March 22, 2021 – [Liberia] Day 19: The Hearing of Witnesses 31, 32, and 33
La dix-neuvième journée d'audience publique a repris le 22 mars 2021 à Monrovia, Liberia.
Audition du témoin n°31
(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 13)
L'Accusation interroge le témoin n°31
Le témoin a commencé son témoignage en rappelant des événements qui se sont déroulés à Kamatahun, où il vivait pendant la guerre. Il a expliqué qu'ils étaient en ville et que, lorsque les forces du LURD étaient arrivées, le témoin et d'autres personnes avaient fui dans la brousse. Ils y sont restés jusqu'à ce que les forces gouvernementales arrivent et les ramènent en ville. Les forces gouvernementales ont alors quitté la ville afin de lancer une offensive contre les forces du LURD, mais elles n'ont pas réussi à les repousser et sont ensuite revenues en ville.
Le témoin se souvient d'un jour où les forces gouvernementales avaient appelé « leurs amis » à leur venir en aide ; les renforts qui étaient arrivés parlaient krio. Ils ont rejoint les forces gouvernementales lors d'une attaque ultérieure et sont revenus avec des personnes. Ces personnes ont été divisées par les forces gouvernementales et les renforts, qui ont tué certains d'entre eux et épargné les autres.
Après trois jours, le groupe a de nouveau quitté de la ville et a ramené d'autres personnes, qui ont été placées dans un bâtiment. Le lendemain après-midi, l'un des commandants, qu'ils appelaient le « Général Gabriel » a donné un ordre aux « enfants » ((jeunes soldats), en disant : « mettez le feu à cette maison pour qu'elle brûle ». Tout le monde est resté dans la maison et a été brûlé vif. Le témoin a déclaré avoir eu peur à ce moment-là.
Le témoin a expliqué avoir vu les soldats capturer sept femmes et les attacher. Le même Général Gabriel a dit à ses soldats : « Faites leur tout ce que vous voulez ». Lorsque les femmes ont été emmenées, le général Gabriel les a suivies. Le lendemain, toutes les femmes ont été retrouvées nues et mortes. En voyant les femmes, le témoin se rappelle avoir pensé que les soldats les avaient violées et que c'était pour cela qu'elles étaient nues.
L'un des soldats, [FNM-117], a demandé au témoin de venir avec lui chercher de la nourriture. Précisant qu'il avait eu très peur après avoir vu les soldats tuer des gens, il s'était enfui lorsqu'ils étaient arrivés dans la brousse. Le témoin se souvient que ces incidents avaient eu lieu en 2001, mais ne connaissait pas la date. Il a précisé qu'il y avait deux Kamatahun mais que celui auquel il faisait référence était Kamatahun Hassala.
Le témoin a ensuite expliqué que les personnes étaient enfermées dans une maison près de la mosquée au centre de Kamatahun Hassala, qui se trouve sur le côté gauche en allant vers Vahun. Il a précisé que Gabriel était le commandant des soldats, et a répété que c'était le général Gabriel qui avait donné l'ordre de mettre les gens dans la maison et d'y mettre le feu, ainsi que d'attacher les femmes. Il a précisé qu'il avait entendu le général Gabriel donner ces ordres, car il se trouvait à proximité et pouvait entendre tout ce qu'ils disaient, et également les voir.
Le témoin a expliqué qu'il savait que l'homme s'appelait Général Gabriel car les soldats l'appelaient ainsi. Le témoin a ajouté qu'il ne les avait pas entendus désigner l'homme par un autre nom. Le témoin a déclaré qu'il avait vu l'endroit où les femmes avaient été emmenées et qu'il s’en rappelait encore aujourd'hui. Il a expliqué qu'elles avaient été emmenées derrière l'atelier du forgeron, dans une maison qui s'est effondrée depuis. Le témoin se souvient avoir vu Gabriel suivre les soldats qui emmenaient les femmes dans la cuisine. Lorsqu'on lui a demandé s'il avait vu Gabriel entrer dans la cuisine avec elles, le témoin a répondu qu'elles étaient restées là toute la nuit et qu'il ne savait donc pas exactement ce qui s'était passé. Le lendemain matin, le témoin a vu les corps des femmes dans la cuisine, et il a eu tellement peur qu'il a décidé de se cacher. Il a expliqué que toutes les femmes étaient nues et que certaines d'entre elles avaient été tuées avec un couteau, tandis que d'autres avaient été battues.
Lorsqu'on lui a demandé combien de personnes se trouvaient dans la maison incendiée, le témoin a estimé qu'elles étaient environ trente-cinq. L'Accusation est ensuite revenue sur les questions concernant les femmes qui avaient été emmenées dans la cuisine du forgeron. Le témoin a déclaré qu'il n'était pas sûr de l'âge des femmes, précisant que certaines d'entre elles étaient « mûres ». Il a expliqué qu'il y avait trop de soldats qui accompagnaient les femmes pour qu'il puisse les compter, et a répété qu'après avoir donné l'ordre, le Général Gabriel avait dit : « Allez-y et faites-leur tout ce que vous voulez ».
L'Accusation a ensuite demandé au témoin comment il était entré en contact avec la police finlandaise. Le témoin a déclaré qu'un jour, après que lui et d'autres personnes étaient revenus de la brousse, on leur avait dit que des gens étaient venu leur demander ce qui s'était passé pendant la guerre. Le témoin a déclaré que, six mois plus tard, des Blancs étaient venus et avaient commencé à les interroger, et il leur a raconté les incidents qu'il décrit aujourd'hui. Il a conclu en faisant remarquer qu'il n'avait pas vu les personnes qui étaient venues la première fois et qu'il ne pouvait donc pas dire si elles étaient blanches ou noires, et que personne d'autre que la police finlandaise n'était venue les interroger sur la guerre.
La Défense interroge le témoin n°31
La Défense interrogé le témoin sur la façon dont il était entré en contact avec la police finlandaise. Le témoin a répété qu'il n'était pas présent lorsque les gens étaient arrivés, et a déclaré qu'ils avaient rencontré les chefs locaux, qui lui avaient ensuite transmis l'information. Il a précisé qu'il n'avait pas demandé si c'étaient des Noirs ou des Blancs qui avaient d'abord contacté les chefs locaux. Le témoin a précisé que la première fois qu'il avait rencontré des Blancs, ils étaient simplement arrivés, l'avaient interrogé le même jour et étaient partis. La Défense a demandé au témoin si des membres de sa famille avaient été interrogés avant lui, ce à quoi le témoin a répondu qu’il n’était pas au courant. La Défense a précisé que le rapport de police indiquait que le frère du témoin avait été interrogé la veille et que c'est lui qui avait amené le témoin à la police finlandaise. La Défense a ensuite demandé au témoin s'il savait que deux autres personnes avaient été interrogées le même jour que lui, comme cela est également indiqué dans le rapport de police. Le témoin a répondu « oui », et que les personnes n'avaient pas dormi sur place, qu'ils les avaient simplement interrogées et étaient repartis. La Défense a de nouveau demandé au témoin s'il savait qu'ils avaient interrogé son frère la veille, ce à quoi il a répondu qu'ils ne savaient pas que les gens allaient venir avant d'arriver. Il savait seulement ce que les anciens leur avaient dit après leur première visite. Lorsqu'on lui a demandé à nouveau s'il savait que les gens allaient venir ce jour-là, le témoin a répondu que les gens leur avaient dit qu'ils reviendraient, puis que six mois plus tard, ils avaient oublié qu'ils reviendraient. Lorsqu'on lui a demandé qui leur avait dit que les gens reviendraient, il a donné le nom du chef local, [FNM-086]. La Défense a demandé s'ils avaient l'habitude d'appeler le chef local [FNM-078], ce à quoi le témoin a répondu qu'il connaissait [FNM-078] depuis l'arrivée des Blancs.
La Cour a demandé une pause pour clarification, après que la Défense ait été interrompue par l'Accusation. La Défense a également eu un problème avec le traducteur Gbandi du témoin suivant, affirmant qu'il y avait un conflit d'intérêt car le traducteur travaille ou a travaillé pour la police finlandaise, et qu'il était également présent au tribunal pendant le témoignage.
La Défense a interrogé le témoin sur la dernière fois qu'il avait vu [FNM-078]. Le témoin a déclaré qu'il ne savait pas si [FNM-078] avait été présente dans la salle d'audience, et a noté qu'il n'avait pas vu [FNM-078] ce jour-là. La Défense a demandé au témoin s'il avait vu [FNM-078] dans sa ville natale, ce à quoi le témoin a répondu qu'il n'y avait pas de personne portant ce nom dans sa ville natale. Il a ajouté qu’il avait rencontré [FNM-078] pour la première fois le jour où les Blancs étaient arrivés et que, depuis, il ne l'avait pas revue. Le témoin s'est souvenu que [FNM-078] était venue avec les Blancs et qu'elle était partie avec eux également. La Défense a ensuite demandé au témoin s'il connaissait [l'employé 1], le témoin a répondu qu'il n'avait jamais vu [l'employé 1].
La Défense a demandé au témoin si son audition par la police finlandaise avait été enregistrée, ce à quoi le témoin a répondu qu'il ne savait pas s'il avait été enregistré. La Défense a précisé qu'il avait été enregistré et que le témoin avait déclaré au cours de l’audition qu'il avait rencontré [FNM-078] avant l'arrivée de la police finlandaise et que [FNM-078] lui avait dit que des hommes blancs allaient venir l'interroger sur la façon dont la guerre s'était terminée. Le témoin a nié avoir dit cela, répétant que les gens avaient rencontré les anciens et que [FNM-078] ne lui avait pas parlé de la venue des gens.
(L'enregistrement est diffusé)
La Défense a précisé que, dans l'enregistrement, le témoin avait déclaré qu'il avait rencontré [FNM-078] avant que la police finlandaise ne soit là. Le témoin a expliqué qu'il y avait peut-être eu un malentendu, car il n'avait pas parlé « face à face » avec [FNM-078], mais que [FNM-078] avait parlé avec les habitants de la ville. La Défense a également précisé que la police avait également dit au témoin qu'elle avait parlé avec son frère. Le témoin a déclaré que plusieurs personnes étaient venues et qu'il était donc possible que, pendant qu'une personne lui parlait, d'autres personnes parlaient à d'autres.
La Défense a ensuite interrogé le témoin sur la maison qui a été incendiée et sur les femmes qui ont été emmenées derrière la cuisine du forgeron. Le témoin a déclaré que ces incidents ne s'étaient pas produits le même jour, mais qu'il ne savait pas exactement combien de temps s'était écoulé entre les deux, car cela s'était produit pendant la guerre. Le témoin a ajouté que « la chose s'est produite après une semaine », car les soldats se reposaient un peu après être partis au combat. Le témoin a rappelé que toutes les maisons de Kamatahun Hassala avaient été incendiées, à l'exception de la cuisine du forgeron et d'une autre maison. Il a expliqué que les soldats n'avaient pas brûlé toute la ville le jour même où ils avaient mis le feu à la maison avec des gens à l'intérieur, parce que les soldats vivaient eux-mêmes dans certaines des maisons. Il a précisé que lui et d'autres personnes étaient retournés dans le village après la fin de la guerre pour la trouver brûlée. Le témoin a de nouveau indiqué que c'était en 2001 qu'il se trouvait à Kamatahun Hassala et qu'il avait été témoin des incidents, après quoi il ait fui le village, également en 2001. Par conséquent, il a déclaré qu'il ne pouvait pas dire ce qui s'y était passé en 2002 et 2003. « la chose s'est produite après une semaine », car les soldats se reposaient un peu après être partis au combat. Le témoin a rappelé que toutes les maisons de Kamatahun Hassala avaient été incendiées, à l'exception de la cuisine du forgeron et d'une autre maison. Il a expliqué que les soldats n'avaient pas brûlé toute la ville le jour même où ils avaient mis le feu à la maison avec des gens à l'intérieur, parce que les soldats vivaient eux-mêmes dans certaines des maisons. Il a précisé que lui et d'autres personnes étaient retournés dans le village après la fin de la guerre pour la trouver brûlée. Le témoin a de nouveau indiqué que c'était en 2001 qu'il se trouvait à Kamatahun Hassala et qu'il avait été témoin des incidents, après quoi il ait fui le village, également en 2001. Par conséquent, il a déclaré qu'il ne pouvait pas dire ce qui s'y était passé en 2002 et 2003.
La Défense a indiqué au témoin qu'il avait dit à la police finlandaise que les soldats avaient brûlé toute la ville en 2003, ce à quoi le témoin a répondu qu'ils restaient dans la brousse parce que les forces du LURD « allaient et venaient ». Il a également répété que les seules maisons restantes après l'incendie de la ville étaient la cuisine du forgeron et une autre maison. La Défense a ensuite demandé au témoin s'il avait vu ou entendu parler de l'incendie de la maison. Le témoin a répété que les événements s’étaient produits près de sa maison et qu'il avait vu de ses propres yeux quand ils avaient mis le feu à la maison. Il a précisé que, lorsque les gens avaient commencé à pleurer, il était parti ; il ne pouvait pas rester là à regarder. Il a également précisé que les incidents qu'il a décrits s’étaient produits entre 2001 et 2002.
(Un enregistrement est diffusé)
Dans l'enregistrement, le témoin a déclaré que tout le village avait été incendié en 2003 et que les autres incidents avaient eu lieu entre 2001 et 2003. Il a expliqué que les soldats avaient dit que les esprits des personnes qu'ils avaient tuées les hantaient dans les maisons, alors ils avaient brûlé tout le village et étaient partis en 2003.
La Défense a demandé au témoin d'estimer combien de fois il avait vu le commandant qui donnait les ordres. Le témoin a déclaré qu'il pensait l'avoir vu six fois, et a répété que l'endroit où il vivait n'était pas loin de celui où ils se trouvaient. Le témoin s'est souvenu que [FNM-114], Benjamin Yeaten et « Superman » étaient en ville, et a précisé qu'ils étaient également des commandants. Interrogé sur le nom Zigzag Marzah, le témoin a déclaré qu'il était également présent pour faire de mauvaises choses, et qu'il était originaire du Libéria. La Défense a ensuite demandé au témoin s'il avait vu si le commandant était arrivé à pied ou en voiture, ce à quoi le témoin a répondu qu'il les avait tous vus marcher, et qu'ils n'étaient pas dans une voiture.
L'Accusation a posé une dernière question : si le témoin savait d'où venaient les autres personnes, comme le général Gabriel. Le témoin a répondu qu'ils parlaient tous en krio, et qu'il savait que le krio était originaire de Sierra Leone.
Audition du témoin n°32
(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 16)
L'Accusation interroge le témoin n°32
Le trente-deuxième témoin a commencé son témoignage en rappelant des événements qui se sont produits à Kamatahun Hassala (appelé simplement « Kamatahun »), où il était le chef local pendant la guerre et où il l'est toujours. Le témoin n°32 a commencé à raconter les événements qui s'y sont déroulés pendant la guerre, déclarant qu'un commandant du gouvernement l'avait d'abord appelé et lui avait demandé d'emmener leur moto cassée à Kolahun. Ce faisant, le témoin et les autres personnes avec lesquelles il était ont rencontré des soldats qui couraient vers eux depuis Kolahun, en direction de Kamatahun Hassala. Les soldats leur ont dit que les forces du LURD avaient déjà attaqué Kolahun, alors le témoin et les autres ont fait demi-tour pour emmener la moto à Kamatahun Hassala. Le lendemain, le témoin a vu Benjamin Yeaten passer dans la ville dans une jeep, et il s'est arrêté pour leur demander de réparer un pont cassé. Le lendemain, les forces du LURD ont attaqué Kamatahun Hassala vers 11 heures, alors qu'ils réparaient le pont.
Selon le témoin n°32, toute la ville était « sens dessus dessous » car il y avait environ 5000 soldats des forces gouvernementales. Il a déclaré que tout le monde était « mélangé » pendant toute la journée - les civils et les soldats courant. Les gens essayaient de retrouver leurs familles, et ont fini par se réunir avec elles dans leurs fermes. Au début, ils n'ont pas pris la situation au sérieux, mais ils ont fini par rester dans la brousse pendant un mois, jusqu'à ce que les forces gouvernementales les appellent et leur disent qu'ils pouvaient revenir. Le témoin a pris un moment pour expliquer qu'il n'est pas difficile pour les gens d'oublier après un certain temps. Il a ensuite déclaré que tout le monde était retourné vivre à Kamatahun Hassala ; personne n'était retourné vivre dans les villes voisines.
Il a ensuite expliqué que, quelques mois plus tard, une autre attaque des forces du LURD venant du côté de Viahun avait eu lieu. Les combats ont duré plus de trois heures, et vers 18-19 heures, les forces gouvernementales ont décidé de se retirer à Popalahun. Le témoin a déclaré qu'il était resté avec elles pendant près de deux mois. Il estime que cela se serait passé vers juillet ou août 2001, s'il ne se trompe pas.
Ensuite, le témoin a décrit un matin où ils étaient assis et avaient vu des personnes s'enfuir de Kiatahun en disant« les rebelles ont capturé beaucoup de gens ». Il a expliqué que la raison pour laquelle ils étaient appelés « rebelles » était parce que les troupes gouvernementales avaient tué des gens. Les « rebelles » sont arrivés à Popalahun et ont fini par capturer de nombreuses personnes, dont certains membres de leur famille. Le témoin a déclaré qu'ils avaient même poursuivi son adjoint qui se trouvait à Kiatahun à ce moment-là, mais qu'il avait réussi à s'enfuir. Après que les personnes venues de Kiatahun leur eurent raconté que des rebelles avaient capturé des membres de leur famille et les avaient emmenés à Kamatahun, le témoin et d'autres personnes ont décidé de faire le tour de la ville dans l'espoir de revoir certains membres de leur famille. Cependant, alors qu'ils étaient en route, ils ont été capturés. Le témoin a précisé qu'il ne pouvait pas dire s'il s'agissait du même groupe, mais qu'il s'agissait de soldats. Il a indiqué qu'ils étaient restés avec les soldats pendant un certain temps, puis qu'ils avaient été emmenés à Kamatahun par la brousse. Le témoin a déclaré qu'il y avait beaucoup de gens à Kamatahun, et qu'ils étaient tous entassés dans le centre de la ville.
Le trente-deuxième témoin a expliqué que le commandant était venu et avait dit : « Je suis l’Ange Gabriel. Ces gens, nous allons les brûler. Je vous ai dit de ne pas tirer, on va les brûler ». Le témoin n°32 a déclaré qu'il y avait une grande maison où vivaient plus de 100 femmes, et que c'était dans cette maison qu'ils avaient mis les gens et les avaient brûlés. Il a précisé par la suite que la maison était proche de l'hôtel de ville. Le témoin a décrit ce qui s'est passé : les rebelles sont entrés dans la maison, ont placé les lits contre les murs, ont versé de l'essence à l'intérieur, ont fait entrer des gens dans la maison et ont fermé les issues avant de mettre le feu à la maison. Il se souvient que les personnes à l'intérieur pleuraient, jusqu'à ce que le toit s'effondre dans les flammes. Un vieil homme nommé [FNM-042], qui venait d'une ville voisine, s'est battu pour sortir du feu, et est sorti en disant « s'il vous plaît, aidez-moi, je veux vivre, je ne peux pas mourir déjà » , mais il a été repoussé et enfermé par un soldat. Le feu a commencé à s’éteindre, et c'est ainsi que certaines personnes ont réussi à s'échapper. Après cela, le témoin les a vus emmener sept femmes, qui étaient nues, derrière l’atelier du forgeron. Il a précisé que c'était la seule maison qui était encore debout dans la ville à ce moment-là. Le témoin a reçu l'ordre d'aller chercher de l'eau pour cuisiner, et lorsqu'il s'y est rendu, il a réussi à se cacher dans la brousse et est retourné à Popalahun. Il s'est souvenu qu'ils étaient en exil depuis moins d'un an et que les gens de Monrovia leur avaient dit de retourner à Kamatahun Hassala. Le témoin a décrit que, si vous y étiez allé à l'époque, vous n'auriez pas cru que des gens pouvaient y vivre ; des femmes et des enfants avaient été tués ; ils ont vu vingt-sept corps entassés dans la maison. Ils les ont examinés, mais les corps étaient pourris. Le témoin a précisé qu'il y avait beaucoup d'ossements dans la ville qu'ils ont rassemblé. Le témoin se souvient avoir trouvé des os attachés ensemble devant la maison d'un « grand homme » qui avait l'habitude d'attacher les gens ensemble et de les tuer.
Le témoin a ensuite raconté qu'un matin, alors qu'ils étaient assis, une ONG était arrivée, disant qu'elle appartenait à une organisation humanitaire, et avait présenté ses condoléances pour ce qui s'était passé. Il a déclaré qu'ils s’étaient rendus ensemble à l'endroit où les ossements avaient été rassemblés ; ils avaient pris de nombreuses photos et avaient passé toute la journée sur place, et lorsque les membres de l'ONG étaient partis, ils ont suggéré que les habitants de la ville enterrent les ossements, ce qu'ils ont fait, à côté de la tombe d'un de leurs « grands hommes »..
Le témoin n°32 a précisé qu'un autre groupe était venu leur rendre visite et leur avait dit qu'ils étaient venus célébrer les morts et qu'ils allaient faire trois grands sacrifices, car certaines personnes étaient des « Zoes » ((traditionalistes), d'autres des chrétiens et d'autres encore des musulmans. Ils sont partis et sont revenus après une semaine, et ont dit qu'ils allaient construire une hutte palava en ville sur une tombe avec tous les ossements.
L'ONG a amené un pasteur, un imam et le « Zoe » pour commémorer les morts. Le témoin s'est souvenu que la hutte palava au-dessus du charnier était le seul aménagement qu'ils avaient fait pour eux. Plus loin dans sa déposition, le témoin a expliqué que l'ONG« n'était pas venue pour enquêter », mais uniquement parce qu'elle avait entendu parler de l'incendie de Kamatahun Hassala. Le témoin n'a pas discuté de l'incident avec elle. Il ne s'est pas souvenu du nom de l'organisation.
Après le récit du témoin n°32, l'Accusation a demandé de quel côté de la route se trouvait la maison où les gens avaient été brûlés, en allant vers Vahun. Le témoin a indiqué qu'elle se trouvait sur la gauche, et qu'à sa place se trouvait maintenant une belle maison construite par les fils du vieil homme.
La Défense a ensuite interrogé le témoin sur l'incident au cours duquel des personnes avaient été enfermées dans la maison et brûlées. Le témoin n°32 a répété qu'avant que les gens ne soient enfermés à l'intérieur, le commandant, Ange Gabriel, avait donné l'ordre de « mettre les gens dans la maison et de la laisser brûler. » Le témoin a précisé qu'il était « juste là » lorsque l’Ange Gabriel avait donné cet ordre.
Le témoin a ensuite été interrogé sur ce qui avait été fait aux sept femmes nues, ce à quoi il a répondu qu'il avait seulement vu les soldats emmener les femmes jusqu'à la maison située derrière l’atelier du forgeron, qui était leur « quartier général » où ils étaient basés. Lorsque la Défense a demandé si le témoin s'était rendu dans la maison en question après l'incident, il a répondu « non », et que c'était le même jour où il avait quitté Kamatahun et n'y était pas retourné.
Lorsqu'on lui a demandé de donner une estimation du nombre de personnes placées dans la maison à brûler, il a indiqué qu'il y en avait beaucoup, y compris des enfants, mais qu'il ne pouvait pas en estimer le nombre. La Défense a rappelé que le témoin avait mentionné que l'incident s'était produit en juillet ou en août, et lui a demandé s'il se souvenait de quelle année, ce à quoi il a répondu 2001.
Le Procureur lui a ensuite demandé s'il se souvenait des mots utilisés par l’Ange Gabriel lorsqu'il a verrouillé la maison. Le témoin a déclaré que l’Ange Gabriel avait dit« Je vous avais dit de ne pas tirer sur ces gens, amenez-les, brûlons-les ». Il a décrit l’Ange Gabriel comme un homme mince, pas grand, qui parlait krio et portait un chapeau rond.
Les dernières questions de l'Accusation portaient sur l’audition par la police finlandaise. Le témoin s'est souvenu que l'année dernière, en revenant de son jardin, des habitants du village lui avaient dit que des personnes étaient venues le voir. Les villageois lui ont dit que les visiteurs étaient des Blancs à la recherche de personnes qui pourraient partager leurs expériences pendant la guerre - ils ont parlé avec l'adjoint du témoin, [FNM-087], quand ils étaient venus.
La Défense interroge le témoin n°32
Le témoin a répété que lorsque des blancs étaient venus, il n'était pas présent. Il a également ajouté qu'aucun Noir n'était venu en ville s'enquérir de la même question depuis la fin de la guerre.
L'interrogatoire a porté sur la présence de l'ONG qui avait visité la ville. Le témoin a déclaré qu'il ne se souvenait pas du nom de l'organisation. La Défense s’est ensuite concentrée sur les personnes qui ont créé le mémorial pour les morts. Le témoin a déclaré que le mémorial était toujours là et que les gens le visitaient régulièrement. Bien qu'il ne se souvienne pas de l'année exacte, il a déclaré que cela faisait plus de trois ans que le mémorial avait été érigé. Le témoin a déclaré à la Défense que les personnes n'avaient interrogé personne et n'avaient recueilli aucune information. Interrogé, le témoin a expliqué que sa ville n'avait pas connu Ebola.
La Défense s'est ensuite référée au résumé de police afin de souligner une apparente divergence dans les dates mentionnées par le témoin. La Défense a attiré l'attention sur le fait que le témoin avait mentionné 2002. Celui-ci a cependant déclaré qu'il devait s'agir d'une erreur, car il se souvenait que l'année était 2001. Il se souvient également que les mois étaient juillet/août, car ils récoltaient des cacahuètes. La Défense a posé des questions sur la période de récolte du riz, et le témoin a expliqué qu'il pouvait être récolté en juillet ou en août, mais que tout le monde le faisait généralement en septembre. Les dernières questions de la Défense portaient sur l'incendie de la maison et les sept femmes. La Défense a mentionné que le témoin avait indiqué septembre 2002 comme étant le mois et l'année où les deux incidents s’étaient produits. Le témoin a répondu qu'ils avaient quitté Kamatahun Hassala pour Kpanhun avant d'aller d'une traite à Kolahun. Il a expliqué ces divergences par le fait que les incidents s’étaient produits il y a plus de 10 ans et qu'il ne s'attendait pas à ce que quelqu'un lui pose des questions. Le trente-deuxième témoin a clarifié sa déclaration à la police finlandaise concernant le riz et la période de récolte. Il a expliqué qu'ils ne vivaient pas à Kamatahun Hassala. Ils étaient à Popalahun pendant cette période. Il a également expliqué que le riz mûrit habituellement, et que septembre est le moment où le riz est habituellement sec et prêt à être récolté.
L'Accusation a posé une dernière question avant la fin du témoignage. Le témoin a déclaré qu'il ne se souvenait pas où se trouvait l’Ange Gabriel lorsque les femmes avaient été emmenées derrière la maison du forgeron.
Audition du témoin n°33
(Identification assignée par le tribunal finlandais: Civil 14)
L'Accusation interroge le témoin n°33
Le témoin a commencé son témoignage en rappelant ce qui s'était passé à Kamatahun Hassala pendant la guerre. Le témoin n°33 a expliqué qu'il se trouvait à Kamatahun Hassala et s'est souvenu que les forces du LURD étaient venues attaquer les troupes gouvernementales. Le témoin a déclaré qu'ils avaient couru dans la brousse et étaient finalement arrivés dans un village appelé Selahun. Alors que les troupes gouvernementales retournaient à Kamatahun Hassala, l'un des commandants gouvernementaux, « No Monkey », était allé dans la brousse et avait amené le témoin et d'autres personnes aux autres commandants. Le témoin a déclaré que les autres commandants s'appelaient [FNM-161], Zigzag Marzah et [FNM-122]. Il a indiqué qu'il y avait d'autres commandants, mais qu'il ne se souvenait pas de leurs noms. Le témoin a déclaré que cela s'était produit à peu près au moment où le RUF était venu de Sierra Leone pour aider les troupes gouvernementales ; Sam Bokarie (Mosquito) et l’Ange Gabriel étaient avec eux. Le témoin se souvient qu'ils avaient amené des gens des villages voisins à Kamatahun Hassala, et que l’Ange Gabriel avait pris pour épouse la« sœur »du témoin, [FNM-162].
Le témoin se souvient d'un incident où les soldats avaient rassemblé les gens devant l'hôtel de ville. Il se souvient que l’Ange Gabriel avait donné l'ordre aux autres soldats de faire entrer les gens dans une maison et d'y mettre le feu. Il a précisé qu'il avait l'habitude de laver leur vaisselle, et qu'il était également censé être à l'intérieur de la maison qui avait été incendiée, mais son ami [FNM-162] l'avait empêché d'y entrer. Plus tard dans son témoignage, il a précisé que cela s'était produit autour de la saison sèche, entre 2000 et 2001.
Deux jours plus tard, les soldats ont capturé des femmes, les ont emmenées près de l’atelier du forgeron et les ont violées. Plus tard dans son témoignage, le témoin a confirmé qu'il avait lui-même vu les soldats emmener les femmes derrière l’atelier du forgeron et que l’Ange Gabriel avait donné l'ordre. Il a également indiqué qu'il n'avait pas vu les femmes se faire tuer, mais qu'il avait vu leurs corps plus tard. Il a ajouté qu'ils avaient dit qu'ils violeraient les femmes avant même de les emmener derrière l'atelier de forgeron. Le témoin a précisé que les femmes avaient été emmenées dans un autre bâtiment derrière l’atelier du forgeron, situé à gauche en venant de Vahun et à droite en venant de Kolahun.
Deux jours après les événements survenus chez le forgeron, les forces du LURD sont revenues, et les femmes se sont à nouveau enfuies dans la brousse pour se rendre à Yandehun. Le témoin a déclaré que l’Ange Gabriel avait tué la [FNM-162] dans la maison qu'ils partageaient à Yandohun. Il a également précisé que [FNM-162] était la« femme» de l’Ange Gabriel et que ce dernier l'avait tuée avec un couteau, mais qu'il ne savait pas pourquoi il l'avait tuée. Le témoin a déclaré qu'il avait été blessé en s'échappant de Yandehun. Il se souvient qu'il s'était échappé vers une zone occupée par le LURD, où il était resté jusqu'à la fin de la guerre. Selon lui, après la fin de la guerre, ils étaient retournés à Kamatahun Hassala.
L'Accusation a posé quelques questions d'éclaircissement. Le témoin a expliqué que lui et son amie [FNM-162] n'avaient pas les mêmes parents, mais qu'il l'avait appelée sa sœur parce qu'ils parlaient tous deux la même langue et étaient tous deux Gbandi. Il a ensuite déclaré qu'il y avait de nombreux commandants à la mairie, mais que c’était l’Ange Gabriel qui avait donné l'ordre de mettre le feu à la maison, et a confirmé l'avoir entendu lui-même. Le témoin a précisé que l’Ange Gabriel disait habituellement « Je suis aux côtés de Dieu » lorsqu'il donnait des ordres. Le témoin ne savait pas exactement combien de personnes se trouvaient à l'intérieur de la maison, car« parfois, on peut regarder, à cause de la peur, on tourne la tête» ; il a toutefois estimé qu'il y avait environ 50 personnes. Plus loin dans son témoignage, il a également précisé que la maison était située en face de la mairie, près d'une mosquée, et que la maison était peinte en jaune. L'Accusation a ensuite interrogé le témoin sur sa fuite vers Yandohun. Il a expliqué qu'il s'était enfui avec les commandants et la [FNM-161] à Yandohun, et qu'il les avait aidés dans la maison.
L'Accusation a demandé au témoin comment la police finlandaise l'avait contacté. Le témoin a expliqué que le chef local savait qui était resté dans la ville jusqu'à la fin de la guerre, et c'est ainsi que la police finlandaise l'avait trouvé, lui et d'autres.
Enfin, l'Accusation a demandé au témoin quelle langue parlait l’Ange Gabriel. Le témoin a expliqué que l’Ange Gabriel parlait krio, et a ajouté que« c'était le son du pistolet qu'ils utilisaient pour nous parler»
La Défense interroge le témoin n°33
La Défense a commencé son interrogatoire en demandant au témoin d'indiquer quel groupe de personnes était venu en ville pour poser des questions sur la guerre. Le témoin a expliqué que le chef local leur avait dit qu'un groupe de Blancs était venu au village pour poser des questions sur la guerre. La Défense a demandé au témoin combien de temps s'était écoulé entre le premier contact et l’audition. Le témoin s'est souvenu que c'était l'année dernière, mais ne pouvait pas se rappeler quand précisément. La Défense a informé le témoin que, selon le résumé, il avait été interrogé le 28 novembre 2019.
La Défense a rappelé que le témoin avait dit avoir fui Kamatahun Hassala et avoir vu des femmes emmenées derrière l’atelier du forgeron. Le témoin a précisé que cela s'était produit lorsqu'ils étaient partis de Selahun et étaient arrivés à Kamatahun Hassala. En outre, le témoin a confirmé qu'il se trouvait à Kamatahun Hassala lorsque la maison avait été incendiée et que les soldats avaient emmené les femmes derrière l’atelier du forgeron. Toutefois, le témoin a déclaré qu'il n'était pas présent lorsque le reste de la ville avait été incendié, mais qu'il avait entendu dire que cela s'était produit. Le témoin a déclaré qu'ils avaient été les premiers à revenir à Kamatahun Hassala après le cessez-le-feu. La Défense a souligné que, dans le rapport de police, le témoin avait déclaré que la ville avait été incendiée quelques jours après que les femmes aient été tuées dans la maison. La Défense a demandé si un mémorial avait été construit à Kamatahun Hassala, et le témoin a expliqué qu'une hutte palava avait été construite et mise en place. Il a indiqué qu'il avait participé à la construction de la hutte palava, mais qu'il ne se souvenait pas de la date exacte à laquelle elle avait été construite et qu'il ne savait pas non plus qui étaient les personnes qui avaient construit le mémorial. Ils n'avaient jamais parlé avec ces personnes, et d'autres personnes ont interagi avec elles.
Enfin, la Défense a demandé si des photos avaient été montrées au témoin pendant l'interrogatoire de police, et à quel moment cela avait été fait. Le témoin a déclaré qu'ils lui avaient montré de nombreuses photos après le début de l’audition, et qu'ils avaient continué à parler après qu'il ait vu les photos.
L'audience s'est terminée et reprendra à Monrovia le mardi 23 mars 2021.
