February 23, 2021 – [Liberia] Day 7: The hearing of Witness 1
Le procès a repris après la visite par les autorités finlandaises (juges, procureurs et avocats) des sites où Gibril Massaquoi aurait commis des crimes contre l'humanité. Pour en savoir plus, veuillez cliquer ici. Pour les images cliquez ici.
Le septième jour d’audience publique a repris le 23 février 2021. Le procès s’est déplacé de Tampere, en Finlande, à Monrovia, au Liberia, pour l'audition des témoins. L'Accusé, M. Massaquoi, est resté en Finlande.
Audition du témoin n°1
(Identification assignée par le tribunal finlandais : Civil 07)
La Défense interroge le témoin n°1
La journée s'est ouverte avec l'interrogatoire d'un témoin par l'avocat de la défense, M. Gummerus. L'identité du premier témoin, qui a témoigné de dos, n'a pas été révélée aux observateurs du procès.
M. Gummerus a commencé par interroger le premier témoin sur ce qu'elle a vu pendant la guerre civile au Libéria. Plus précisément, M. Gummerus lui a demandé si elle se souvenait du jour où en cherchant de la nourriture à Monrovia, elle avait rencontré des soldats. Le premier témoin a répondu que, même si elle ne se souvenait pas du jour exact, elle se rappelait que c'était au cours de l’année 2000. Elle se souvenait de cette période car c'était l'année où elle allait chercher de la nourriture.
M. Gummerus a alors demandé au premier témoin d'expliquer ce qui lui était arrivé le jour en question. Elle a expliqué qu'elle avait rejoint un groupe d'hommes et de femmes quittant Logan Town, à Monrovia, pour se rendre à Vai Town sur Bushrod Island. Le groupe qui comprenait deux de ses amis essayait de trouver de la nourriture. Le groupe a commencé à traverser le pont, en direction de Waterside.
Le premier témoin a expliqué que lorsque le groupe était arrivé au bord du pont, les soldats stationnés à un poste de contrôle leur avaient ordonné de s'arrêter et de former une ligne droite. Alors qu'ils suivaient l'ordre, le premier témoin a remarqué un homme portant un t-shirt blanc et un pantalon de camouflage. Selon le témoin, l'homme a déclaré : «Je suis l'Ange Gabriel Massaquoi. Je suis celui qui peut vous envoyer à Dieu et vous lui direz que je vous ai envoyé. »»
Le témoin a également expliqué qu’elle avait vu son amie [FNM-001] alors qu'elle marchait dans la foule. Elle a déclaré que l'homme avait alors pris la main de [FNM-001] et avait tenté de la faire sortir de la file pour l'emmener sur une route sous le pont. Comme [FNM-001] résistait, l'homme a tiré en l'air.
Le premier témoin a ensuite expliqué que d'autres coups de feu avaient été tirés par des hommes qui étaient avec « L’Ange Gabriel Massaquoi », et que le groupe avait commencé à se disperser. Selon le témoin, les coups de feu ont continué alors qu'ils commençaient à courir. Le premier témoin n'était pas sûr s’il s’agissait de troupes gouvernementales ou de rebelles qui leur tiraient dessus. Le premier témoin s'est enfui dans la région de West Point et a couru dans la maison d'un homme, où elle a passé la nuit. Le lendemain matin, le premier témoin a appris que des gens revenaient de l'autre côté du pont, elle a alors décidé de les rejoindre.
Lorsque le témoin est arrivé, on lui a dit d'attendre et de voir ce qu'il adviendrait du premier groupe de personnes qui tentaient de traverser le pont. Elle a déclaré que pendant qu'elle attendait, elle avait commencé à faire le deuil de son amie, [FNM-001]. Elle a expliqué qu'un garçon l'avait vue faire son deuil et l'avait informée que son amie avait été tuée. Le témoin a déclaré qu'elle s'était mise à pleurer pour son amie.
Le témoin a expliqué qu'après avoir traversé le pont, elle avait vu son amie [Civile 37], qui était la sœur de [FNM-001]. [Civile 37] a dit au premier témoin que [FNM-001] avait été tuée. Après avoir traversé le pont, le témoin est rentré chez elle. Elle a expliqué qu'elle n'était pas retournée sur le pont parce qu'elle avait peur.
Après les explications du témoin, M. Gummerus a demandé si elle avait personnellement vu son amie [FNM-001] se faire tuer. Le témoin a répondu que tout le monde était parti chacun de son côté et que c'était un garçon qui lui avait dit que [FNM-001] était morte. Le témoin n'a pas identifié le garçon, mais a affirmé que [Civile 37] avait également confirmé que son amie avait été tuée. M. Gummerus a demandé si le témoin savait comment [Civile 37] avait appris la mort de sa sœur. Le premier témoin a précisé que [lCivile 37] lui avait dit qu'elle avait été présente lorsque [FNM-001] avait été emmenée sous le pont parce qu'elle y avait également été emmenée, et que les garçons avaient commencé à torturer [Civile 37], mais qu'elle avait pu s'échapper.
Les interactions antérieures avec la police finlandaise et les événements sur le pont
M. Gummerus a demandé au témoin si elle se souvenait avoir parlé de ces événements à la police finlandaise. Le premier témoin a expliqué qu'elle leur avait dit la même chose que ce qu'elle venait de d'exposer. M. Gummerus a demandé au premier témoin s'il y avait des incohérences entre son témoignage actuel et ce qu'elle avait dit à la police finlandaise auparavant. En particulier, M. Gummerus a dit au premier témoin que lorsque la police finlandaise l'avait interrogée, leurs notes indiquaient qu’elle avait personnellement assisté au meurtre de [FNM-001]. Le premier témoin a précisé que la police finlandaise ne l'avait peut-être pas comprise et que lorsque [FNM-001] avait été emmenée sous le pont, le témoin et les autres s’étaient dispersés parce que des coups de feu avaient été tirés. Elle a ensuite répété que [Civile 37] avait confirmé la mort de [FNM-001].
M. Gummerus a également interrogé le témoin sur l'homme qui s'était présenté comme « l'Ange Gabriel Massaquoi ». Il a demandé au premier témoin qui était cet homme et si elle comprenait le rôle qu'il jouait. Le témoin a répondu qu'il était le commandant et qu'il était« l'Ange Gabriel [...] celui qui peut emmener les gens au ciel. »»
Le témoin a ensuite expliqué qu'elle était tellement effrayée par ce qui s'était passé qu'elle était restée à Logan Town. Afin de nourrir ses enfants, elle vendait du bois et des feuilles de pommes de terre. Elle a déclaré que les magasins n'étaient pas ouverts, donc seuls les gens courageux traversaient le pont. M. Gummerus a également demandé dans quelle mesure la situation était mauvaise pour que les gens aillent chercher de la nourriture. En réponse, le témoin a expliqué qu'il y avait des combats et que les gens étaient dispersés - elle a précisé que les combats duraient depuis longtemps.
M. Gummerus a ensuite demandé au premier témoin qui l'avait contactée au sujet de ces événements. Le premier témoin a expliqué que seule la police finlandaise l'avait contactée et cela par l'intermédiaire de [la civile 37]. M. Gummerus a ensuite demandé au premier témoin si elle savait comment [la civile 37] avait rencontré la police finlandaise. Le premier témoin a expliqué que [la civile 37] lui avait dit qu'elle avait rencontré quelqu'un nommé [employé 1]. Elle a également déclaré que [l'employé 1] avait dit à [la civile 37] que des blancs étaient venus et voulaient entendre les observations des gens sur ce qui s'était passé pendant la guerre. M. Gummerus a demandé au premier témoin si [la civile 37], [l’employé 1] ou quelqu'un d'autre lui avait précisé ce qu'elle devait dire à la police finlandaise. Le premier témoin a répondu que [la civile 37] lui avait seulement dit que [l’employé 1] voulait donner son numéro de téléphone à la police finlandaise, et c'est ainsi qu'elle avait été contactée.
M. Gummerus a interrogé le témoin sur les multiples guerres qui se sont déroulées au Liberia et a demandé s'il y avait eu une période de paix entre les deux guerres. Elle a expliqué qu'il y avait des interruptions dans les combats. Différentes périodes ont été citées la « Première Guerre mondiale », la « Deuxième Guerre mondiale » et la « Troisième Guerre mondiale », mais il s'agissait de la même guerre, la même année.
M. Gummerus lui a ensuite demandé si elle se souvenait de quelque chose en particulier concernant « l'Ange Gabriel Massaquoi ». Le témoin a expliqué qu'elle se souvenait de son accent qui semblait venir de Sierra Leone, car il ne parlait pas comme un Libérien - cela se remarquait à sa manière de parler quand quelqu'un était d'un autre pays.
M. Gummerus a demandé au témoin si le pont de Vai Town était fermé. Elle a expliqué qu'il était fermé à cause des combats, et que personne ne pouvait le traverser à moins que les soldats ne l'autorisent. M. Gummerus a demandé au témoin de préciser qui se battait à l'époque. Elle a expliqué que les forces gouvernementales étaient d'un côté, mais qu'elle ne savait pas de quel côté était l'homme avec l'accent, « l’Ange Gabriel ». Le témoin a présumé que cet homme se battait pour une force opposée au gouvernement, mais il était difficile de savoir avec certitude qui se battait pour qui, car ils portaient tous le même camouflage.
M. Gummerus a demandé où d'autres à Monrovia les combats avaient lieu. Le témoin a répondu que toute la ville était touchée par les combats, mais que le pont était le principal endroit où ils avaient lieu car les gens l'utilisaient pour aller faire des courses. M. Gummerus a demandé au témoin le nom du pont, qu'elle a identifié comme « le Vieux Pont » (Old Bridge) - elle a précisé qu'il y avait deux ponts, l'un allant à Johnson Street et l'autre à Waterside. M. Gummerus a demandé si d'autres combats avaient eu lieu sur le Vieux Pont après 2000. Le témoin a expliqué que même s'il y avait eu des interruptions dans les combats, il y en avait eu d'autres au cours de la même année.
M. Gummerus a repris l'interrogatoire du premier témoin sur le contexte de son précédent interrogatoire avec la police finlandaise. Le premier témoin a déclaré que [Civile 37] lui avait dit qu'elle, le premier témoin, avait été la première à parler à la police. Le premier témoin a parlé au téléphone avec [l'employé 1], et c'est lui qui l'a emmenée à la police finlandaise ; ils n'ont pas discuté de l'affaire avec [employé 1]
Selon le résumé de l’interrogatoire de police, le témoin avait déclaré que l'entretien était censé porter sur la Troisième Guerre mondiale, mais l'avocat de la défense a indiqué qu'elle parlait de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale dans le cadre du présent procès. Le témoin a expliqué qu'elle parlait de la Première et de la Seconde Guerre mondiale parce qu'il y avait eu des interruptions dans les combats. Lorsqu'on lui a demandé quelle était sa compréhension de la Troisième Guerre mondiale, le témoin a déclaré qu’il ne s’agissait que du nom donné à cette partie de la guerre. Il y a eu un cessez-le-feu, mais c'était la même guerre.
Les questions qui ont suivies ont porté sur la connaissance du premier témoin du nom de l'homme qui s'était présenté comme « l’Ange Gabriel Massaquoi » sur le pont. M. Gummerus a déclaré que lors de l'interrogatoire de police fin 2019, le premier témoin n'avait pas dit le nom « Massaquoi », il a donc demandé comment elle connaissait le nom « Massaquoi ». Le premier témoin a insisté sur le fait que lors de son interrogatoire, elle avait dit le nom « Ange Gabriel Massaquoi ». Elle a également déclaré que, lors de l'incident qu'elle a décrit, il était la seule personne à se présenter, et qu'il avait commencé à tirer peu après.
M. Gummerus a ensuite repris son interrogatoire avec des questions sur la date de l'incident. Le premier témoin a déclaré que l'incident s'était produit en 2000. M. Gummerus a déclaré qu'elle avait dit juin/juillet 2003 lors de son précédent interrogatoire et a demandé si elle pensait que la police l'avait mal noté. Elle a répondu par l'affirmative, soulignant que c'était la police qui prenait des notes, avec l'aide d'un interprète.
M. Gummerus a demandé combien de temps après l'incident la guerre avait pris fin. Le premier témoin a déclaré que cela n'avait pas pris beaucoup de temps ; elle a réitéré que son expérience s'était déroulée pendant la Première Guerre mondiale et qu'il y avait eu des interruptions dans les combats entre la Première, la Deuxième et la Troisième guerre mondiale. Le premier témoin a également expliqué qu'après l'incident, elle était restée avec sa fille à Jacob Town pendant un an environ, puis avait déménagé à Nimba en 2003.
L’interrogatoire du témoin n°1 avec la police finlandaise
Après une pause de dix minutes, M. Gummerus a fait visionner la vidéo de l’interrogatoire du premier témoin avec la police finlandaise. M. Gummerus souhaitait attirer l'attention sur deux choses : le nom et l'année mentionnés par le premier témoin pendant l’interrogatoire.
NOTE : L'audio de la vidéo était difficile à entendre par le biais de la liaison vidéo utilisée pour observer le procès. Au cours de l’enregistrement, il semble que le premier témoin ait décrit l'incident du pont. Elle a expliqué qu'elle était allée avec d'autres femmes au marché pour vendre des choses dans la zone de West Point près du « Vieux Pont » (Old Bridge). Elle a déclaré que beaucoup de gens avaient été battus et que trois garçons avaient été tués. Elle a dit qu'un grand homme avec un accent sierra-léonais qui se faisait appeler « Ange Gabriel » avait emmené [FNM-001]. Il l'a ensuite ramenée et tuée avec son arme. Il a également tué trois garçons. Le premier témoin a déclaré qu'ils s’étaient échappés lorsque les soldats libériens étaient arrivés. Le premier témoin a expliqué qu'elle était enceinte de deux mois à l'époque et qu'elle avait fait une fausse couche après cet événement.
Après la diffusion de la vidéo, le premier témoin a confirmé qu'elle se souvenait de l’interrogatoire. M. Gummerus a souligné qu’au cours de l’interrogatoire, elle n'avait pas mentionné le nom « Massaquoi », alors qu'elle venait de dire qu’elle l’avait mentionné. Le premier témoin a reconnu que si elle n'avait pas dit « Massaquoi » pendant l’interrogatoire, c'était ce qu'il avait dit : « Je suis l'Ange Gabriel Massaquoi. »
M. Gummerus s'est ensuite concentré sur la chronologie des événements, demandant si le premier témoin voulait expliquer pourquoi elle avait déclaré à la police finlandaise que l'incident s'était produit en 2003, mais qu'elle affirmait aujourd’hui qu'il s'était produit en 2000. Le premier témoin a répondu qu'elle avait dit 2000 parce que la guerre avait commencé en 2000. M. Gummerus a ensuite demandé pourquoi elle n'avait pas dit que c'était en 2003 alors qu'il l'avait interrogée auparavant, et elle a répondu que c'était parce que la guerre avait duré jusqu'en 2003. M. Gummerus a insisté sur ce point, soulignant que la police finlandaise lui avait posé des questions sur son expérience avec « Angel Gabriel », plutôt que sur la guerre. Il a également souligné qu'elle venait de dire que la guerre avait duré de 2000 à 2003, mais qu'elle avait déjà dit que la guerre avait eu lieu en 2000. Le premier témoin a expliqué qu'elle avait dit 2000 parce que c'était à cette époque que la guerre avait commencée et qu'il y avait eu des interruptions dans les combats. Ce dernier point a clos l'interrogatoire de M. Gummerus.
L'Accusation interroge le témoin n°1 sur les événements
L'Accusation a ensuite commencé l'interrogatoire du premier témoin. Tout d'abord, l'Accusation s’est référée à l'enregistrement de l’interrogatoire dans lequel le premier témoin avait décrit « l'Ange Gabriel » tuant les trois garçons et [FNM-001], puis a demandé si elle avait elle-même assisté à ces meurtres. Le premier témoin a précisé que quelqu'un d'autre lui avait parlé de ces meurtres. L'Accusation a demandé si quelqu'un lui avait dit avant son témoignage de ne pas parler de ces meurtres. Le premier témoin a démenti.
L'Accusation a ensuite posé des questions sur la sœur du premier témoin. Au cours de l'enregistrement, le premier témoin a déclaré que sa sœur avait été tuée à Freeport, et elle a mentionné Gabriel. Le premier témoin a précisé que ce n'était pas « l’Ange Gabriel » qui avait tué sa sœur - sa sœur a été tuée dans un entrepôt en 2000.
L'Accusation a également demandé si [la Civile 37] avait été interrogée par la police finlandaise au sujet du même incident. Il a déclaré que lorsque le premier témoin avait été interrogé à ce sujet, elle avait dit que [la Civile 37] n'avait pas dit qu'elle avait déjà été interrogée, mais simplement que [l’employé 1] voulait lui parler. L'Accusation a affirmé que, lorsque la police finlandaise avait mentionné l'interrogatoire de [la Civile 37], le premier témoin était déjà au courant.
Enfin, l'Accusation a demandé si le premier témoin avait tendance à raconter des histoires comme si elles lui étaient vraiment arrivées alors qu'en réalité elles concernaient des choses dont elle avait entendu parler, mais qu'elle n'avait pas vues personnellement. Le premier témoin a démenti. L'Accusation a demandé si c'était ce qu'elle avait fait lors de l’interrogatoire de police. Le premier témoin a simplement répondu qu'elle, [FNM-001] et [la Civile 37] avaient été ensemble tout au long de cette aventure.
L'audience s'est terminée et reprendra à Monrovia le mercredi 24 février 2021.
