Rendre la justice concrète et accessible : Civitas Maxima au Liberia pour rencontrer les victimes de Kunti Kamara

Le 27 mars 2024, la cour d’assises d’appel de Paris a condamné Kunti Kamara, ancien commandant de l’ULIMO, à 30 ans de réclusion criminelle pour avoir commis des actes de torture et de barbarie et s’être rendu complice de crimes contre l’humanité entre 1993 et 1994. Cet arrêt a marqué un pas dans la lutte contre l’impunité. Il a envoyé un message important, tant aux auteurs qu’aux victimes des crimes les plus graves, à savoir que ces crimes ne restent pas impunis.

C’est pour transmettre ce message qu’en janvier dernier, une équipe de Civitas Maxima et GJRP, accompagnée de Me Sabrina Delattre, avocate des parties civiles, ont rencontré les victimes dans cette affaire, dans le comté de Lofa, au nord-ouest du Libéria. L’objectif de ce déplacement était de discuter de la décision d’appel, d’en expliquer les principaux éléments et de répondre à leurs questions à ce sujet.

La rencontre a été organisée à Foya, située près des frontières avec la Guinée et la Sierra Leone. Cette petite ville reculée, sans électricité ni eau courante, avait été le théâtre de crimes commis par Kunti Kamara pendant la première guerre libérienne. De nombreuses victimes venues de la région s’étaient rendues à Paris pour témoigner au procès, tant en première instance qu’en appel.

Accueillis autour d’un repas, Me Delattre et l’équipe de Civitas Maxima et GJRP ont lu et expliqué l’arrêt de la cour d’appel, les arguments des juges ainsi que la peine prononcée. Ils ont déchiffré le langage juridique de la décision et ont résumé les conclusions sur la culpabilité de Kunti Kamara pour chaque crime commis. Cette étape était d’autant plus importante que les juges y ont reconnu la souffrance endurée par la population du Lofa mais également le courage des victimes qui ont témoigné devant les juridictions françaises dans le but d’obtenir justice.

Lors de ce déplacement dans le Lofa, de nombreux endroits ont également été visités en mémoire des événements dramatiques qui se sont déroulés dans la région. Certaines victimes ont accueilli Me Delattre et l’équipe de Civitas Maxima et GJRP dans des lieux de mémoire afin de rendre hommage aux défunts et partager avec eux l’aboutissement de ce procès.

Ces moments forts en émotion partagés à Foya ont ainsi été très précieux, tant pour les victimes que pour l’équipe. Ils n’auraient pu avoir lieu si le verdict avait été simplement communiqué par écrit.

Rendre la justice concrète et accessible

Inscrite au cœur du mandat de Civitas Maxima, l’approche centrée sur les victimes implique en effet de s’assurer que la justice soit réellement recue et entendue par les communautés affectées.

Lorsque l’écart entre le pays de commission des crimes et celui du jugement est si grand, tant par la réalité des faits que par le vécu et le quotidien des victimes, la présence de celles-ci dans la salle d’audience est cruciale. Dans le procès Kunti Kamara, le fait qu’elles aient pu raconter et ressentir la réalité du Libéria dans l’enceinte du tribunal à Paris, était nécessaire tant pour elles que pour les juges et les jurés.

En retour, se rendre sur les lieux décrits en audience afin de communiquer directement la décision aux victimes comme étant aussi le résultat de leurs efforts était primordial pour que la justice internationale devienne concrète et accessible pour les personnes concernées.


Photo credit: Civitas Maxima