Week in Review – Week 4

Présentation des audiences et des témoins de la quatrième semaine

La quatrième semaine du procès de Gibril Massaquoi s'est terminée le 5 mars 2021, après trois jours d'audience à Monrovia, au Libéria. Les audiences étaient dédiées aux témoignages de huit témoins, qui ont raconté leur expérience lors d'une attaque au marché Waterside de Monrovia, au Libéria. Comme pour les témoins précédents, l'identité de tous les témoins a été dissimulée.

Les témoins ont été entendus dans l'ordre suivant et peuvent être décrits comme suit :

Dixième jour de l’observation du procès (2 mars 2021)

  • Septième témoin : femme, âge inconnu ; est allée avec un(e) ami(e) acheter de la nourriture à la biscuiterie ; a été capturée et a vu des personnes se faire tuer.
  • Huitième témoin : homme, 18 ans au moment des faits; s'est rendu à Waterside pour acheter des articles à revendre ; a été capturé et a vu des personnes se faire tuer.
  • Neuvième témoin : a été entendu à huis clos, aucune information n'est donc disponible pour ce témoignage.

Onzième jour de l’observation du procès (4 mars 2021)

  • Dixième témoin : homme ; ~14/15 ans au moment des faits; est allé à Waterside pour faire des courses ; a été capturé et a vu des victimes se faire tuer.
  • Onzième témoin : femme ; âge inconnu ; s’est rendue à Waterside pour faire des courses ; a été capturée et a observer des personnes se faire tuer sur le pont.

Douzième jour de l’observation du procès (5 mars 2021)

  • Douzième témoin : homme, âge inconnu, fabricant de savon qui s'est rendu à Waterside pour acheter du matériel necesaire à la fabrication du savon ; a vu sa femme et son beau-père emmenés par des soldats.
  • Treizième témoin : femme ; ~19-21 ans au moment des faits; vendait des marchandises à Waterside ; nièce de la victime qui a été tuée lors de l'incident de Waterside.
  • Quatorzième témoin : homme ; âge inconnu ; revendeur de friperies qui s'était rendu à Waterside pour rechercher des marchandises ; ami de [FNM-014], qui a été tuée lors de l'incident de Waterside.

Points communs entre les témoignages

Les points communs suivants sont ressortis de l'incident de Waterside et des interactions de ces témoins avec la police finlandaise :

L'incident de Waterside

  • Bien qu’il était difficile de trouver de la nourriture à Monrovia à l'époque, Waterside était un bon endroit pour essayer. La population se rendait également à Waterside pour acheter des marchandises à revendre. Certains témoins ont précisé que le jour de l'incident, « l'endroit était calme et désert ».
  • Les boutiques de Waterside étaient Waterside, mais des soldats et des civils ont pillé un magasin de biscuits après que les soldats soient entrés par effraction . Au départ, les soldats et les civils pillaient le magasin ensemble. Cependant, lorsque le « chef » est arrivé - parfois mentionné comme « notre chef » ou « l’Ange Gabriel »- les soldats se sont retournés contre les civils et auraient déclaré : « Si nous ne tirons pas sur eux [les civils], ils sauront que nous avons ouvert le magasin, alors tirons sur eux. » Un témoin a expliqué que les soldats ont dit qu'ils allaient tuer tous les civils pour avoir pillé le magasin et tiré en l'air.
  • Les combattants armés à Waterside étaient « mixtes », certains parlant l'anglais libérien et d'autres ayant un accent sierra-léonais. Certains d’entre eux portaient des uniformes de l'armée libérienne. Il y avait également de nombreux combattants qui étaient encore des « jeunes garçons ». 
  • Les soldats ont tiré sur certaines personnes et en ont battu d'autres. Ils ont également transporté certaines personnes à un poste de contrôle près du Vieux Pont (Old Bridge). Les soldats et « l’Ange Gabriel » ont traités les civils d'espions, d'ennemis, de pillards et de rebelles.
  • Il y avait des corps gisant sur le sol alors que d'autres civils étaient amenés au poste de contrôle. Les soldats ont dit à Ange Gabriel que les civils s'étaient introduits dans le magasin et qu'ils allaient se débarrasser d’eux. Le dixième témoin a vu un civil contraint de poser sa tête sur une pierre, et à ce moment-là, Ange Gabriel a déclaré : « Vous voyez tous ? Je suis sur le point de faire la même chose que j'ai fait à ces autres corps ». Il a ensuite enfoncé son couteau dans le cou de l'homme. Le dixième témoin a fermé les yeux, mais lorsqu'il les a rouverts, le cou de l'homme avait été coupé et Ange Gabriel essuyait le couteau sur ses vêtements.
  • Ange Gabriel a été décrit comme tuant des personnes sous le pont, notamment par un témoin qui a affirmé qu'il avait tué deux hommes et une femme. Un autre témoin a déclaré avoir vu Ange Gabriel séparer deux hommes du groupe ; pour montrer ce qu'il ferait aux autres ; et tiré sur ces deux hommes. Certains témoins ont raconté qu'ils étaient trop effrayés pour le regarder dans les yeux, par peur qu’ il pouvait ordonne à ses hommes de violer ou tuer des civils.
  • Le douzième témoin tentait de s'échapper du Vieux Pont (Old Bridge) lorsque les hommes d' « Ange Gabriel Massaquoi » l'ont accusé d'être un espion et l'ont poignardé à l'œil gauche, l’aveuglant de cet œil.
  • Les soldats ont également ligoté certains civils, en attachant leurs coudes ensemble derrière le dos, et les ont forcés à regarder directement le soleil.
  • Le treizième témoin, qui a déclaré qu’« Ange Gabriel » avait tiré sur sa tante et l'avait tuée au cours de l'incident, a également décrit « Ange Gabriel » tirant sur une jeune fille, bien que la Défense ait affirmé que le témoin avait précédemment décrit Ange Gabriel tranchant la gorge de de la jeune fille.
  • Certaines femmes ont été emmenées dans la brousse et laissées dans une échoppe voisine. D'autres ont été décrites comme étant emmenées dans un petit immeuble, où les soldats les violaient. 
  • Certaines femmes ont été ligotées et appelées les « femmes de l’Ange ». « Homme Ange » (Angel Man), ou, comme il s’auto désignait, « Ange Gabriel », a commencé à choisir des filles dans le groupe, en disant : « Ce sont mes femmes pour aujourd'hui. Tuez les autres, et laissez-les aller dire à Dieu que je les ai envoyées en premier. Moi, l'Ange Gabriel, je vous ai envoyé". « Ce sont mes femmes pour aujourd'hui. Tuez les autres, et laisse-les aller dire à Dieu que c'est moi qui les ai envoyés en premier. Moi, Ange Gabriel, je vous les ai envoyé. » Les femmes qui n'ont pas été choisies pour être « les femmes d'[Ange Gabriel] » ont ensuite été tuées par les soldats.
  • Quelques heures plus tard, des soldats libériens fidèles à Charles Taylor sont arrivés pour désamorcer la situation. Un témoin a décrit l'arrivée d'un général libérien qui a demandé à Ange Gabriel qui étaient les prisonniers et pourquoi ils étaient battus et tués. Un autre témoin a décrit un homme, qui semblait être un supérieur d'Ange Gabriel, voyant un vieil homme saigner ; s'est mis en colère, ce qui poussa Ange Gabriel à s'excuser. 
  • Tout au long de l'incident, des témoins ont expliqué que certains soldats libériens avaient expliqué aux autres soldats que les civils n'étaient pas des espions, aidant certains d'entre eux à s'échapper ou les mettant en sécurité.

Remarques permettant l'identification

  • Les témoins ont continué à décrire des déclarations similaires faites par « Ange Gabriel » concernant son role. Par exemple :
    • « Tuez les autres, et laisse-les aller dire à Dieu que c'est moi qui les lui envoie. Moi, Ange Gabriel, je vous ai envoyé. »
    • « Allez dire à Dieu que c'est moi, Ange Gabriel, qui les ai envoyés. »
    • « Moi, Ange Gabriel, je peux envoyer des gens à Dieu. »
    • « Je suis l'Ange Gabriel, vous passez par moi avant de rejoindre le Ciel. »
    • « Moi, l'Ange Gabriel, je vais te tuer et tu devrais dire à Dieu que je t'ai envoyé. »
  • De même, un témoin avait demandé à un soldat ce que « aller vers Dieu » signifiait, ce à quoi le soldat avait répondu : « Notre chef dit qu'il est l'ange qui peut envoyer les gens au ciel. C'est pourquoi, lorsqu’il dit ‘allez porter ce message à Dieu', cela signifie qu'il va vous tuer. »
  • Les témoins ont continué à décrire la façon dont « Ange Gabriel » s'exprimait, certains le décrivant comme ne s'exprimant « pas à la manière libérienne », mais plutôt « à la manière sierra-léonaise ». Un autre témoin a décrit « Ange Gabriel » comme s'adressant à un autre homme en krio (langue couramment parlée en Sierra Leone) plutôt qu'en anglais libérien, tandis qu'un autre a déclaré qu'Angel Gabriel parlait le temne (une langue sierra-léonaise).

Groupes armés présents dans la région pendant cette période du conflit

  • Le dixième témoin a déclaré que « les soldats du Président » étaient impliqués, mais qu'il ne savait pas ce qu'était le RUF (Revolutionary United Front de la Sierra Leone - Front révolutionnaire uni de Sierra Leone) à l'époque.
  • Le douzième témoin a déclaré que le RUF et le NPFL (Front national patriotique du Libéria - National Patriotic Front of Liberia) étaient tous deux présents sur le Vieux Pont (Old Bridge). Il a pu confirmer que le NPFL était présent car il a reconnu deux membres des forces spéciales du NPFL qui lui avaient acheté du savon auparavant.
  • Le treizième témoin a déclaré que certains soldats ont été identifiés comme étant des membres de l’« ATU » (l' « Unité antiterroriste » de Charles Taylor).

Références aux enfants soldats

  • Le douzième témoin a déclaré qu'au Vieux Pont, les soldats de l'Ange Gabriel comprenaient des « petits garçons », compris comme signifiant des enfants.
  • Le treizième témoin a décrit des « petits enfants » parmi le groupe mixte de soldats libériens et sierra-léonais.

Recrutement des témoins et interactions préalables avec la police finlandaise

  • Comme au cours du témoignage de la semaine dernière, [l'employé 1] a été décrit comme le point de contact de chaque témoin. Par exemple, une connaissance du huitième témoin de Waterside, [FNM-054], lui avait recommandé de contacter [l'employé 1]. Le onzième témoin a été mis en contact avec [l'l’employé 1] par l'intermédiaire de [FNM-058], sa « play ma » ou tutrice. Le douzième témoin a déclaré avoir régulièrement vendu du savon à [l'l’employé 1] et avoir discuté de l'incident de Waterside avec lui lors d'une visite. Le dixième témoin a affirmé avoir été approché par [l’employé 1] lorsque ce dernier a entendu le témoin et d'autres personnes discuter de l'incident de Waterside.

Thèmes apparents pour l’Accusation et la Défense

Alors que le recueil des témoignages a continué cette semaine, l'Accusation a continué d’essayer d’établir et corroborer la chronologie des événements entourant l'incident de Waterside et la présence de Gibril Massaquoi sur les lieux. Afin de soutenir l'affirmation selon laquelle l'incident s'est produit en 2001, l'Accusation a obtenu des témoignages sur la date de l'incident. Bien que le quatorzième témoin ne savait pas si l'événement s'était produit en 2001 ou en 2002, tous les autres témoins interrogés lors de la session de cette semaine ont déclaré que l'incident s'était produit durant l’année 2001.

En ce qui concerne l'affirmation selon laquelle Gibril Massaquoi était présent à Waterside, l'Accusation a pu confirmer via les déclarations de chaque témoin que l'homme sur le pont était connu sous le nom d'« Ange Gabriel ». Le douzième témoin a identifié l'homme comme étant « Ange Gabriel Massaquoi ». Les septième, huitième, dixième, onzième et treizième témoins ont tous déclaré que l'homme connu sous le nom d'« Ange Gabriel » parlait avec un accent sierra-léonais. En outre, chaque témoin a expliqué qu'« Ange Gabriel » s'était présenté comme tel et avait déclaré en utilisant plusieurs variante de la phrase, affirmant qu'il « enverrait des gens vers Dieu ». Bien que les témoignages varient quant à la phrase exacte prononcée par « Ange Gabriel » à cet effet, les déclarations ont été comprise comme signifiant qu'il tuait ces personnes ou ordonnait qu'elles soient tuées. Ces témoignages concordent en grande partie aux récits des témoins des semaines précédentes concernant l'auto-designation de ce commandant.

La Défense continué a mettre en doute la fiabilité des témoignages, s’appuyant de nouveau sur cette ligne de défense. En ce qui concerne les témoins précédents, la Défense a soulevé des questions en lien avec le moment des faits ainsi que des inconsistances entre ce que les témoins ont déclarés au tribunal et ce qu’ils ont précédemment déclaré à la police finlandaise. Parmi les incohérences mentionnées, la Défense a interrogé le huitième témoin sur le fait qu'il ai oublié le nom de [FNM-009], le dixième témoin sur les différentes versions de son témoignage en lien avec le fait qu’il soit entré ou non dans le magasin, le onzième témoin sur le fait qu'elle était avec [FNM-058] ou [FNM-059] sous le pont, et le treizième témoin sur le fait qu'Ange Gabriel avait tiré sur une jeune fille ou lui avait tranché la gorge.

En plus de remettre en cause la fiabilité des témoignages, la Défense a cherché à interroger les témoins sur leurs liens avec [l'l’employé 1] et la police finlandaise. Chaque témoin a été interrogé sur les liens qu'il entretenait avec [l’l’employé 1] ou la police finlandaise. La Défense a également souligné plusieurs incohérences figurant dans le rapport de la police finlandaise. Au cours de l’interrogatoire du onzième témoin, cette dernière a confirmé qu'elle avait été interrogée en 2020, alors que le rapport de police indiquait qu'elle avait été interrogée en 2019. Par ailleurs, la Défense a interrogé le treizième témoin sur les incohérences concernant la personne qui avait partagé son numéro de téléphone avec la police finlandaise. Lors de son audition avec la police, le treizième témoin avait déclaré qu'il s'agissait de [FNM-062], alors que le témoin a déclaré cette semaine qu'il s'agissait de [FNM-062]. Le témoin a expliqué que malgré sa déclaration antérieure, [FNM-061] était son principal contact et que la police finlandaise avait pu mal comprendre. La Défense a insisté sur la déclaration du treizième du témoin selon laquelle elle ne connaissait pas d'autres personnes dans le « programme » de [l’employé 1], demandant de quel genre de « programme » elle pensait qu'il s'agissait. Elle l’ignorait.

En résumé, l'Accusation et la Défense ont tenté de clarifier la date de l'incident de Waterside. Ils ont insisté pour que les témoins clarifient leurs références fréquentes aux différentes périodes de conflit armé comme les « Première Guerre mondiale », « Deuxième Guerre mondiale » et « Troisième Guerre mondiale ». Cependant, les explications de ces différentes périodes different d'un témoin à l'autre. Le onzième témoin a associé l'incident de Waterside à une date précise et potentiellement vérifiable : la naissance du bébé de sa sœur en 2001.

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