crimes de guerre ou recrutement ou utilisation d’enfants soldats, et il n’y a eu que deux poursuites (et condamnations) d’individus pour torture, avec deux autres affaires en cours. Les autorités doivent donc faire preuve de créativité et trouver d’autres moyens pour demander des comptes aux individus, par exemple par le biais de procédures d’immigration.
Comment l'enquête a-t-elle été menée ?
L'enquête a été menée par Homeland Security Investigations (HSI), une agence fédérale du Département de la sécurité intérieure (DHS). HSI est notamment habilitée à enquêter sur les violations des droits de l'homme commises par des individus qui faussent sciemment des informations afin de voyager ou de séjourner aux États-Unis. Ses agents mènent des enquêtes aux États-Unis et à l'étranger pour identifier les auteurs de ces violations en vue de les poursuivre et permettre aux victimes de venir témoigner aux États-Unis.
Que s’est-il passé le 16 janvier et quelles sont les suites possibles ?
Shortly before jury selection, which had been scheduled for Thursday 16 January, Sekou Camara plead guilty to all four counts of immigration fraud contained in the indictment. He admitted that he lied to U.S. immigration authorities about his role in the LURD rebel faction during the civil war to enter the country, and later to obtain a permanent residency card, or ‘green card.’
Camara doit être condamné le 19 mai 2025 et reste en liberté sous caution jusqu’à cette date. Il risque une peine maximale de 40 ans de prison et une amende de 250 000 dollars.
Le procès n'aura donc pas lieu, mais le juge a prévu une audience de deux jours, les 23 et 24 janvier 2025, pour permettre aux témoins libériens de consigner leurs témoignages. Leurs déclarations, ainsi que celles des procureurs et des avocats de la défense, seront prises en compte par le juge pour déterminer la peine de Camara en mai.
Que signifie cette affaire pour les victimes de la guerre civile au Liberia et pour les communautés libériennes ?
Même si Sekou Camara n'a pas reconnu sa culpabilité pour les crimes qu'il a commis au Liberia, il a cependant admis qu'il avait été membre du LURD. La Commission Vérité et Réconciliation a enregistré 18 797 violations commises par ce groupe connu pour avoir contribué de manière significative à la brutalité de la deuxième guerre civile. La condamnation de Camara est une victoire pour les témoins libériens qui ont joué un rôle clé dans l’obtention de cette condamnation. Même si le procès n'aura pas lieu, ces témoins auront la possibilité de s’exprimer, lors d'une audience présentencielle, sur certains des crimes qui auraient été commis par Camara et de consigner leurs témoignages.
Quels autres efforts ont été faits pour garantir la justice pour les crimes commis pendant les guerres civiles au Liberia ?
Le 2 mai 2024, le président du Liberia, Joseph Nyuma Boakai a signé le décret exécutif n°131 portant création d’un bureau chargé spécifiquement de mettre en place un Tribunal spécial pour les crimes de guerre et un Tribunal national de lutte contre la corruption. Bien que cela constitue une étape positive dans la lutte contre l’impunité des crimes commis pendant les deux guerres civiles libériennes, les Libériens continuent de ne pas pouvoir obtenir justice chez eux et depuis de nombreuses années, ils doivent la rechercher à l’extérieur de leurs frontières. Par exemple :
- 2017: première condamnation pénale d’un ressortissant libérien pour des faits liés à la guerre civile (affaire Mohammed Jabbateh, États-Unis);
- 2018: deuxième condamnation pénale d’un ressortissant libérien pour des faits liés à la guerre civile (affaire Thomas Woewiyu, États-Unis) ;
- 2021: première condamnation pénale d’un ressortissant libérien pour crimes de guerre (affaire Alieu Kosiah, Suisse) ;
- 2022: première condamnation pénale d’un ressortissant libérien pour crimes contre l’humanité (affaire Kunti Camara, France) ;.
- 2024: acquittement de Gibril Massaquoi pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité, torture et meurtre (affaire Gibril Massaquoi, Finlande).
Il faut espérer que des affaires comme celles de Sekou Camara inciteront le gouvernement libérien à consacrer suffisamment de ressources et d’expertise à la création d’un tribunal au Liberia qui permettrait aux victimes libériennes de voir aboutir leur quête de justice dans leur propre pays, où elles ont subi tant de souffrances aux mains des forces armées et des groupes rebelles.
